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dimanche 28 octobre 2018

LA VRAIE VIE - Adeline DIEUDONNÉ


Quatrième de couverture :

Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. Les pavillons s alignent comme  des pierres tombales. Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et  celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère, est transparente,  amibe craintive, soumise à ses humeurs. 
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l arrivée du marchand de glace. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant. 

Mon avis :

Parmi les romans de la rentrée littéraire 2018, il y a ce livre d’ Adeline Dieudonné dont on parle beaucoup et qui m’a vraiment enthousiasmé.
Grosso modo, cela raconte l’histoire d’une petite fille, de l’enfance à l’adolescence, dans un univers familial sombre, où le père est comme un ogre, comme dans les contes, et dont il est difficile de sortir indemne.

A dix ans, pour rendre le sourire à son jeune frère , sourire perdu lors d’une tragédie, et entendre à nouveau son rire qui lui plaît tant, cette jeune fille va imaginer et tout faire pour remonter le temps, et pouvoir ainsi intervenir sur le cours des événements.
Sauf que la vraie vie n’est pas un conte de fées, surtout quand on habite un pavillon rempli d’animaux empaillés, avec un père qui frappe sa femme et qui terrorise ses enfants.

Le récit d’Adeline Dieudonné dégage une incroyable énergie qui transforme la noirceur du propos en véritable coup de poing, et notre jeune héroïne en guerrière, une guerrière stupéfiante de candeur et d’innocence, tout en ayant une force et une volonté farouche pour finaliser ses plans.
Sous une apparence loufoque et cocasse, il est pourtant bien question ici de violence et de maltraitance.

Un livre magnifique et bouleversant qu’on est pas près d’oublier.



Adeline Dieudonné est une femme de lettres belge, née en 1982.
Sa première nouvelle, "Amarula", parue dans le recueil "Pousse-café" en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 
La même année, elle écrit et interprète le seul en scène "Bonobo Moussaka". Elle a publié aux éditions Lamiroy un opuscule, "Seule dans le noir" (2017).
En 2018, elle publie un premier roman remarqué, "La vraie vie", qui remporte le Prix Première Plume 2018 et le Prix Fnac 2018.
Elle habite Bruxelles.

site officiel : http://www.adelinedieudonne.com/


LA VRAIE VIE  -  Adeline DIEUDONNÉ 

EDITIONS L'ICONOCLASTE  -  29/08/2018

dimanche 9 septembre 2018

KHALIL - Yasmina KHADRA


Résumé Editeur :

Vendredi 13 novembre 2015. L'air est encore doux pour un soir d'automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d'explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l'acte. Il fait partie du commando qui s'apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?
Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d'un réalisme et d'une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze qu'il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l'insoutenable brutalité de la folie.

Mon avis :

Inspiré par une actualité qui reste malheureusement bien présente dans le monde et en particulier par les attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles, Yasmina Khadra dresse le portrait d’un jeune terroriste. Khalil, 23 ans, d’origine marocaine, habitant Molenbeek, part rejoindre le stade de France avec trois autres kamikazes. Il a pour mission de se faire sauter dans le RER après le match.

La noirceur des Hommes est un thème intéressant dans la littérature. L’auteur a déjà abordé un thème semblable avec L’attentat paru en 2005 ayant pour cadre le conflit israélo-palestinien. Tout comme il l’avait fait en 2015 en s’immisçant dans la tête de Khadafi – La dernière nuit du Raïs – il aime analyser la psychologie des personnages qui vivent des situations complexes. Yasmina tente cette fois d’expliquer la radicalisation, sans pour autant l’excuser, ni la justifier. L’auteur laisse le soin à ses personnages (le copain Rayan, La sœur jumelle Zahra, ...) de remettre en cause les motivations de Khalil. Il ne fait pas non plus d’amalgame entre croyants et islamistes et ne jette pas l’opprobre sur toute une communauté. En fait, il décrit le processus de cette radicalisation et nous montre l’évolution de l’état d’esprit de Khalil que ce soit dans sa détermination mais aussi dans ses périodes de doute. Au départ, Khalil est un jeune paumé récupéré et embrigadé par les cheikhs et émirs de Belgique. On comprend à quel point l’endoctrinement peut faire des ravages chez quelqu’un qui a perdu ses repères. Par moment, Khalil éprouve des sentiments qui le font douter et lui rendent une certaine humanité, une compassion envers ses proches qui arrive à susciter chez le lecteur un peu d’empathie.

Poignant du début à la fin.





KHALIL  -  Yasmina KHADRA

JULLIARD  -  16/08/2018

samedi 8 septembre 2018

LA TRESSE - Laetitia COLOMBANI



La tresse, titre ô combien symbolique, entre-mêle l'histoire de trois femmes, de milieux et de continents différents, mais trois combattantes qui s’acharnent dans l’accomplissement de leurs rêves. Elles ont soif d'autonomie et d'une société qui rend à la femme le droit à l'auto-détermination.

Smita est une Intouchable d'Inde. Son dharma, son devoir, sa place dans le monde, est d'être une scavenger. A mains nues, elle vide les toilettes des Brahmanes de la caste supérieure. Dans des conditions surhumaines, elle est une ramasseuse de merde ! Son rêve ? Briser ce cercle vicieux du Karma et envoyer sa fille à l'école plutôt que de lui enseigner son ‘métier'.

Giulia, sicilienne, travaille dans l'atelier de son père. On y confectionne les ‘cascaturi' (perruques) à partir de cheveux humains. Son rêve ? Sortir des chemins tracés par la tradition familiale et avoir l'audace de construire sa vie selon ses valeurs, ses idées.

Sarah, canadienne, est une avocate réputée. Elle veut devenir une femme forte et volontaire, puissante et distinguée, et arriver à la tête du monde professionnel qui l’entoure. Mais une fois au sommet, elle va devoir faire face à l’exclusion, la discrimination.

Ces trois vies, sans jamais se croiser, vont s'inscrire dans une seule et même conquête, la liberté !

A la manière d'une tresse donnant tour à tour la prépondérance à chacune des mèches, Laetitia COLOMBANI va écrire son roman en tressant la vie de chacune de ces femmes. On suit très agréablement, dans la simplicité de l'écriture, leur combat pour imposer au monde et à elles-mêmes leur réalité.

Chacune des mèches n'a la valeur que d'une fraction. C'est l'entrelacement qui donne force et cohérence à la tresse. Une réflexion douce-amère sur les objectifs de vie que chacun peut se donner. Une illustration très accessible des montagnes de préjugés à déplacer pour y parvenir !




Lætitia Colombani naît en 1976. Après deux années de classe préparatoire Cinésup à Nantes, elle entre à l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière. Elle obtient son diplôme en 1998. Elle écrit et réalise des courts-métrages, puis deux longs-métrages.  Elle travaille aussi pour la scène et coécrit la comédie musicale Résiste en 2015 d’après les chansons de France Gall composées par Michel Berger, et est également comédienne à la télévision et au cinéma, dans une douzaine de longs métrages.

Son premier roman La Tresse paraît chez Grasset en mai 2017, Le roman s’est arraché à l’étranger avant même sa sortie et avait déjà été vendu à 17 pays. Il connaît rapidement e succès en France également : il est tiré à plus de 54 000 exemplaires en deux semaines, se vend à plus de 150 000 exemplaires en deux mois, et compte 340 000 exemplaires vendus en mars 2018.Il est en cours de traduction dans plus de 29 langues et est en tête des ventes de livres de poches en septembre 2018.

LA TRESSE  -  Laetitia COLOMBANI
GRASSET 2017
LIVRE DE POCHE  -  30 mai 2018


mardi 25 juillet 2017

JE M'APPELLE LUCY BARTON - Elizabeth STROUT

Elizabeth Strout est une romancière américaine. Elle a reçu le prix Pulitzer en 2009 pour Olive Kitteridge, un superbe roman qui n’est autre qu’une ode à la vie, un bijou de psychologie à la musique si particulière.

Avec la même délicatesse, dans Je M’Appelle Lucy Barton, elle manifeste une fois de plus un talent évident pour évoquer les sentiments, les secrets et les états d’âmes en nous montrant comment une simple visite dans un hôpital se transforme en la plus tendre relation qui puisse exister, celle entre une mère et sa fille.

Le roman, narré par la protagoniste avec une vision vers le passé, et donc avec le recul et le manque de fiabilité de la mémoire, se déroule au milieu des années 1980 au cours d’une longue hospitalisation liée à une maladie non diagnostiquée survenue après une ablation de l’appendice.
L’action se passe sur cinq jours, durant lesquels Lucy reçoit la visite de sa mère, à qui elle n’a pas parlé pendant de nombreuses années. Des railleries et anecdotes à propos des personnes de l’enfance de Lucy à Amgash, dans l’Illinois, semblent les reconnecter. Mais la présence de sa mère lui rappelle aussi des tensions et des souvenirs plus douloureux de son enfance : la pauvreté, les abus et l’exclusion sociale.

Elizabeth Strout décrit admirablement l’enfance de Lucy, imprégnée non seulement de difficultés financières, mais aussi de privations culturelles et émotionnelles : ni livre, ni magazine, ni télévision, ni voisins. Le sentiments d’isolement est palpable et l’auteur crée une représentation tragique de la solitude d’une vie.

« Tout en me sentant épanouie, je me sentais seule. La solitude est le premier goût que m’a laissé la vie, et il ne m’a jamais quittée, toujours tapi dans les interstices de ma bouche, comme un rappel. »

Lucy nous confie aussi que c’est cette solitude qui l’a incitée à devenir écrivain.

« Les livres m’apportaient quelque chose. Grâce à eux, je me sentais moins seule. Et je pensais : moi aussi, un jour, j’écrirai et les gens ne se sentiront plus aussi seuls ! »

On peut dire que Lucy a réussi dans la vie. Elle est écrivain, est mariée et a deux enfants. Malgré cela, la solitude semble encore l’affecter. L’éloignement de son mari, qui n’aime pas fréquenter les hôpitaux, et de ses enfants ne serait-il pas la cause de cette maladie non diagnostiquée, psychosomatique, responsable de sa longue hospitalisation ? En tout cas, elle avoue ressentir un attachement profond pour le médecin juif qui lui rend visite quotidiennement. De même elle voudrait pouvoir retenir plus longtemps l’infirmière qui passe à son chevet, et reconnaît l’apaisement que lui procure la présence de sa mère à ses côtés.

« En temps normal, je me réveillais à minuit, puis sommeillais par intermittence, ou bien je restais les yeux ouverts, à regarder les lumières de la ville par la fenêtre. Mais, cette nuit-là, j’ai dormi sans interruption et, au matin, ma mère était assise au même endroit que la veille. »

La mère de Lucy, probablement à cause de sa propre éducation, est incapable de dire à sa fille qu’elle l’aime sauf « quand tes yeux sont fermés. », ce qui explique aussi la privation émotionnelle et la solitude. Le plus tragique est aussi que Lucy elle-même n’en perçoit pas la portée dévastatrice .

« J’ai la sensation que les gens pourraient ne pas comprendre que ma mère n’a jamais pu dire les mots « je t’aime ». J’ai la sensation que les gens pourraient ne pas comprendre que ça n’était pas grave. »


Je M’Appelle Lucy Barton est un roman sur l’amour, l’amour compliqué et complexe entre une mère et sa fille.

Merci à NetGalley et aux Editions Fayard de m'avoir permis de lire ce livre en avant-première en échange d'une critique honnête.



JE M'APPELLE LUCY BARTON  -  Elizabeth STROUT
Editions FAYARD  -  30/08/2017

mardi 11 avril 2017

LA FERME DU BOUT DU MONDE - Sarah VAUGHAN

Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.
Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

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Dès les premiers chapitres, Sarah Vaughan nous emmène dans son histoire et nous transporte dans cette région merveilleuse des Cornouailles. Elle allie parfaitement le passé et le présent, nous faisant passer d’une époque à l’autre sans la moindre difficulté. Les personnages sont attachants, forts, nous procurant autant de plaisir à lire les aventures de Maggie, Will et Alice, enfants et adolescents dans les années 40, et retrouver Maggie et ses descendants, Judith, Lucy, à l’époque actuelle.
Grâce à une écriture douce et fluide, la lecture devient facile et captivante. L’émotion est bien présente au fil des pages.

La région des Cornouailles est un personnage à part entière tant l’auteure la décrit avec passion et nous donne l’envie de mieux la connaître. Elle la dépeint avec beaucoup de réalisme. L’endroit n’est pas toujours ensoleillé avec une mer bleue, mais peut être sombre, orageux, avec une mer agitée. Sarah Vaughan aborde aussi avec justesse les difficultés de l’agriculture et de l’élevage : perte des récoltes à cause du temps, du bétail due aux maladies, difficultés financières, fatigue physique et morale des exploitants. Elle nous rappelle que le travail de la ferme est dure, implacable, parfois désespérant.

Entre les deux époques, l’évolution des mœurs est bien ressentie. Le personnage d’ Evelyn, la mère de Maggie, autoritaire et détestable, cadre parfaitement avec les habitudes de l’époque où l’apprentissage des bonnes manières est primordial. Maggie, devenue grand-mère à l’époque actuelle, est beaucoup plus permissive, plus ouverte au changement et à la discussion bien qu’elle ne le comprenne pas toujours.


La ferme du bout du monde est un roman intense qu’on ne peut lâcher, l’histoire d’une passion entre des personnages charismatiques qu’on ne peut oublier.


Un mariage ne peut être jugé que par ceux qui le vivent de l'intérieur. La perte de l'amour peut se révéler si douloureuse... Ça et s'interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir... Voilà, je crois, ce qui fait le plus de mal.



Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

          Source: Preludes-editions.com

LA FERME DU BOUT DU MONDE  -  Sarah Vaughan
Editions Préludes  -  05/04/2017

samedi 1 avril 2017

LOOPING - ALEXIA STRESI

On ne peut pas dire que Noelie ait particulièrement bien réussi son départ dans la vie. A l’aube du 20e siècle, elle naît dans une petite ferme d’Italie, de mère analphabète et de père inconnu. Les circonstances de la vie vont pourtant lui conférer une personnalité incroyable, en faire une femme libre, courageuse et intrépide, avide de connaissance, qui va devenir horticultrice, aviatrice, productrice de cinéma, conseillère conjugale d’un président de la République, ou encore ambassadrice italienne en Libye.

Être témoin de la vie extravagante de Noelie permet également de voyager D’Italie en Libye et y découvrir des paysages grandioses, de côtoyer des personnalités comme Mussolini, Giovanni Gronchi (Président de la République d’Italie), Idriss Ier (Roi de Libye), le colonel Khadafi, et d’en apprendre un peu plus sur des faits historiques tels que l’implication de l’Italie dans les conflits armés du XXe siècle, et son désir d’expansion coloniale vers l’Ethiopie et d’autres territoires qui formeront la Libye.

Avec un style fluide et agréable, Alexia Stresi nous livre un roman qui se savoure, un superbe portrait de femme résolument moderne, qu’on qualifierait aujourd’hui de femme de challenge possédant esprit d’entreprise et liberté de pensée.

Noelie avait cette qualité, rare chez une femme encore toute jeune, de ne jamais laisser les qualités acquises lui échapper ensuite. Ce qu’elle apprenait lui restait. Ce qu’elle gagnait la rendait plus forte. Il y avait depuis Imperia l’habitude du silence, depuis Gênes la confiance en soi, et depuis peu le courage. Le tout était enveloppé d’une faculté d’adaptation venue d’arrachements successifs, qui lui faisaient maintenant un bagage qu’elle pouvait poser partout.

Looping est le premier roman d’Alexia Stresi, un roman dépaysant, au parfum d’aventure et de fantaisie. La fin l’est un peu moins, surprenante et tragique, comme l’arrière-plan historique.

Retenons le message que nous délivre Noelie : on a le choix de s’inventer une existence !

Au début, on croit le désert vide et mort, puis on le découvre changeant et grouillant de vie. Pareil avec les pierres. Noelie les avait pensées muettes, voilà qu'elles parlaient. Il suffit souvent de s'intéresser aux choses pour qu'elles deviennent intéressantes. Cette leçon simple peut remplir une vie.

Peu importe l'éloignement géographique, un départ est cruel s'il fabrique un passé. L'aube vécue dans le secret de la chambre, le hi-han quotidien de l'âne des voisins ou le goût d'une tartine à la fleur d'oranger ne sont que merveilleux souvenirs. Ce n'est pas d'eux que viendra la blessure, mais de ce qui est irrémédiablement englouti. L'oubli surtout fait mal.


 Alexia Stresi naît le 11 septembre 1971. Elle étudie dans une école de cinéma à Prague où elle apprend à parler couramment le tchèque. Elle obtient ensuite son Master of Screenwriting à l'Université de Columbia à New-York. En 1995, elle remporte le prix de Rome. Elle travaille sur plusieurs fronts. Scénariste, actrice, et maintenant écrivain.

LOOPING - Alexia STRESI
Stock - 08/03/2017

lundi 6 mars 2017

EQUATEUR - Antonin VARENNE

Si vous avez aimé Trois mille chevaux vapeur, vous allez adoré Equateur.
Le nouveau roman d’Antonin Varenne est dans la même lignée : un mélange de roman d’aventure, de western, arrosé d’alcool et de cauchemars, d’une once de psychologie et de romantisme, d’amitié virile et de paysages sauvages.
D’ailleurs, on y croise Arthur Bowman, en 1871, dans son ranch Fitzpatrick, soit quelques années après l’avoir quitté dans 3000… .
Mais rassurez-vous, les deux histoires sont bien distinctes et il n’est pas indispensable d’avoir lu la précédente pour suivre parfaitement celle-ci.
Le récit commence donc en 1871, au Nebraska, et le personnage principal est Pete Ferguson, ancien soldat, déserteur de l’armée, actuellement en fuite.

Pete est un révolté, un cowboy au grand coeur qui dégaine aussi vite que son ombre, surtout quand il s’agit de défendre l’opprimé face aux injustices, aux brimades, un courageux rempli de désespoir, un personnage terriblement humain, mais violent et colérique.
Pete décide de quitter le ranch, chassé par les rancoeurs et la haine qu’on lui voue, et de partir à l’aventure. Son but ultime est l’équateur, un endroit où les peierres ne tombent plus et où l’eau, libérée de la gravité, monte au ciel.
Tout au long de son périple il va rencontrer de multiples personnages : les chasseurs de bisons courant derrière les dernières bêtes de la prairie, les Comancheros balayés par l’avancée des pionniers de la conquête de l’ouest. Au Guatémala, il épouse le mouvement révolutionnaire, devient secrétaire d’un écrivain poète, et rencontre Maria, une indienne Xinca.

Pete s’écrit des lettres, celles qu’auraient pu lui envoyer ses proches, lui pardonnant ses actes et comprenant sa décision, une manière de se déculpabiliser, se prouver qu’il a fait le bon choix. Une manière pour l’auteur de nous faire comprendre aussi les raisons de son départ.


Une fois de plus Antonin Varenne nous fait vivre un périple jalonné de scènes fortes, nous fait prendre conscience que l’aventure d’un homme peut se transformer en conquête, et que toute conquête est liée à une extinction ou une extermination – les chasseurs de bisons, les Comancheros, les peuplades guatémaltèques, ...


Equateur, le roman d’une belle et grande aventure !

La vraie aventure, ça vous laisse pauvre, avec rien que des souvenirs et personne avec qui les partager. Le coureur, il finit seul, muet et aveugle. On est morts dans les montagnes sans que personne en sache rien, de froid ou éventrés par des grizzlis, on a épousé des Indiennes et pas un, à part quelques malins, a jamais économisé un dollar. On s'en foutait, c'était la vie qu'on voulait. Après ça, on est devenus les guides des pionniers et des compagnies. L'aventure était finie.


On a le droit à nos rêves tous autant qu'on est. Même si au bout d'un moment ils deviennent des regrets.



Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l'Alaska sont les deux derniers pays en date qu'il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d'encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d'aventures.


EQUATEUR  -  ANTONIN VARENNE
ALBIN MICHEL  -  03/2017

mercredi 15 février 2017

ILS ONT ABATTU LES GRANDS ARBRES - Kurt JAIS-NIELSEN

Paris, 1997. Eva se rend chez une connaissance de longue date. Un ami plus qu’intime. Un rendez-vous qu’elle a préparé de longue date, depuis que l’évidence s’était imposée. Sa rancœur est contenue. Un désespoir ordinaire remplace sa rage initiale. Mais sa décision est prise. Elle est là pour le tuer.
Au commissariat, elle est concise, retenue, précise. Elle fait sa déposition sans le moindre mensonge, avoue avoir prémédité son geste, mais affiche froideur et distance. Attitude d’une grande orgueilleuse ou d’une grande blessée ?
Le juge Sagedieu et le commandant Milnor vont sillonner les dédales du passé d’Eva à la poursuite de rares témoins. A l’issue d’une traque étonnante, ils parviennent à reconstituer son parcours, la douloureuse route de sa vie.

Contrairement à ce que le début nous laisse penser, Ils ont abattu les grands arbres est plus un roman de littérature générale qu’un roman policier, car l’objectif de Kurt Jais-Nielsen est bel et bien de nous raconter le génocide rwandais – le titre du livre en étant le message déclencheur - dans toute son horreur, tel que l’a vécu Eva, se substituant en quelque sorte à l’avocat de la défense, chargé de défendre sa cliente devant un parterre de jurés que sont les lecteurs.
Et pour comprendre le geste d’Eva, l’auteur nous raconte son enfance, sa scolarité, ses fréquentations, ses états d’âme, sa mélancolie qui s’installe progressivement jusqu’à devenir mal-être endémique, sa promesse faite à un sans-abri rwandais à Paris, sa renaissance au contact du sol africain, ses relations avec un époux dominant, ...
Kurt Jais-Nielsen, avec un style limpide, nous permet d’imaginer toute la beauté naturelle du Rwanda, le pays aux mille collines, de ressentir la révolte comme on entend sourdre l’eau qui évolue en torrent rugissant comme le bruit des machettes mêlé aux cris de terreur et d’agonie.
Eva y fait des rencontres qui vont changer le sens de sa vie. « Un sens à cette vie terrestre, enfin, un putain de sens, se dit-elle, ne pas le lâcher ! »
Et petit à petit, au fil de l’histoire, nous découvrons toute l’horreur d’une trahison qui justifie amplement son acte prémédité.
C’est un livre qui ne laisse pas indifférent, une histoire dont on ne sort pas indemne, avec des personnages marquants qu’ils soient attachants ou détestables.
Un superbe roman !

Un auteur à découvrir !

A Goma elles découvrirent la réalité d'un camp de réfugiés. D'abord, l'odeur de la mort : mélange âcre de viandes avariées, d'urine et de déjections, odeur que le soir on ramène chez soi. On se lave, on change de linge, mais l'odeur reste tapie au fond des narines, indélogeable à moins de s'amputer du nez. Et lorsqu'on n'a pas de chez-soi, pas de linges de rechange, ni aucun lieu intime où faire sa toilette, on devient soi-même un cadavre vivant qui pue.

 Ils avaient tué son mari, ses quatre fils, puis l'ont emmenée vers un gymnase où étaient parquées des centaines d'autres femmes, offertes en pâture à une bande de sauvages. "Des batteries de poules conduites à l'abattoir", avait dit Uwase. Sauf qu'ici, au Rwanda, il s'agissait d'un type nouveau de boucherie : le viol collectif pratiqué à la chaîne, chronomètre en main !


Kurt JAIS-NIELSEN, né à Copenhague, arrive, enfant, à Paris. Après un long détour par les Mathématiques et la Finance, il se consacre désormais à l’écriture tout en considérant cette première expérience comme une étape utile à l’ancrage de ses pensées dans la page blanche. Ils ont abattu les grands arbres est son second roman.

ILS ONT ABATTU LES GRANDS ARBRES  -  Kurt Jais-Nielsen
Editions TENSING  -  11/2016

jeudi 9 février 2017

GUÉRILLA SOCIAL CLUB - Marc Fernandez

Après avoir abordé le thème des bébés volés de la dictature franquiste, Marc Fernandez prend pour thème de son second roman la dictature Pinochet en Argentine.
Diego Martin, journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, personnage récurrent de son premier roman, enquête avec l’aide de ses amis sur une organisation criminelle importante qui s’en prend à des ex-guerilleros du commando Libertad qui a pris les armes contre le régime du Général Pinochet, dans les années 70 au Chili. L’Histoire semble bien être un éternel recommencement. A nouveau des enlèvements, des assassinats. Les victimes sont de la même génération, ont vécu la même époque, le même combat. Ennemi un jour, ennemi toujours.
Diego doit faire tout son possible pour protéger son ami, Carlos Bravo, aussi menacé.
Il faut savoir qui se cache derrière ces meurtres, découvrir le pourquoi du comment.

Cette sombre période de dictature qu’a vécu l’Amérique latine sert à l’auteur de point de départ pour une intrigue plaisante, qui se lit aisément. Marc Fernandez connaît bien le monde du journalisme. On le comprend dans ses propos et dans sa façon d’écrire. Une écriture fluide, au rythme soutenu, sans véritable relâchement.
Je suis par contre plus critique vis-à-vis du roman policier qu’il est censé être. Ne vous attendez pas à lire ici un excellent polar, avec des rebondissements inattendus, et une fin à vous mettre un slip sur la tête ! Le côté polar est plutôt convenu, sans véritable originalité.
Les personnages me semblent aussi manquer de complexité, ne suscitant pas assez d’empathie pour en devenir attachants et donner plus de profondeur au roman.
Quant au contexte historique, je le trouve abordé d’une manière insuffisante. On est loin de l’atmosphère oppressante du Condor de Caryl Férey.

En résumé, une histoire agréable et facile à lire, mais dont la réalité historique aurait pu être abordée d’une manière plus riche et intéressante.


Dieu que c'est bon de pouvoir parler librement. De dire qu'on n'est pas d'accord avec le gouvernement ou son voisin, sans risquer d'être arrêté, torturé, jeté en prion ou, pire, de prendre une balle entre les deux yeux. D'écouter la musique que l'on veut. De choisir les journaux et les livres que l'on va lire. De vivre, tout simplement. En démocratie. Système certes imparfait, mais on n'a rien trouvé de mieux jusqu'à présent.




Marc Fernandez, cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar, est journaliste depuis plus de quinze ans. Il a longtemps été chargé de suivre l'Espagne et l'Amérique latine au Courrier international. Il est également coauteur de plusieurs livres d'enquêtes (La ville qui tue les femmes, Hachette Littératures). Mala Vida est son premier roman en solo.


GUÉRILLA SOCIAL CLUB - Marc Fernandez
Préludes - 08/03/2017

mardi 3 janvier 2017

NO HOME - Yaa Gyasi



No Home est une saga qui apporte un regard incroyable et horrible sur l'histoire, le colonialisme et l'esclavage au Ghana et en Amérique, à travers 250 ans. Comment l'auteure a-t-elle réussi à créer de tels personnages, couvrir tant d'histoire, et raconter une histoire aussi complexe, mais convaincante en seulement 300 pages, je ne sais pas.

Ce livre, cependant, est peut-être la saga familiale la plus ambitieuse que j'ai jamais lue. La plupart des livres comme celui-ci couvrent trois générations. No Home en suit sept. Tout commence avec deux demi-sœurs - Effia et Esi - qui ne se connaîtront jamais. La famille de l’une connaîtra l’esclavage en Amérique, celle de l’autre restera au Ghana.

Chaque chapitre nous parle d'un nouveau personnage. D'abord Effia et Essi, puis six de leurs descendants, alors que l'histoire suit les changements culturels au Ghana et en Amérique - à travers le colonialisme, le racisme et les attitudes envers l'esclavage. Grâce aux personnages, nous vivons la vie durant les guerres tribales des années 1700, les horreurs du commerce transatlantique des esclaves, les manières dont les dirigeants proéminents du Ghana ont aidé les esclavagistes britanniques et américains, la peur créée par la Loi des Esclaves Fugitifs en Amérique et bien plus encore.

Quatorze personnages en 300 pages, c’est peut-être beaucoup pensez-vous ? Il n’en est rien. On passe de l’un à l’autre, d’une lignée à l’autre, d’un continent à l’autre, avec aisance, tant Yaa Gyasi est une conteuse hors pair. Elle prend des sujets importants comme l’esclavage et le colonialisme, les pimente avec de parfaites petites conversations et des regards sur la nature humaine. On a de l’empathie pour chaque personnage. La lecture en devient facile et captivante.

« Tous les peuples du continent noir doivent abandonner leur paganisme et se tourner vers Dieu. Soyez reconnaissants que les Britanniques sont ici pour vous montrer comment vivre une vie bonne et morale. »

Nos ancêtres ont peut-être pris part au colonialisme et sont responsables d’actes peu glorieux. Heureusement que nous avons évolué et commencé à embrasser d’autres cultures.

Comme on peut s'y attendre, il y a de quoi être dégoûté dans ce livre. Fidèle à l'histoire, il est plein de sang, de coups de fouet, de langage raciste, de supériorité britannique et d'autres scènes qui vous retournent l’estomac. Cependant, Gyasi manipule avec sensibilité son sujet, en s'assurant que la violence est une représentation honnête de l'histoire, non gratuite.


Une histoire rudimentaire et détaillée sur les effets de longue date de la colonisation de l'Afrique et de la traite négrière. Une vraie réussite !


"Les hommes blancs ont le choix. Ils peuvent choisir leur travail, choisir leur maison. Ils font des bébés noirs, puis ils s'évaporent comme s'ils n'avaient jamais été là, comme si toutes ces femmes noires avec lesquelles ils avaient couché ou qu'ils avaient violées, elles étaient tombées enceintes toutes seules. Les hommes blancs peuvent aussi décider pour les Noirs. Ils les vendaient autrefois ; maintenant ils les envoient juste en prison, comme ils ont fait avec mon papa, et les privent de leurs enfants."
 "Le dieu de l'homme blanc est comme l'homme blanc. Il pense qu'il est le seul dieu, juste comme l'homme blanc pense qu'il est le seul homme. Mais la seule raison pour quoi il est dieu au lieu de Nyame ou Chukwu ou n'importe qui, c'est parce que nous le laissons faire. Nous ne le combattons pas. Nous ne le contestons même pas. L'homme blanc nous a dit que c'était comme ça, et nous avons dit oui, mais quand l'homme blanc nous a-t-il jamais dit qu'une chose était bonne pour nous et que cette chose était vraiment bonne ? Il disent que tu es un sorcier africain, et alors ? Et alors ? Qui leur a dit ce qu'est un sorcier ?"

No Home - Yaa Gyasi
Calmann-Lévy  -  Janvier 2017

mercredi 21 décembre 2016

LA SONATE OUBLIÉE - Christiana Moreau

A 17 ans Lionella, d'origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la petit ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu'au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et... une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d'Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l'Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel "le prêtre roux", Antonio Vivaldi, enseignait la musique à ces âmes dévouées.

Pour son premier roman, Christiana Moreau nous raconte une histoire passionnante avec des personnages attachants. L’alternance des lieux et des époques est parfaitement limpide et ne nuit absolument pas à la compréhension. Le début du livre se passe à Seraing, une ville dont l’auteur nous parle du déclin de la sidérurgie et de la renaissance urbaine actuelle, une ville que je connais puisque j’habite aussi en périphérie liégeoise.
Lionella et Kevin, Sérésiens d’origine, ne semblent pas accepter ces conditions de vie, ne se comportent pas comme les autres jeunes de leur âge. Lionella n’a d’yeux que pour la musique, le violoncelle en particulier. Kevin n’a d’yeux que pour Lionella. Tandis qu’elle peine à trouver une partition originale pour un concours musical, Kevin apporte à Lionella un coffret trouvé dans une brocante et contenant une partition et un journal intime.

Vautrée sur son lit, Lionella s’appliquait à déchiffrer le cahier d’Ada…. Et très vite elle fut happée par son histoire, incapable de refermer le recueil de souvenirs dont elle tournait les pages avec l’impression de partager le même envoûtement pour la musique et le violoncelle. Fascinée, elle était entrée de plain-pied dans sa vie, dans un autre siècle, un autre lieu. Elles étaient unies par une passion commune.


Ce journal est celui d’Ada, jeune fille abandonnée à la naissance, élevée au sein d’un ospedale vénitien, à la fois orphelinat et conservatoire de musique. Antonio Vivaldi y fut l’un des professeurs les plus célèbres.
Grâce aux chapitres consacrés à ce journal intime, on se laisse transporter avec délectation dans la Venise du 18e siècle, cette Venise où vit Ada pour laquelle on a tant d’empathie. On côtoie Antonio Vivaldi qui nous enchante par sa musique. On découvre les secrets des luthiers, la fabrication des masques, la vie des jeunes filles au sein des ospedali, …

Cette lecture a donc été pour moi une agréable surprise. Seul petit bémol : l’histoire ne nous dit pas comment ce coffret est arrivé à Liège, mais en ayant pris connaissance d’un détail dévoilé en fin d’histoire, peut-être peut-on alors l’imaginer.


Christiana Moreau - La sonate oubliée.
Préludes - 01/2017


dimanche 18 décembre 2016

L'AUTRE FILS - Nick Alexander

Alice et Ken pourraient être des grands-parents comblés. Ils ont deux fils, Tim et Matt, et deux petits-enfants. A ce moment de l’existence, où l’on est supposé profiter d’une retraite bien méritée et prendre le temps de vivre, Alice fait le point. Durant toute sa vie elle a dû faire face à un mari colérique, bipolaire, misogyne violent, supporter les coups, calmer ses humeurs excessives, faire bonne figure en société.
Tim a probablement hérité du caractère battant de son père. Il a un excellent travail, une bonne situation financière qui lui permet de mener une existence confortable, à l’abri de tout souci matériel, laissant à Natalya, son épouse, une liberté financière et une reconnaissance sociale qu’elle apprécie.
A l’inverse, Matt a choisi de s’expatrier. Sa conception du bonheur est à l’opposé de celle de Tim. Il s’est installé dans le sud de la France, où il mène une existence plutôt frugale, un mode de vie parfaitement assumé, loin de toutes contraintes extérieures.
Pour faire le point sur sa vie, Alice suit les conseils de son amie, Dot. Elle quitte son mari et part rejoindre son autre fils, Matt. C’est l’occasion de remettre en question ses principes et de corriger les erreurs du passé.

Avec un thème sous-jacent sérieux, L’autre fils est un roman délicieux, touchant à bien des égards.
J’ai particulièrement aimé la manière d’introduire les personnages. Avec une psychologie recherchée et une personnalité complexe, ils deviennent attachants. C’est un peu comme si on les connaissait personnellement, comme si on se retrouvait en partie en eux. La belle-mère fouineuse en Alice, la belle-fille ingrate en Natalya, … Nous connaissons tous un Tim, un Matt, ou un Ken quelque part. Malgré tous leurs défauts, on ne peut qu’avoir de l’empathie pour chacun des personnages, sauf peut-être Ken, précisément à cause de leurs fautes (nous sommes tous humains après tout), et parce que nous voyons leur détermination à corriger les erreurs du passé.


Si elle n'y arrive toujours pas, elle n'a qu'à le quitter. Je ne peux rien faire pour elle. Elle connaît la chanson. C'est leur mode de fonctionnement, après tout. C'est presque du sadomasochisme, je t'assure. Si ça ne lui plaisait pas, elle serait partie depuis longtemps. Il faut savoir s'éloigner de la folie des autres, à un moment donné. J'aurai au moins appris ça en thérapie. Tu n'es pas obligé de tout supporter à leur place. Même quand il s'agit de tes parents.


L'autre fils - Nick Alexander
AmazonCrossing -  Décembre 2016














mardi 8 novembre 2016

LA SIMPLICITE DES NUAGES - Julien Aranda

Julien Aranda aime raconter de belles histoires, nous parler d’hommes  qui ne sont ni des super-héros, ni des hommes à qui il arrive des choses extraordinaires. Il nous parle d’individus qui ont une vie relativement ordinaire et simple, mais jalonnée de beaux moments.
Tel a été le cas dans son premier roman, Le sourire du clair de lune, et tel est encore le cas dans son dernier, La simplicité des nuages.
Pourtant, l’auteur commence par nous dépeindre notre monde actuel , un constat navrant et peu encourageant, celui de notre vie basée sur le matérialisme et la surconsommation, le rythme infernal des journées, Métro-Boulot-Dodo, Time is money, l’individualisme à outrance et la facilité de l’égoïsme, le rejet de la faute sur les autres, le culte de la performance…
Heureusement, Bastien, le personnage principal, n’a pas oublié ses rêves d’enfant. Après avoir claqué la porte de son boulot, il s’ouvre à l’éventualité du bonheur tout simplement en s’employant à redonner goût à la vie à sa grand-mère, une quête qui va l’amener à de bien belles rencontres.
Julien Aranda décrit aussi admirablement les sentiments d’amour, d’amitié et de tendresse possibles entre êtres humains, d’une façon si simple et en même temps si intense.
Il nous livre une histoire simple, merveilleuse et touchante, avec des personnages attachants qui suscitent l’empathie.
Un auteur à découvrir !

Une belle histoire à lire !

Lorsque tout est sombre autour de vous, que la vie perd de son charme et qu'il n'y a plus d'espoir, il perdure toujours un coin de ciel dans lequel s'étale la simplicité des nuages.

 C'est en s'ouvrant aux autres que l'on trouve notre véritable place dans ce monde.

Julien Aranda - La simplicité des nuages - Amazon publishing 2016
http://www.julien-aranda.com/