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jeudi 9 août 2018

LE DIABLE TOUT LE TEMPS - Donald Ray POLLOCK


Résumé éditeur :

Dès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.

De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin.

Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages violents et malgré tout attachants. 



Mon avis :

Le diable, tout le temps, premier roman de Donald Ray Pollock est un livre sombre et violent.
L’auteur y décrit une galerie de personnages paumés de l’Amérique profonde (Ohio) dont il va croiser les destins. Là-bas, les hommes dressent dans la forêt un tronc à prières et sacrifient des animaux pour vaincre le cancer qui ronge leur épouse. Les prêtres aiment trop les petites filles et leurs prédications ont quelque chose à voir avec l'Apocalypse. Les jeunes auto-stoppeurs ont intérêt à continuer à pied car s'ils croisent Sandy et Carl, couple de tueurs-voyeurs, ils finiront dans le fossé. On rencontre également des fous de Dieu qui tuent leur femme avec un tournevis puis attendent calmement qu'elle ressuscite.

Ces personnages vont se croiser au fil de leurs pérégrinations les entraînant vers un destin encore plus sombre.
Le mal est ici poussé à son extrême avec des scènes de sang et de sexe et un langage assez brutal qui colle au contexte.
Mais malgré cette dépravation, l’auteur parvient à rendre certains personnages touchants car ce sont surtout des paumés, des âmes perdues qui tentent de survivre dans un contexte primaire.
Chaque personnage veut s’en sortir soit par l’amour pour Willard, le père d’Arvin, soit pour une passion de la photographie pour Carl, soit pour le rapprochement avec Dieu pour les prédicateurs ou soit pour le pouvoir d’être élu shérif. Ils ont tous de bonnes raisons de commettre leurs actes ignobles. Mais ils sont surtout ignorants de la différence entre le bien et le mal.
Donald Ray Pollock entraîne le lecteur dans cet univers de cinglés d’une manière éblouissante, passionnante et addictive. On s’interroge sur le mal, celui lié aux convictions profondes de pauvres bougres, et sur la rédemption.
Pour l’auteur ce monde est complètement fou. Cela ne peut donc se terminer que dans la violence dont personne ne réchappe.
Un livre bouleversant qu’on n’oublie pas de sitôt.

Elu meilleur roman de l’année 2012 par la rédaction du magazine Lire.
Lauréat du Grand Prix de littérature étrangère policière de l’année 2012.
Lauréat du Prix Mystère de la critique en 2013.



C’est à 50 ans, après avoir travaillé dans une usine de pâte à papier pendant trente-deux ans que Donald Day Pollock se tourne vers l’écriture. Il est reconnu comme l’une des voix montantes de la littérature contemporaine américaine avec la publication d’un recueil de nouvelles, Knockemstiff, puis de son premier roman Le Diable, tout le temps, unanimement salué par les critiques. 

LE DIABLE TOUT LE TEMPS  -  Donald Ray POLLOCK
ALBIN MICHEL  -  Collection Terres d'Amérique  -  2012
LIVRE DE POCHE  -  2014

dimanche 3 septembre 2017

FIN DE RONDE - Stephen KING

Au début de ce dernier opus de la trilogie de Stephen King mettant en vedette le détective policier retraité Bill Hodges, celui-ci reçoit de bien mauvaises nouvelles de son docteur à propos de son état de santé. Serait-ce donc cela la révérence du personnage principal, imaginée par l’auteur et suggérée par le titre du livre ?
Mais Hodges, qui gère une petite agence privée appelée Finders Keepers avec sa partenaire, Holly Gibney, est préoccupé par d’autres nouvelles qui s’avèrent aussi bien mauvaises. Brady Hartsfield, le meurtrier de masse qu’il a traqué dans le premier volume de la trilogie, Mr Mercedes, semble avoir repris une certaine activité. Confiné dans une chambre d’hôpital, son cerveau, à défaut de son corps, est redevenu pleinement opérationnel. Dès lors, Hodges doit-il enquêter sur Brady ou prendre le temps de se soigner, comme lui conseille son médecin ? Enquêter ou se soigner ? Le temps est compté ! Quel mal viendra à bout de Bill ? Cette question qui se pose tout au long de l’histoire ne fait qu’accroître la tension du roman.

Dans Fin de Ronde, King remet en scène les deux personnages principaux de Mr Mercedes, Bill Hodges et Brady Hartsfield, le tueur à la Mercedes qui a lancé sa voiture dans une foule de personnes attendant l’ouverture du salon de l’emploi, tuant huit personnes et blessant plus du double. (Curieux comme cette technique a fait des émules ces derniers temps ! King serait-il devenu un auteur de référence dans l’État Islamique?)
Bien que se trouvant dès la fin du premier volet en état comateux et végétatif, hospitalisé à la Clinique du Cerveau du Kiner Memorial, Brady Hartsfield a sans cesse continué de préoccuper le détective, y compris dans le second volet de la trilogie.

Le premier signal émane d’un ancien collègue de Bill, qui l’appelle sur le lieu d’un suicide. Une mère a tué sa fille paraplégique, victime du premier attentat de Brady, et s’est ensuite suicidée. Pourquoi en arriver là alors qu’elles vivaient dans l’aisance, sans problème ni conflit, et avec des projets ? Au fur et à mesure de l’enquête, Bill est convaincu que Brady est responsable non seulement de ce crime, mais aussi d’une série de suicides apparents.

Dès lors commence une course contre la montre haletante et pleine de suspense. Bill Hodges et sa partenaire de Finders Keepers arriveront-ils à mettre hors d’état de nuire Brady Hartsfield, avant d’être lui-même mis hors service par le mal qui le ronge de plus en plus, et avant que trop d’enfants ne soient poussés au suicide par l’effet hypnotisant et les pensées subliminales induites par un jeu informatique appelé Fishin ‘Hole chargé sur des consoles de jeux contrôlées par Brady ?

Dans ce troisième tome, l’auteur aborde les sujets de la télékinésie et des pouvoirs néfastes des réseaux sociaux. Bien que je sois plutôt sceptique, la télékinésie est un sujet qui suscite débats et interrogations. Ce côté mystérieux est largement exploité par Stephen King dans la plupart de ses ouvrages. Quant aux réseaux sociaux, l’actualité nous montre régulièrement à quel point les commentaires parfois agressifs, moqueurs, perturbants des utilisateurs ont une influence déterminante et parfois suicidaire chez les jeunes.

King a cette capacité de pouvoir accrocher le lecteur aussi bien dans les récits plus cauchemardesques que dans les aventures plus policières.
L’écriture fluide, les chapitres courts, des personnages dont la personnalité suscite de l’empathie, un suspense qui va crescendo, amènent une lecture facile, distrayante et addictive.


Ce troisième livre de la trilogie m’a procuré autant de plaisir de lecture que les deux précédents, et conclut finalement celle-ci d’une manière glorieuse.

"Il est persuadé que des milliers de suicides ont incubé dans la soupe puissante de ses réseaux sociaux où les trolls galopent sans frein et les injures volent sans trêve. C’est ça le vrai pouvoir de l’esprit sur la matière."

 "Maintenant il comprend pourquoi le cancer du pancréas est appelé cancer furtif, et pourquoi il est quasiment toujours mortel. Il s'embusque, rassemblant ses troupes et envoyant des émissaires secrets aux poumons, aux ganglions lymphatiques, aux os, au cerveau. Puis il lance la guerre éclair, sans comprendre, dans sa rapacité stupide, qu'il ne récoltera que sa propre mort dans la victoire."
 FIN DE RONDE  -  Stephen KING
ALBIN MICHEL  -  08/03/2017

vendredi 9 juin 2017

CARNETS NOIRS - Stephen KING


Carnets Noirs est le second livre de la trilogie Bill Hodges, du nom de ce policier à la retraite, personnage principal du premier tome, Mr Mercedes.

Le récit commence trente ans plus tôt. Morris Bellamy et deux complices s’introduisent chez l’écrivain John Rothstein, auteur de la trilogie Jimmy Gold, afin de le cambrioler. Morris en veut particulièrement à l’auteur d’avoir abandonné ce personnage qui est son héros. Mais l’effraction tourne mal. John Rothstein est tué et les voleurs repartent avec le contenu du coffre : des carnets en moleskine relatant la suite des aventures de Jimmy Gold, et quelques enveloppes remplies de billets de banque.
Bellamy liquide ses complices et enterre son butin. Peu de temps après, il se fait arrêter pour agression sexuelle sur une femme et écope d’une sentence de prison à vie.

Une trentaine d’années plus tard, le jeune Peter Saubers découvre un trésor dans un terrain en friche derrière chez lui. Cela tombe bien car son père est une des victimes du conducteur à la Mercedes (tome 1) dont il garde un handicap qui lui a fait perdre son travail. La crise économique aidant, la famille a bien du mal financièrement, et cette découverte vaut bien une mine d’or. Non seulement l’argent va aider sa famille, mais les carnets en moleskine valent aussi une fortune auprès des collectionneurs. Peter semble bien maîtriser la situation, sauf que survient la libération conditionnelle de Morris Bellamy qui rêve depuis trente ans à Jimmy Gold et à son butin.

Dans cette histoire deux intrigues se croisent et se rapprochent, celle de Peter Saubers, un jeune garçon déterminé à sauver sa famille et l’éducation de sa sœur, et celle de Morris Bellamy, un truand obsédé par son personnage de roman fétiche, prêt à faire n’importe quoi pour obtenir ce qu’il veut.
Stephen King prend le temps de mettre en place son intrigue et ses personnages, nous laissant le temps de nous familiariser avec eux, d’avoir de l’empathie pour certains et d’en détester d’autres, ou à défaut de sympathie avoir un peu de compassion. Il maîtrise le suspense qui va crescendo jusqu’à ce qu’il soit temps de jouer avec nos nerfs et augmenter la tension avec des chapitres plus rapides, plus courts. Peter, Morris, et Bill Hodges entrent alors dans la mêlée, nous faisant rebondir d’un personnage à l’autre et nous entraînant dans une course poursuite haletante.

On retrouve dans Carnets Noirs une construction d’intrigue fort semblable à celle de Mr Mercedes : on connaît d’emblée le gentil et le méchant, et le suspense évolue au fil de la relation entre les personnages. Quant à la griffe de l’auteur, elle est parfaitement reconnaissable et c’est ce qui fait probablement tout son charme : des aventures rocambolesques, des personnages hauts en couleur, et un humour particulier. Même Morris Bellamy, dans toute sa démence obsessionnelle, arrive encore à nous faire sourire, à chaque fois qu’il s’identifie à son personnage fétiche en disant « Cette connerie, c’est des conneries. »
Là où le bas blesse, c’est dans la psychologie des personnages, en particulier des personnages récurrents, Bill Hodges et ses partenaires, dont on ne sait pas grand-chose de plus que dans le tome précédent. Celles de Peter Saubers et Morris Bellamy sont plus approfondies, les rendant ainsi plus intéressants.

Ce livre permet aussi à Stephen King de rendre hommage à la littérature américaine, à la lecture et aux livres eux-mêmes, dont il est question d’un bout à l’autre du roman, pour notre plus grand plaisir, car en tant que lecteur, on ne peut que se sentir concerné par ce qu’éprouvent les personnages vis-à-vis des livres et des histoires. L’univers des collectionneurs et revendeurs d’éditions rares, qui s’intéressent parfois plus au livre en tant qu’objet très lucratif qu’à son contenu, est aussi évoqué, ce qui fait naître des idées ou des dialogues passionnés, d’où perlent l’hystérie du fan et le cynisme de l’acheteur-revendeur.


Une belle réussite, un roman bien fichu et digne d’intérêt !

L’une des révélations les plus électrisantes dans une vie de lecteur, c’est de découvrir qu’on est un lecteur – pas seulement capable de lire (ce que Morris savait déjà), mais amoureux de la lecture. Éperdument. Raide dingue. Le premier livre qui donne cette impression ne s’oublie jamais et chacune de ses pages semble apporter une nouvelle révélation, une révélation qui brûle et qui enivre : Oui ! C’est ça ! Oui ! Je l’avais vu aussi ! Et, bien sûr : C’est exactement ce que je pense ! C’est ce que je RESSENS !
Ces larmes sont l'indicateur du pouvoir suprême de la fiction. Ce même pouvoir qui a tiré des larmes à des centaines de milliers de gens apprenant que Charles Dickens était mort d'une attaque. le même qui, durant des années, a poussé un inconnu à venir poser une rose sur la tombe d'Edgar Allan Poe tous les 19 janvier, jour de l'anniversaire de Poe.  
Ce n’est que mon opinion personnelle, vous voyez, et les opinions, c’est comme les trous du cul : tout le monde en a.

CARNETS NOIRS  -  Stephen KING
Editions ALBIN MICHEL  -  02/03/2016


jeudi 27 avril 2017

Mr MERCEDES - Stephen KING

Je dois avouer que je ne suis pas un inconditionnel de Stephen King, ni du genre littéraire fantastique et horreurs. Pourtant il m’est arrivé de lire par le passé certains de ses ouvrages, parmi les plus réputés, que j’ai appréciés et dont je garde en souvenir quelques passages, ce qui n’est pas toujours le cas avec tous les livres, même pour ceux lus plus récemment. Parmi ceux-ci, il y a La Ligne Verte, Ça, Misery, The Shining, Christine, 22/11/63, Docteur Sleep, …
Stephen King, étant passé maître dans l’art du suspense et des frissons, la transition plus récente vers le polar s’est faite tout naturellement.
Sa dernière parution, Fin de Ronde, est le dernier tome d’une trilogie qui est à classer dans la catégorie polar, les deux autres étant Mr Mercedes et Carnets Noirs.
C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de lire Mr Mercedes, publié en 2015 chez Albin Michel et en 2016 en Livre de Poche, car je compte bien lire cette trilogie, et qu’il est préférable de commencer par le premier.



Avril 2009, dans la nuit, alors que des dizaines de personnes attendent l'ouverture au matin suivant d'un forum pour l'emploi, une Mercedes grise fonce dans la foule, faisant huit morts et de nombreux blessés.
Bill Hodges, Officier de police récemment retraité, n'a jamais pu démasquer et arrêter le tueur. Jusqu'au jour où il reçoit un courrier dudit criminel, comme une provocation. Il y relate le récit de son crime, ainsi que les agissements qui s'en sont suivis, notamment avec Olivia Trelawney, la malheureuse victime du vol de la Mercedes, qu'il a ensuite harcelée et qui a fini par se suicider.
Ce tueur, Brady Hartsfield, jeune homme d'une trentaine d'années, vit avec sa mère alcoolique et dépressive, avec qui il entretient une relation incestueuse. Il cumule deux boulots: le premier en tant que réparateur informatique, l'autre comme marchand de glaces ambulant. A ce titre, il est souvent présent avec son camion dans le quartier où réside Hodges, tout près même puisqu'il peut l'observer dans sa maison.
Et même si dans la lettre Brady assure n'avoir aucune envie de recommencer, la réalité est toute autre…



On est ici dans une construction différente du thriller classique où le lecteur va tenter de deviner qui est l’assassin. Stephen King divulgue d’emblée l’identité de ce dernier et tout le suspense va évoluer et s’amplifier au fil de la relation entre l’officier de police et le tueur.
L’auteur a toujours eu un sens narratif et un humour particuliers, et ce livre ne fait pas exception à la règle. On rentre facilement dans l’histoire pour suivre des aventures parfois rocambolesques, sordides ou inimaginables, drôles ou dramatiques, de personnages hauts en couleur parfaitement décrits. King réussit une nouvelle fois le tour de force d’explorer la complexité et la noirceur de l’âme humaine, sans pour autant plomber son roman.

Je regrette toutefois le faible développement psychologique des personnages principaux qui n’en demeurent pas moins sympathiques, mais auraient plus être plus attachants.

Il ne craint pas Dieu, ni de passer l'éternité à être rôti à petits feux pour ses crimes. Il n'y a ni paradis ni enfer. Pas besoin d'être diplômé pour savoir que ces trucs-là n'existent pas. Imaginer un être suprême assez cruel pour créer un monde aussi tordu que celui-là ? Même si le Dieu vengeur des télévangelistes et des curés pédophiles existait, comment cet imprécateur armé de foudre pourrait-il reprocher à Brady ce qu'il a fait ?
La vie est une fête foraine de merde et les lots à la clé sont à chier.
 Il médite sur les terroristes qui ont fait péter le World trade Center (il médite souvent sur eux). Ces clowns se figuraient réellement qu'ils allaient se retrouver au paradis où ils vivraient dans une espèce d'éternel hôtel de luxe avec des jeunes vierges pulpeuses à leur service. marrant, non ? Mais le plus beau, c'est qu'ils se sont bien fait avoir... comme des bleus. tout ce qu'ils ont récolté, c'est une vue fugace de toutes ces fenetres et un ultime éclair de lumière

Mr MERCEDES  -  Stephen KING
ALBIN MICHEL  -  28/01/2015
LIVRE DE POCHE  -  28/09/2016

lundi 6 mars 2017

EQUATEUR - Antonin VARENNE

Si vous avez aimé Trois mille chevaux vapeur, vous allez adoré Equateur.
Le nouveau roman d’Antonin Varenne est dans la même lignée : un mélange de roman d’aventure, de western, arrosé d’alcool et de cauchemars, d’une once de psychologie et de romantisme, d’amitié virile et de paysages sauvages.
D’ailleurs, on y croise Arthur Bowman, en 1871, dans son ranch Fitzpatrick, soit quelques années après l’avoir quitté dans 3000… .
Mais rassurez-vous, les deux histoires sont bien distinctes et il n’est pas indispensable d’avoir lu la précédente pour suivre parfaitement celle-ci.
Le récit commence donc en 1871, au Nebraska, et le personnage principal est Pete Ferguson, ancien soldat, déserteur de l’armée, actuellement en fuite.

Pete est un révolté, un cowboy au grand coeur qui dégaine aussi vite que son ombre, surtout quand il s’agit de défendre l’opprimé face aux injustices, aux brimades, un courageux rempli de désespoir, un personnage terriblement humain, mais violent et colérique.
Pete décide de quitter le ranch, chassé par les rancoeurs et la haine qu’on lui voue, et de partir à l’aventure. Son but ultime est l’équateur, un endroit où les peierres ne tombent plus et où l’eau, libérée de la gravité, monte au ciel.
Tout au long de son périple il va rencontrer de multiples personnages : les chasseurs de bisons courant derrière les dernières bêtes de la prairie, les Comancheros balayés par l’avancée des pionniers de la conquête de l’ouest. Au Guatémala, il épouse le mouvement révolutionnaire, devient secrétaire d’un écrivain poète, et rencontre Maria, une indienne Xinca.

Pete s’écrit des lettres, celles qu’auraient pu lui envoyer ses proches, lui pardonnant ses actes et comprenant sa décision, une manière de se déculpabiliser, se prouver qu’il a fait le bon choix. Une manière pour l’auteur de nous faire comprendre aussi les raisons de son départ.


Une fois de plus Antonin Varenne nous fait vivre un périple jalonné de scènes fortes, nous fait prendre conscience que l’aventure d’un homme peut se transformer en conquête, et que toute conquête est liée à une extinction ou une extermination – les chasseurs de bisons, les Comancheros, les peuplades guatémaltèques, ...


Equateur, le roman d’une belle et grande aventure !

La vraie aventure, ça vous laisse pauvre, avec rien que des souvenirs et personne avec qui les partager. Le coureur, il finit seul, muet et aveugle. On est morts dans les montagnes sans que personne en sache rien, de froid ou éventrés par des grizzlis, on a épousé des Indiennes et pas un, à part quelques malins, a jamais économisé un dollar. On s'en foutait, c'était la vie qu'on voulait. Après ça, on est devenus les guides des pionniers et des compagnies. L'aventure était finie.


On a le droit à nos rêves tous autant qu'on est. Même si au bout d'un moment ils deviennent des regrets.



Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l'Alaska sont les deux derniers pays en date qu'il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d'encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d'aventures.


EQUATEUR  -  ANTONIN VARENNE
ALBIN MICHEL  -  03/2017

lundi 12 décembre 2016

PLAY - Franck Parisot

Un serial-killer sévit sur New York. Sur chaque scène de crime, la police retrouve une clé usb contenant un message qui leur est adressé. Le point commun entre les victimes : toutes aimaient exposer leur vie sur internet... Les inspecteurs Brigde, Alves et Morgans se mettent à la recherche de celui qu'ils nomment " le cyclope ", en raison de la caméra frontale qu'il utilise pour filmer le calvaire qu'il fait endurer à ses victimes avant de les mettre à mort.
Mais le tueur les observe... Un grand thriller qui en maîtrise tous les codes et rivalise d'ingéniosité avec ceux des maîtres du genre. 


Franck Parisot est un nouveau venu en littérature et on peut penser que s'il a signé chez Albin Michel, c'est que son livre est bon. Et il l'est ! On y trouve tous les ingrédients qui font un bon thriller : un tueur de la pire espèce, des enquêteurs prêts à tout pour l'arrêter, quitte à se mettre en danger, des rebondissements et des fausses pistes. Tout ça à New York.

Les meurtres sont particulièrement sanglants et font frémir d’horreur. Les descriptions, celles de la première scène de crime par exemple, sont tellement précises qu’on arrive même à imaginer les particules de chair qui collent  à la glace de la patinoire.

L’intrigue est captivante jusqu’à la dernière page. Je n’ai pas trouvé le coupable, et j’en étais même très loin. Le lien qui relie le criminel à Bridge n’apparaît qu’à la fin, tout comme les « motivations » du tueur. Sa relation à l’image un peu particulière est intrigante, on se demande dans quel but il fait tout cela. Tout prend sens au final, bien qu’il faille être aussi fou que le meurtrier pour tout saisir.


Un thriller très prenant, mais âme sensible s’abstenir !

Play - Franck Parisot
Albin Michel - 02/2014
Livre de poche - 06/2016