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dimanche 3 février 2019

MILLE FEMMES BLANCHES - Jim FERGUS


Quatrième de couverture :

En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l'agonie de son peuple d'adoption... 

Mon avis :

Cette puissante histoire inspirée de la venue du Cheyenne Little Wolf à Washington DC en 1874, retrace la vie aventureuse d’un personnage inventé de toute pièce, celui de Mary Dodd. Sous forme de carnets intimes, nous entrons dans son monde et dans sa tête.

Alors que les colons se sont installés en Amérique et agrandissent progressivement leur territoire, les différentes communautés indiennes voient leurs terres réduites et souffrent de ce brusque mélange de culture. C’est dans ce contexte que les Cheyennes, conduit par leur chef Little Wolf, vont alors faire une drôle de proposition au président Grant : échanger 1000 chevaux contre 1000 femmes blanches et ainsi sceller un pacte d’amitié entre le peuple indien et le Grand père blanc.

Des femmes en âge de procréer sont alors sélectionnées pour tenter cette inimaginable aventure. Des volontaires, des prisonnières, des illuminées ou des femmes enfermées contre leur gré ; toutes ont un point en commun : elles vont devoir sauter dans l’inconnu et ramener ces soit disant sauvages à la civilisation. C’est alors que le lecteur va vivre une incroyable histoire à travers les yeux de May, femme courage, intelligente et tolérante qui rejoint la communauté indienne en tant qu’épouse du grand chef. Accompagnée par d’autres personnages marquants et touchants tels que Martha, l’amie fidèle, les sœurs Kelly, deux frangines insolentes et friponnes ou encore Phemie, ancienne esclave noire au caractère bien trempé, notre héroïne va vivre une expérience hors du commun. Une aventure où les préjugés s’effritent au profit de l’amour, l’amitié et de la découverte de l’autre.

Ce livre dénonce la politique du gouvernement américain d’alors vis-à-vis de ceux qu’il considérait comme des "sauvages". Avec cette critique acerbe du colonialisme, l’auteur nous explique l’extinction progressive de tout un peuple, tout en nous contant une extraordinaire histoire d’amour. On est subjugué par ce bel apprentissage, parfois violent, ainsi que par ce message de tolérance et de paix. Tout au long du roman, on voit les différents personnages évoluer et faire tomber les masques, on découvre des paysages magnifiques et une façon de vivre qui donnerait à beaucoup l’envie de tout quitter. On se demande même si ce ne sont pas les indiens qui, finalement, avaient tout compris.

Ce roman est bien écrit, poétique et fait du bien. On suit le combat de ces femmes et de ces hommes qui se sont battus pour faire reconnaître les droits des indiens, chacun à leur façon. L’ensemble est une grande réussite qui nous donne matière à réfléchir, à se remettre en question. Même si cette œuvre n’est pas réelle, elle se rapproche d’une vérité dure à dire et nous transporte dans un monde, pas si lointain, qui fascine.

Mille femmes blanches est le premier roman de Jim Fergus, sorti en France en 2000 chez Le Cherche Midi. Il obtient le prix du premier roman étranger.




Né de mère française et de père américain, Jim Fergus se passionne dès l'enfance pour la culture Cheyenne alors qu'il visite l'ouest du pays en voiture avec son père pendant l'été. Ses parents décèdent alors qu'il a 16 ans et il part vivre dans le Colorado où il poursuit ses études. Il vivra ensuite en Floride où il est professeur de tennis avant de revenir dans le Colorado en 1980. Il s'installe dans la petite ville de Rand, qui compte treize habitants, pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Il publie en tant que journaliste de nombreux articles, essais ou interviews dans la presse magazine et collabore à des journaux.

Source : Wikipédia


MILLE FEMMES BLANCHES  -  Jim FERGUS

Editions LE CHERCHE MIDI - 2000
Format poche : POCKET - 2011

vendredi 16 novembre 2018

LE RÊVE DES OMBRES - François AVISSE


Quatrième de couverture :

1349. La peste noire fait des ravages en Europe. Six parchemins sont transcrits dans l’urgence sur la demande d’un médecin français. Ils devront être dispersés aux confins des terres parfois inconnues afin d’éviter l’extinction de l’humanité.

De nos jours. Damaris, jeune Kényane, se trouve mystérieusement attirée vers les ruines de l’antique cité de Gedi. Là, elle rencontrera ce que la Terre a engendré de plus sombre... 
Dans les grottes de Leang Leang en Indonésie, Lachlan recherche la toute première peinture rupestre. Ce qu’il découvrira ira bien au-delà de ses espérances et de ses pires cauchemars…
Zakaria, 12 ans, est injustement condamné à être enfermé dans une prison turque. Subissant d’atroces sévices, il trouvera un étrange allié dissimulé dans les sous-sols des cachots…

Tous vont inexorablement interférer avec Clara Villiers. La jeune médecin légiste au destin tourmenté va poursuivre d’une terrible manière sa descente aux enfers…



Mon avis :

Après avoir apprécié l’univers de François Avisse, avec L’Arracheur d’Ombres, premier tome du cycle des ombres, je me replonge avec plaisir dans son second roman, Le Rêve des Ombres, suite du premier et par la même occasion second tome du cycle.

J’avais bien aimé le côté thriller du premier livre, dans lequel on faisait la connaissance de Clara Villiers, jeune américaine et meilleur légiste de la CIA. Un thriller mélangé à un soupçon d’aventure et une pointe d’Histoire pour rendre le tout plus savoureux. Mon principal regret : la faiblesse du développement psychologique des principaux protagonistes, rendant ceux-ci moins attachants.

Le Rêve des Ombres poursuit donc l’aventure de ces créatures, sans forme définie, ténébreuses et visqueuses telles des flaques de goudron ayant brusquement pris vie. Un être originel, créature mère, sort d’une longue léthargie et rameute ses troupes pour nourrir de noirs desseins.

François Avisse abandonne cette fois totalement l’aspect thriller et oriente l’histoire vers une pure fiction surnaturelle, avec une touche d’Histoire et un final digne d’Indiana Jones.
Je ne suis plus vraiment fan de ce type de récit, aussi ai-je manqué d’enthousiasme pour le terminer, dès lors décidé à faire l’impasse sur le prochain tome de la série.
Ma principale remarque est à nouveau liée à l’élaboration des personnages. Je n’en sais pas beaucoup plus sur Clara Villiers et encore moins sur les deux autres personnages du livre, Alexandre dont la jeune épouse est habitée par une créature et Winston, journaliste en quête d’un reportage à sensations. Il en résulte un manque total d’empathie à leur égard.

Heureusement que l’auteur peut compter sur un lectorat qui apprécie ce genre de lecture. Il est vrai qu’on y trouve de l’aventure, de l’action, une atmosphère oppressante, un rythme soutenu qui s’accélère encore plus à la fin par des chapitres très courts.

Il est à noter cette pointe d’humour de l’auteur à propos de François Savoise, "archéologue français...qui a écrit des trucs un peu trop techniques", aussi éditeur de ce livre, et anagramme du patronyme de l’auteur lui-même.

Bonne continuation, François Avisse !



François Avisse est scénariste. Après avoir enseigné l’informatique à Shangaï puis dans des maisons d’arrêt à Rouen, il anime aujourd’hui des ateliers d’audio-visuel.


LE RÊVE DES OMBRES  -  François AVISSE

SAVOISE Editions  -  Octobre 2018

samedi 2 juin 2018

OPÉRATION NAPOLÉON - Arnaldur INDRIDASON


Au printemps 45, vers la fin de la seconde guerre mondiale, un bombardier allemand Junkers JU 52 s’envole de Berlin pour une mission secrète. Pris dans une tempête au-dessus de l’Islande, il se crashe sur le plus grand glacier d’Europe, le Vatnajokull. Depuis cette date les américains n’auront de cesse de retrouver l’épave. Et c’est justement ce qu’un satellite vient enfin de localiser.  La Delta Force est déployée sur place pour récupérer la carlingue, les cadavres congelés et aussi ce qui semble un secret explosif de cette fin de guerre. On parle d'une bombe H allemande, d'or nazi... Fantasmes. Lors des opérations sur le glacier, le jeune Elias, à l'entraînement avec une équipe de sauvetage, voit la scène et prévient sa sœur Kristin, avocate, à Reyjkjavik. Les services secrets américains vont alors tout faire pour museler l'information. Au mépris des règles diplomatiques, humaines...

Considéré comme roman indépendant par rapport à la série du commissaire Erlendur et à la trilogie des ombres, Opération Napoléon de l’auteur islandais Arnaldur Indridason est publié en français en 2015, alors que c’est un livre publié en version originale en 1999. Il se situe donc parmi les premiers romans de l’auteur, avant même La Cité des jarres.


Il est ainsi intéressant de se rendre compte de la valeur de l’auteur avant Erlendur, série qui lui a déjà valu de nombreux prix.

Cela fait déjà quelques années que je n’ai plus lu un seul livre de cet auteur, probablement attiré par d’autres lectures, d’autres découvertes, mais j’en garde une excellente appréciation. Opération Napoléon, que je classerais dans le genre aventure/suspense, plutôt que thriller comme la série Erlendur, m’a en tout cas procuré autant de plaisir de lecture.

J’y ai retrouvé la patte de l’auteur qui sait capturer l’attention du lecteur par une intrigue solide et captivante, et des personnages forts qui suscitent ou non de l’empathie, telle l’héroïne, espèce de Lara Croft islandaise, qui n’écoute que son courage pour sauver son frère et affronter à la fois le terrible glacier et l’odieux méchant.
Le suspense est présent tout au long de la lecture. On s’interroge sur cette fameuse cargaison ultra secrète que transportait l’avion. Pourquoi avoir ainsi nommé cette opération ? Comment évolue l’état d’Elias, le frère de Kristin ? Comment va-t-elle s’y prendre pour réussir sa mission face à la Delta Force américaine ?
La lecture est agréable et rythmée, à la manière d’un roman d’espionnage pour autant que l’on accepte l’invraisemblance de certains faits : course-poursuite, flingage dans la rue, …


JUNKERS JU-52
Arnaldur Indridason en profite aussi pour évoquer un problème épineux qui divise la population islandaise, à savoir la présence d’une armée étrangère sur le sol islandais.

Je ne peux pas supporter l’idée qu’une armée soit présente sur le sol islandais, qu’elle soit américaine, britannique, française, russe ou chinoise. Je ne l’accepterai jamais – plutôt mourir ! Et plus le débat se recentre sur les questions d’argent, d’emploi, de licenciements et d’économie en général, plus ça me rend dingue. Il est inconcevable que nous soyons dépendants, financièrement, d’une armée. Quel genre de pays faut-il être pour faire ce genre de choses ?

Bien que l’Islande soit un petit pays, cela nous montre bien à quel point il est épris de son indépendance.
L’épilogue permet à Indridason de nous surprendre une dernière fois. Après tout, pourquoi s’empêcher de prendre un peu de liberté avec l’Histoire, surtout quand on écrit une fiction. Cela permet au moins de répondre à la dernière question que se pose encore le lecteur.



OPÉRATION NAPOLÉON  -  Arnaldur INDRIDASON
METAILIE - 2015
Format poche : POINTS 2016






jeudi 10 mai 2018

LES BRUMES DE KEY WEST - Vanessa LAFAYE


Les brumes de Key West est à la fois un roman d’aventure, une romance, et un événement tragique tiré d’une période assez sombre de l’histoire américaine.
Vanessa Lafaye situe son récit dans les Keys de la Floride au début du 20ème siècle, et se base sur l’histoire réelle, un meurtre non résolu par le Ku Klux Klan en 1919.

1993. Key West, Floride. Quand un fonctionnaire du Ku Klux Klan est abattu en plein jour, tous les regards se tournent vers la personne qui tient l’arme : une cubaine de 96 ans qui ne dira rien sauf pour admettre sa culpabilité.

1919. La métisse Alicia Cortez arrive à Key West exilée en disgrâce de sa famille à La Havane. Dans le même temps, le héros de guerre John Morales, blessé, rentre chez lui sur le dernier navire de troupes américain en provenance d'Europe. À mesure que l'amour les rapproche en cette période de ségrégation raciale, les gens regardent, y compris Dwayne Campbell, adolescent pubère marqué par l’éducation du père, un pasteur ségrégationniste militant de la cellule locale du Ku Klux Klan.


Key West - The Bull and Whistle Bar

L’écriture fluide de Vanessa Lafaye attire instantanément. On peut sentir les odeurs pestilentielles du port, la saleté abondante, la chaleur étouffante, la verdure luxuriante, et même la tension palpable d’une ville bouillonnante de pauvreté, de corruption et de ressentiment racial. L’auteure crée des personnages imparfaits mais attachants. Alicia Cortez en particulier a une personnalité captivante et complexe.
Même si, au fil de l’histoire, on imagine assez mal son happy-end, on reste captivé par le récit, et désespéré de savoir ce qui s’est passé.

Considéré comme une histoire d’amour épique et un meurtre non résolu, je dirais que ce dernier – à la fois les événements qui l’ont précédé et l’éventuel acte de vengeance – est le véritable coeur de ce récit.
Les sections traitant du Ku Klux Klan sont convaincantes et troublantes. Dwayne, jeune homme bien intentionné, lutte pour trouver sa place dans un monde fortement influencé par son père suprématiste blanc. Dwayne est attiré par le message du Klan, présenté comme une cause juste pour le plus grand bien. Les parallèles avec l’extrémisme moderne et un certain discours politique sont forts, mais Lafaye nous laisse assez d’espace pour faire nos propres liens et jeter nos propres jugements.

Parade du Ku Klux Klan - 1920

Dwayne savait précisément ce que dirait son père : que ce n’était pas naturel, que les affaires étaient du domaine de l’homme, qu’il ne pouvait y avoir d’harmonie dans le monde que si chacun connaissait sa place et s’y tenait.

Le Klan ne hait personne, fils. Il n’incite pas à la haine. Souviens-toi bien de cela car c’est le point essentiel : le bon nègre qui sait rester à sa place et ne cherche pas à s’en éloigner n’a pas meilleur ami que le Klan. Quant aux autres, nous leur évitons la déception de voir leurs ambitions contrariées.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, c’est que le juif, comme le catholique, est de mèche avec le nègre pour causer la chute de notre nation. La religion juive n’existe que pour accaparer la richesse du monde et le catholique prête serment au pape pour protéger ses intérêts avant ceux de tous les autres.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, si tu dois nous rejoindre, c’est qu’il y a la loi des hommes, la loi écrite, et puis il y a la loi morale, plus noble que tout ce que l’homme peut concevoir.

Les brumes de Key West, c’est beaucoup plus qu’une histoire d’amour épique. Vanessa Lafaye nous donne un aperçu d’une Amérique turbulente au bord de la prohibition, du retour des troupes revenant de l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale, de l’épidémie dévastatrice de la grippe espagnole, de la culture Jim Crow du Sud profond et des attitudes raciales profondément ancrées qui existent encore aujourd’hui.

On s’immerge facilement dans cette histoire à l’atmosphère tropicale et languissante.
Un livre parfait pour cet été qui approche.



Née en Floride, Vanessa Lafaye a commencé sa carrière dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, avant de se consacrer à l’écriture et au chant. Après Dans la chaleur de l’été (2016 ; Pocket, 2017), Les Brumes de Key West est son second roman publié chez Belfond. Vanessa Lafaye a disparu en février 2018.


LES BRUMES DE KEY WEST  -  Vanessa LAFAYE
BELFOND  -  19/04/2018



mardi 3 octobre 2017

MAX ET LA GRANDE ILLUSION - Emanuel BERGMANN

Max et la grande illusion est un de ces livres qui nous replonge parmi ces souvenirs merveilleux de l’enfance, ces moments de fascination dont sont responsables les magiciens, ces maîtres de l’illusion.
Les prouesses technologiques et transformations importantes du début du XXe siècle étaient considérées par certains comme l’oeuvre du diable. C’était cela la magie du nouveau siècle. Rien d’étonnant alors à ce que la grande illusion marque les esprits rationnels d’une population qui n’a pas encore eu le temps de s’adapter aux prémices du monde moderne.

Mosche naquit à Prague après la fin de la grande guerre. Le rabbin Laibl Goldenhirsch en accepta la paternité bien qu’un doute subsistait. Fallait-il croire aussi au miracle ?
Il perdit sa mère durant sa huitième année, et par la même occasion la relation tendre qu’il avait avec son père, à cause du désespoir qui minait celui-ci et de son comportement imprévisible en état d’ivresse. Ce qui marqua le jeune Mosche, âgé de quinze ans, alors qu’il assistait à un spectacle du cirque magique, fut le numéro de l’Homme demi-lune, célèbre magicien et directeur du cirque.

Max Cohn, quant à lui, voit le jour à Los Angeles au début du XXIe siècle, quelques décennies après Mosche. Max est profondément marqué par le divorce de ses parents. Lors du déménagement de son père, il trouve un vinyle, les plus grands tours de Zabbatini, parmi lesquels figure le sortilège de l’amour éternel. Max est persuadé qu’il détient la solution pour faire renaître l’amour entre ses parents et reconstituer sa famille. A défaut de pouvoir écouter la fameuse formule magique, Max va tâcher de retrouver ce fameux magicien.

Emanuel Bergmann, dont c’est le premier livre, nous conte l’histoire d’une amitié improbable entre un enfant aux rêves plein la tête et un vieil homme perdu, un enfant dont l’innocence lui permet de croire en cet aspect merveilleux de la magie, et un vieil homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même, mais qui fut expert en illusion, capable d’agir sur le mental pour amener l’illusion, les rêves dans la tête des gens.
La lecture, facile et plaisante, est rythmée par l’alternance des époques, le passage d’un siècle à l’autre, d’un personnage à l’autre, au fil des chapitres.
Ce sont finalement deux histoires que nous lisons en parallèle, et qui finissent par se recouper.
Celle de Mosche est la principale. C’est une aventure merveilleuse et une belle histoire d’amour, mais qui finit en tragédie (Mosche était, après tout, un homme juif pendant la seconde guerre mondiale, à Berlin) .
L’autre, celle de Max, est à mon sens la plus touchante. On ne peut être qu’impressionné par ce jeune garçon plutôt futé pour son âge, déterminé à sortir le vieil homme de sa tanière pour arriver à ses fins, l’occasion aussi pour Zabbatini de trouver une sorte de rédemption, une paix intérieure.
Il n’est d’ailleurs pas impossible que la fin apporte des larmes aux yeux, même des lecteurs les plus cyniques.
C’est un livre qui fait du bien, que l’on voudrait prolonger au-delà du mot Fin, tant la personnalité des deux personnages principaux suscite énormément d’empathie, tant on se plaît dans cet univers coloré, foisonnant, vibrant d’authenticité, décrit par l’auteur.

Un livre magique qui présente la vie dans des couleurs plus brillantes, une magie propre à la littérature.

Qu'est-ce que l'amour ? demanda Zabbatini.
L'amour, c'est quand on ressent ce que pense l'autre. Quand on sait les secrets que cache son coeur. L'amour, c'est quand on connaît l'âme de l'autre mieux que la sienne. L'amour n'est pas une illusion. C'est la chose la plus vraie au monde. Notre raison de vivre. Il existe ou il n'existe pas. Nous pouvons seulement en faire l'expérience. Nous ne pouvons pas le fabriquer.


 Emanuel Bergmann est né en 1972 à Sarrebruck, en Allemagne. Après son lycée, il s'installe à Los Angeles pour étudier le cinéma et le journalisme. Passionné par la magie du grand écran, il a travaillé pour différents studios de cinéma, compagnies de production et éditeurs indépendants. Il partage actuellement son temps entre enseignement, traduction et écriture. Son premier roman, Max et la grande illusion, a été un best-seller en Allemagne et s'est vendu dans une dizaine de pays.
(Source : Belfond.fr)

MAX ET LA GRANDE ILLUSION  -  Emanuel BERGMANN
BELFOND  -  07/09/2017

samedi 30 septembre 2017

APPARENCES - Lydia LE FUR

Après une lecture prenante, se traduisant par une immersion profonde dans une histoire (voir mon billet précédent), il n’est pas toujours aisé d’enchaîner avec un nouveau roman. Aussi m’arrive-t-il parfois de prendre un peu de liberté vis-à-vis d’une liste de lecture plus ou moins établie, en surfant sur le net, glanant dans l’un ou l’autre groupe littéraire un livre qui soit suffisamment distrayant sans grosse prise de tête.

Choisir un auteur auto-édité peut s’avérer intéressant, encore faut-il savoir bien interpréter les commentaires, les proches, amis et connaissances ayant toujours tendance à sublimer leurs impressions. Dans ce domaine, la qualité de l’oeuvre peut varier du très bon au franchement mauvais.

Apparences de Lydia Le Fur fait partie de ces livres qui se lisent assez rapidement. Vite lus, mais vite oubliés !

L’histoire est assez simple. Liza est une jeune femme talentueuse, artiste peintre qui est sur le point de partir à New York pour la première exposition de ses œuvres. Elle échappe à deux reprises à un tueur qui a pour mission de l’éliminer. Un chercheur de l’université d’Oxford lui propose alors de l’y emmener afin de lui révéler sa véritable identité, tandis que ses poursuivants n’ont pas dit leur dernier mot, car ils estiment qu’elle constitue une menace importante.

Si la lecture est tout à fait aisée, avec un style dynamique fait de chapitres courts et de phrases parfois très brèves, le fond s’avère plutôt déplorable.
Pour ma part, je ne classerais pas ce livre dans la catégorie thriller, mais plutôt dans la catégorie action, aventure. Imaginez un mix entre les aventures d’Allan Quatermain et un récit de la Collection Harlequin.
Ici, on a affaire à une jeune femme qui ne semble pas du tout impressionnée par la double tentative de meurtre à laquelle elle vient d’échapper, à un sniper professionnel qui se laisse attendrir par la beauté de la cible qu’il aperçoit dans son viseur, à des personnages qui manquent complètement de crédibilité, à des scènes qui manquent de réalisme.
Le lecteur a aussi besoin de s’immerger dans l’histoire, de se familiariser avec les personnages.
Malheureusement, j’ai eu l’impression de débarquer dans un récit dont il manquait la première partie, d’aborder le vif du sujet sans aucun préambule, de n’éprouver aucune empathie pour des personnages dont les caractères et la psychologie n’ont pas été suffisamment développés.


Lydia Le Fur a certainement du talent, beaucoup plus que moi dans ce domaine. Le monde ne s’est pas fait en un jour. Tous les auteurs n’ont pas commencé par un best-seller. L’important est d’être bien entouré, bien conseillé. L’auto-édition permet peut-être trop facilement, à tort, l’auto-satisfaction.

samedi 1 avril 2017

LOOPING - ALEXIA STRESI

On ne peut pas dire que Noelie ait particulièrement bien réussi son départ dans la vie. A l’aube du 20e siècle, elle naît dans une petite ferme d’Italie, de mère analphabète et de père inconnu. Les circonstances de la vie vont pourtant lui conférer une personnalité incroyable, en faire une femme libre, courageuse et intrépide, avide de connaissance, qui va devenir horticultrice, aviatrice, productrice de cinéma, conseillère conjugale d’un président de la République, ou encore ambassadrice italienne en Libye.

Être témoin de la vie extravagante de Noelie permet également de voyager D’Italie en Libye et y découvrir des paysages grandioses, de côtoyer des personnalités comme Mussolini, Giovanni Gronchi (Président de la République d’Italie), Idriss Ier (Roi de Libye), le colonel Khadafi, et d’en apprendre un peu plus sur des faits historiques tels que l’implication de l’Italie dans les conflits armés du XXe siècle, et son désir d’expansion coloniale vers l’Ethiopie et d’autres territoires qui formeront la Libye.

Avec un style fluide et agréable, Alexia Stresi nous livre un roman qui se savoure, un superbe portrait de femme résolument moderne, qu’on qualifierait aujourd’hui de femme de challenge possédant esprit d’entreprise et liberté de pensée.

Noelie avait cette qualité, rare chez une femme encore toute jeune, de ne jamais laisser les qualités acquises lui échapper ensuite. Ce qu’elle apprenait lui restait. Ce qu’elle gagnait la rendait plus forte. Il y avait depuis Imperia l’habitude du silence, depuis Gênes la confiance en soi, et depuis peu le courage. Le tout était enveloppé d’une faculté d’adaptation venue d’arrachements successifs, qui lui faisaient maintenant un bagage qu’elle pouvait poser partout.

Looping est le premier roman d’Alexia Stresi, un roman dépaysant, au parfum d’aventure et de fantaisie. La fin l’est un peu moins, surprenante et tragique, comme l’arrière-plan historique.

Retenons le message que nous délivre Noelie : on a le choix de s’inventer une existence !

Au début, on croit le désert vide et mort, puis on le découvre changeant et grouillant de vie. Pareil avec les pierres. Noelie les avait pensées muettes, voilà qu'elles parlaient. Il suffit souvent de s'intéresser aux choses pour qu'elles deviennent intéressantes. Cette leçon simple peut remplir une vie.

Peu importe l'éloignement géographique, un départ est cruel s'il fabrique un passé. L'aube vécue dans le secret de la chambre, le hi-han quotidien de l'âne des voisins ou le goût d'une tartine à la fleur d'oranger ne sont que merveilleux souvenirs. Ce n'est pas d'eux que viendra la blessure, mais de ce qui est irrémédiablement englouti. L'oubli surtout fait mal.


 Alexia Stresi naît le 11 septembre 1971. Elle étudie dans une école de cinéma à Prague où elle apprend à parler couramment le tchèque. Elle obtient ensuite son Master of Screenwriting à l'Université de Columbia à New-York. En 1995, elle remporte le prix de Rome. Elle travaille sur plusieurs fronts. Scénariste, actrice, et maintenant écrivain.

LOOPING - Alexia STRESI
Stock - 08/03/2017

lundi 6 mars 2017

EQUATEUR - Antonin VARENNE

Si vous avez aimé Trois mille chevaux vapeur, vous allez adoré Equateur.
Le nouveau roman d’Antonin Varenne est dans la même lignée : un mélange de roman d’aventure, de western, arrosé d’alcool et de cauchemars, d’une once de psychologie et de romantisme, d’amitié virile et de paysages sauvages.
D’ailleurs, on y croise Arthur Bowman, en 1871, dans son ranch Fitzpatrick, soit quelques années après l’avoir quitté dans 3000… .
Mais rassurez-vous, les deux histoires sont bien distinctes et il n’est pas indispensable d’avoir lu la précédente pour suivre parfaitement celle-ci.
Le récit commence donc en 1871, au Nebraska, et le personnage principal est Pete Ferguson, ancien soldat, déserteur de l’armée, actuellement en fuite.

Pete est un révolté, un cowboy au grand coeur qui dégaine aussi vite que son ombre, surtout quand il s’agit de défendre l’opprimé face aux injustices, aux brimades, un courageux rempli de désespoir, un personnage terriblement humain, mais violent et colérique.
Pete décide de quitter le ranch, chassé par les rancoeurs et la haine qu’on lui voue, et de partir à l’aventure. Son but ultime est l’équateur, un endroit où les peierres ne tombent plus et où l’eau, libérée de la gravité, monte au ciel.
Tout au long de son périple il va rencontrer de multiples personnages : les chasseurs de bisons courant derrière les dernières bêtes de la prairie, les Comancheros balayés par l’avancée des pionniers de la conquête de l’ouest. Au Guatémala, il épouse le mouvement révolutionnaire, devient secrétaire d’un écrivain poète, et rencontre Maria, une indienne Xinca.

Pete s’écrit des lettres, celles qu’auraient pu lui envoyer ses proches, lui pardonnant ses actes et comprenant sa décision, une manière de se déculpabiliser, se prouver qu’il a fait le bon choix. Une manière pour l’auteur de nous faire comprendre aussi les raisons de son départ.


Une fois de plus Antonin Varenne nous fait vivre un périple jalonné de scènes fortes, nous fait prendre conscience que l’aventure d’un homme peut se transformer en conquête, et que toute conquête est liée à une extinction ou une extermination – les chasseurs de bisons, les Comancheros, les peuplades guatémaltèques, ...


Equateur, le roman d’une belle et grande aventure !

La vraie aventure, ça vous laisse pauvre, avec rien que des souvenirs et personne avec qui les partager. Le coureur, il finit seul, muet et aveugle. On est morts dans les montagnes sans que personne en sache rien, de froid ou éventrés par des grizzlis, on a épousé des Indiennes et pas un, à part quelques malins, a jamais économisé un dollar. On s'en foutait, c'était la vie qu'on voulait. Après ça, on est devenus les guides des pionniers et des compagnies. L'aventure était finie.


On a le droit à nos rêves tous autant qu'on est. Même si au bout d'un moment ils deviennent des regrets.



Après une maîtrise en  philosophie, Antonin Varenne parcourt le monde : Islande, Mexique… la Guyane et l'Alaska sont les deux derniers pays en date qu'il a découverts. Avec Fakirs (2009), il reçoit le Grand Prix Sang d'encre ainsi que le Prix Michel Lebrun, puis le  prix Quais du Polar /20 Minutes avec Le Mur, le Kabyle et  le Marin (2011). En 2014 est sorti Trois mille chevaux vapeurs chez Albin Michel, un grand roman d'aventures.


EQUATEUR  -  ANTONIN VARENNE
ALBIN MICHEL  -  03/2017