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samedi 15 septembre 2018

BANDIDOS - Marc FERNANDEZ


Quatrième de couverture :
Le corps calciné d'une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid. Diego Martin, journaliste radio d'investigation, connaît la victime, rencontrée vingt ans auparavant... En Argentine. Jeune reporter à l'époque, il avait couvert l'assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.
Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d'écart. Il n'en faut pas plus au présentateur d'"Ondes confidentielles" pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires, où il retrouvera une femme qu'il n'a jamais pu oublier...
Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu'on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

Mon avis :
Après Mala Vida, l’affaire des bébés volés du franquisme, et Guerilla Social Club, où il est question de la dictature Pinochet en Argentine, Marc Fernandez reprend pour ce troisième opus ses personnages fétiches : Diego Martin, le journaliste et présentateur d’Ondes Confidentielles sur Radio Uno, Ana, la transsexuelle devenue détective privée, Lea, la journaliste free-lance, et Isabel, l’avocate devenue persona non grata en Espagne et qui s’est exilée à Buenos Aires où elle est à présent responsable juridique de l’association des Mères de la Plaza de Mayo.

Comme à chaque fois, l’auteur prend un fait réel comme point de départ à son roman, en l’occurrence pour celui-ci l’assassinat en 1997 d’un photographe de presse, tué pour avoir pris une photo qu’il ne fallait pas.
Dans son roman le photographe s’appelle Alex Rodrigo, tué en 1997 à Buenos Aires. Cette affaire semble avoir un lien avec un assassinat perpétré à Madrid en 2017 : lien de parenté entre les deux victimes, même modus operandi.

Buenos Aires, Madrid, des morts des deux côtés de l’Atlantique, tous liés par une ancienne histoire. Vingt ans, ce n’est rien et à la fois beaucoup. Mais le crime a ses raisons que la raison ignore. Diego a son idée sur le responsable de tous ces cadavres, une idée qui ne fait que se conforter de jour en jour et de mort en mort.
Force est de constater que l’Argentine, comme d’autres pays de l’Amérique Latine, est encore aux prises avec les vieux démons du passé et l’autoritarisme.

« Ce ne sont plus les militaires qui nous mettent en danger, ils ne sont plus là depuis un moment et c’est tant mieux. Mais d’autres les ont remplacés. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, qui font tout pour le garder, pour l’étendre. A tout prix. Même s’ils doivent piétiner pour cela nos droits les plus fondamentaux. Et quand je parle de pouvoir, ce n’est pas seulement le pouvoir politique auquel je pense, mais aussi et surtout le pouvoir économique. En gros, celui des plus riches. Les fusils se sont tus, c’est vrai. Ils ont été remplacés par un nouvel arsenal, moins visible mais tout autant, sinon plus dangereux : les transactions financières et les enveloppes de billets. Le dollar comme arme de destruction massive. L’argent fait plus de dégâts qu’une rafale de kalachnikov. »

Marc Fernandez nous plonge directement dans un récit haletant. La lecture est assez dynamique par le biais des allers-retours entre Madrid et Buenos Aires et l’intérêt que l’on porte à l’enquête menée par ses personnages qui suscitent beaucoup d’empathie.
Et c’est peut-être là que le bât blesse. Pour une affaire d’une telle importance, comme l’étaient aussi les sujets de ses précédents romans, en l’occurrence ici une atteinte à la liberté de la Presse, au droit de penser, de dire et d’écrire ce que l’on veut, j’ai eu parfois le sentiment de regarder un épisode de Charlie et ses drôles de dames. Le sujet méritait d’être plus approfondi. La fin de l’histoire et l’épilogue arrivent assez vite sans véritable surprise.

Néanmoins cela reste une lecture fort agréable et un témoignage intéressant sur le pouvoir en place et les déviances d’un autoritarisme post-dictatorial.




Marc Fernandez, cofondateur de la revue Alibi, consacrée au polar, est journaliste depuis plus de quinze ans.
Il a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine au Courrier International. Il est également coauteur de plusieurs livres d’enquête (La ville qui tue les femmes, Hachette Littératures).
Bandidos est son troisième roman en solo, après Mala Vida et Guerilla Social Club.



BANDIDOS  -  Marc FERNANDEZ

PRÉLUDES  -  03/10/2018

lundi 25 juin 2018

UNE SECONDE DE TROP - Linda GREEN


Quatrième de couverture :

Un seconde de trop et vous perdez tout. Un, deux, trois... Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu'à cent lors d'une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu'elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace. La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d'Ella ? Et si le ravisseur était connu d'eux tous ? Suspense psychologique addictif, Une seconde de trop explore la culpabilité d'une mère et le cauchemar de tout parent : la disparition d'un enfant. Numéro un des ventes dès sa parution, et acclamé par la presse, ce roman vous glacera le sang. Une lecture puissante dont vous ne sortirez pas indemne.

Mon avis :

Une fois n’est pas coutume, je dois bien reconnaître que ce thriller psychologique ne m’a pas vraiment convaincu. Pourtant j’admets qu’il y a du suspense et que je l’ai lu facilement et rapidement, désireux d’en connaître l’épilogue. Serait-ce alors dû à la monotonie que j’ai ressentie à certains moments, au manque de rebondissements de l’intrigue ?

L’histoire commence plutôt bien. On fait la connaissance de Lisa, mère d’une quarantaine d’années, dont on imagine facilement la vie trépidante, partagée entre son boulot et la cellule familiale, attentionnée et attentive aux désirs et besoins de ses enfants, tout en ayant le portable à l’oreille pour répondre à un client. Prévenu par le résumé, je sens néanmoins le drame qui se pointe et l’addiction au livre qui prend forme. D’un instant à l’autre apparaissent l’inquiétude, la peur, le déni et la tension ressentis par la mère qui se culpabilise d’avoir perdu son enfant, sentiments ensuite partagés par les autres membres de la famille avec qui on partage ces journées stressantes.

Une seconde de trop constitue néanmoins une réflexion intéressante sur l’amour maternel, la perte d’un enfant, les liens entre une mère et son enfant.

Avant même votre cerveau, c’est votre corps qui se rend compte que vous avez perdu votre enfant. Le cordon ombilical invisible qui vous lie tous les deux se rompt. A l’intérieur de vous, tout s’amollit et se relâche. Et ce n’est qu’à cet instant que votre cerveau enregistre ce qui se passe. Il passe à l’action d’un coup, tâchant de convaincre votre corps qu’il se trompe. Vous faites bien sûr ce qu’il vous commande. Vous vous précipitez à l’aveuglette dans toutes les directions et vous tirez, tirez, tirez encore sur le bout de cordon qui reste en vous. Avec l’espoir qu’en y mettant suffisamment d’énergie, à force de crier, de hurler et de donner des coups de pied, vous pourriez peut-être, qui sait, encore y trouver votre enfant, si seulement vous parveniez à atteindre l’autre bout.

Mais l’auteur examine aussi le côté le plus dur de la société, comment les gens sont perçus par ceux qui n’ont qu’une idée des faits. Muriel, la seconde narratrice, dont le témoignage alterne avec celui de Lisa, représente bien ces personnes qui feraient bien de balayer devant leur porte. Muriel est une femme dominatrice, qui veut tout régenter tout le temps. En témoignent les extraits du journal intime de Matthieu, le fils de Muriel, qui nous parle de ses rapports conflictuels avec sa mère autoritaire et de ses états d’âme qui en découlent.
On prend conscience aussi du rôle de la presse et des réseaux sociaux qui influencent si facilement le jugement de la société. Les antécédents familiaux de Lisa sont scrutés, son frère est considéré comme suspect à cause de son esprit rebelle et d’agissements antérieurs, son père instable, …

Je ne peux en dire trop au risque de dévoiler une partie de l’intrigue. Mais malgré mon aventure livresque plutôt moyenne, je tiens malgré tout à dire que ce thriller psychologique tient la route jusqu’au bout, suscitant chez le lecteur une compassion vis-à-vis des parents qui ont perdu leur enfant, l’envie de voir aboutir l’enquête policière, et la crainte que le ravisseur fasse du mal à l’enfant. Un bon moment de lecture au bout du compte !




Linda Green est journaliste et a collaboré à The Guardian et The Independent. Elle vit aujourd'hui dans les West Yorkshire avec son mari et son fils de onze ans.



UNE SECONDE DE TROP  -  Linda GREEN
PRÉLUDES Editions  -  23/05/2018

vendredi 27 avril 2018

LA VIE SECRÈTE D'ELENA FABER - Jillian CANTOR


La vue du roman de Jillian Cantor m’a donné l’envie de mettre de côté mes lectures habituelles que sont les thrillers et romans noirs. Le secret suggéré dans le titre m’aurait-il influencé ? Le suspense de cette histoire allait-il être suffisant pour m’y attacher ?

La vie secrète d’Elena Faber est une fiction historique inspirée par de vrais événements.
On en oublie pourtant ce côté fictif tant tout cela semble réel et possible. Je suppose que c’est ce qui rend cette lecture incroyable et émouvante. Essuyant quelques larmes s’échappant de mes yeux, j’ai pensé : quelle histoire incroyable !

L’histoire couvre deux périodes différentes, et raconte deux histoires qui pourraient aussi bien être déconnectées que liées ensemble, tenues par un timbre de la seconde guerre mondiale sur une lettre non ouverte.
Jillian Cantor nous parle d’amour et d’espoir, de perte et de tragédie. L’amour peut-être perdu et déchiré, mais il ne peut jamais être oublié ou atténué avec le temps.




Timbres autrichiens émis durant l'occupation allemande.
La période actuelle du livre se déroule à Los Angeles en 1989, où Katie Nelson est une écrivain qui essaie de se remettre des ravages que son divorce a créés et de se reconstituer une nouvelle vie. Elle essaie de faire face à la mémoire malade de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, et à la sensation de perdre l’homme qu’elle a toujours connu, quand elle tombe sur sa collection de timbres, pour laquelle il l’a emmenée dans de nombreuses brocantes et autres ventes au cours de son enfance.
Voulant en connaître l’estimation de la valeur, elle l’amène chez un philatéliste professionnel, Benjamin, qui découvre un timbre inhabituel sur une lettre non ouverte.
Ensemble, ils se lancent dans une recherche qui va leur révéler que certains timbres ont plus de valeur que celle financière qu’ils peuvent avoir. Ils vont être confrontés à des vérités douloureuses et à une profonde tristesse qui vont les obliger à revoir leur vision de la vie.

Alternant présent et passé, l’auteur nous révèle la dure réalité de la guerre en nous emmenant dans l’Autriche occupée par les nazis. Kristoff est un jeune apprenti de Frederik Faber, graveur de timbres juifs, et devient par la même occasion amoureux de sa fille Elena, fugueuse et rebelle. Hélas les choses se compliquent rapidement en novembre 1938, lors de la nuit de cristal, nom donné aux violents pogroms anti-juifs. Alors que la famille Faber est disloquée, Elena et Kristoff vont unir leurs efforts pour résister à l’occupation. 

Un edelweiss, symbole d’amour, d’audace et de courage, apporte une touche de tendresse à cette histoire.

Kristoff savait que l’edelweiss revêtait une signification particulière en Autriche, qu’il était le symbole de la pureté, de l’amour et de la noblesse, et que ces fleurs poussaient très haut sur les montagnes, dans les endroits les plus inattendus et les plus difficiles d’accès.
Nombreux sont les hommes qui sont morts en voulant escalader les pentes rocheuses où poussent les edelweiss. Ils veulent prouver leur amour à une demoiselle en lui offrant une fleur aussi belle et noble.

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire de Katie et Benjamin, Kristoff et Elena. Par contre, je vous invite à vous immerger dans celle-ci pour ressentir la perte et la douleur, mais aussi le pouvoir de l’amour et d’une foi inébranlable.




Jillian Cantor est diplômée d'anglais. Elle est née et a grandi dans la banlieue de Philadelphie et vit actuellement avec son mari et ses deux enfants dans l'Arizona. La Vie secrète d'Elena Faber est son premier roman traduit en France.

LA VIE SECRÈTE D'ELENA FABER  -  Jillian CANTOR
PRÉLUDES  -  04/04/2018




mercredi 20 septembre 2017

MON AMIE ADÈLE - Sarah PINBOROUGH

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough est vraiment un livre dingue, intrigant, qui, à certains moments, m’a totalement scotché, tâchant d’en imaginer le dénouement, tandis qu’à d’autres, je relisais mes précédents chapitres pour m’assurer que ce que j’imaginais s’être passé avait réellement eu lieu !

Je pense au fait que celui ou celle qui est trompé reste dans l’ignorance et que, si on y réfléchit bien, la vie des gens n’est en général qu’un empilage de secrets et de mensonges. Sous la peau, on ne peut jamais véritablement voir qui est l’autre.

Mon amie Adèle fait partie de ces livres qui vous empoisonne la lecture car on sent parfaitement que quelque chose se prépare, et on se doute bien qu’on va se le prendre de plein fouet sans avoir rien vu venir.

L’histoire tourne autour de trois personnages, Louise, Adèle et David, avec quelques incursions dans le passé.

Louise est une mère célibataire avec un enfant dont elle a la garde principale. Elle travaille à temps partiel comme secrétaire dans un cabinet médical de psychiatrie. En dehors de son travail, elle s’occupe principalement de son fils, boit parfois un peu trop de vin, et souffre régulièrement de terreurs nocturnes qu’elle ne peut expliquer mais qui pourraient être la cause de son divorce. Bien qu’elle ressente le besoin de rencontrer un nouvel homme, elle ne veut pas vraiment faire d’efforts pour y arriver.

Fortuitement arrive une rencontre. Il est beau, intelligent, drôle, et semble complètement conquis. Ils passent une soirée ensemble dans un bar. L’alchimie fonctionne. Louise se sent revivre.
Mais lundi, Louise découvre que cet homme est David, son nouveau patron, marié à une femme belle et élégante.

Malgré sa déception et le comportement enjôleur de David, Louise veut faire preuve de dignité et rester à sa place, écoutant de ce fait les mises en garde de sa collègue à propos des relations amoureuses au travail.

Un jour, dans la rue, elle heurte une jeune femme qui n’est autre qu’Adèle, la femme de David. Le feeling s’installe rapidement entre les deux jeunes femmes. Elles deviennent amies.
Plus les sentiments s’intensifient entre David et Louise, plus Louise s’interroge sur ses relations. Elle ne peut rompre avec aucun des deux. Il semble que les deux aient besoin d’elle, autant qu’elle en a besoin.

A partir de maintenant, si vous pensez pouvoir imaginer la suite vous avez probablement raison, mais vous avez aussi entièrement tort. Sarah Pinborough explore le thème de l’infidélité en analysant avec finesse les réactions des femmes impliquées. Elle explore les secrets au coeur des relations amoureuses et la fascination que des femmes peuvent exercer sur d’autres femmes.
Dans Mon amie Adèle elle combine les éléments du triangle amoureux typique avec des secrets de mariage pour le moins bizarres.
Sans s’en apercevoir, on se retrouve témoin d’une histoire d’amour passionnée et destructrice. L’empathie que l’on ressent pour l’un(e) ou l’autre ne cesse de varier au fil de l’intrigue, une intrigue de plus en plus addictive, intrigante, tout au long d’une histoire parsemée d’indices dévoilés au compte-gouttes pour nous mener le plus loin possible par le bout du nez.
Sarah Pinborough instille dans son récit un petite touche de surnaturel qui ne m’a absolument pas gêné. Après tout, la psychiatrie est une science tellement étonnante et méconnue. Pourquoi ne pas en exagérer un domaine pour renforcer le côté complexe et passionnant de l’intrigue ?
Cela explique comment les personnages savent ce qui se passe. Il faut pour autant pouvoir surmonter son incrédulité. Ce côté qui peut s’avérer négatif pour certains, est largement compensé par l’écriture hypnotisante de l’auteur et l’originalité qu’elle démontre.


Un thriller psychiatrique qui saura vous surprendre ! Attention à la claque !


Sarah Pinborough est scénariste pour la BBC et écrit également pour les adolescents. En 2009, elle remporte le British Fantasy Award dans la catégorie Meilleure nouvelle, et en 2014 dans la catégorie Meilleure novella. L’auteur signe avec Mon amie Adèle son premier thriller, numéro 1 des ventes dès sa sortie dans le Sunday Times et en cours de traduction dans une quinzaine de pays.

MON AMIE ADÈLE  -  Sarah PINBOROUGH
Editions PRÉLUDES  -  27/09/2017

jeudi 11 mai 2017

DIS-MOI QUE TU MENS - Sabine DURRANT

Paul Morris est écrivain. Il a connu le succès au début de sa carrière, mais depuis, il peine à trouver l’inspiration. Il manque à présent d'argent, d'amis et de secondes chances. Sa nouvelle relation pourrait être son dernier espoir de réussite.
Alice n'est pas comme ces femmes qu'il a poursuivies dans le passé. Elle est riche, solitaire, motivée. Quand elle invite Paul à sa maison de vacances en Grèce, il décide de faire tout ce qu'il faut pour concrétiser cette romance.
Mais l’été ne se passe pas vraiment comme il l’avait prévu. Dix ans plus tôt, une fille de treize ans a disparu sur l’île, et maintenant d’autres accusations sont portées contre lui pour de nouveaux faits de viol et de violence. Il faut bien reconnaître que sa nature et son comportement n’arrangent pas les choses. Paul est plutôt paresseux, menteur et profiteur. Ses rêves d’une nouvelle vie risquent bien de tourner au cauchemar.

Dis-moi que tu mens est un excellent thriller psychologique. L’écriture fluide et intelligente de Sabine Durrant nous entraîne dans cette histoire et l’on y prend goût ! D’autant plus qu’au fur et à mesure, l’intrigue éclate avec des secrets cachés, chaque conversation et chaque action sont doublées d’une insinuation, et l’on se rend compte que personne n’est particulièrement charmant. Tout le monde ment, et l’auteure semble bien s’en amuser, laissant le lecteur quelque peu déconnecté, voire gentiment perturbé !
Il est aussi étonnant de voir comment l’auteure s’y prend pour faire évoluer notre empathie vis-à-vis des différents personnages. On finit par trouver sympathique celui que l’on a détesté, et inversement. Ce changement se fait progressivement et tout en finesse, à notre plus grand plaisir !

Thriller intelligent, immersif et totalement troublant.

J’ai beaucoup aimé.



Sabine Durrant est l'ancienne directrice littéraire du Sunday Times. Elle a également dirigé les pages société du Guardian. Elle vit dans le sud de Londres avec son mari et ses trois enfants.
Source : http://preludes-editions.com

mardi 11 avril 2017

LA FERME DU BOUT DU MONDE - Sarah VAUGHAN

Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.
Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

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Dès les premiers chapitres, Sarah Vaughan nous emmène dans son histoire et nous transporte dans cette région merveilleuse des Cornouailles. Elle allie parfaitement le passé et le présent, nous faisant passer d’une époque à l’autre sans la moindre difficulté. Les personnages sont attachants, forts, nous procurant autant de plaisir à lire les aventures de Maggie, Will et Alice, enfants et adolescents dans les années 40, et retrouver Maggie et ses descendants, Judith, Lucy, à l’époque actuelle.
Grâce à une écriture douce et fluide, la lecture devient facile et captivante. L’émotion est bien présente au fil des pages.

La région des Cornouailles est un personnage à part entière tant l’auteure la décrit avec passion et nous donne l’envie de mieux la connaître. Elle la dépeint avec beaucoup de réalisme. L’endroit n’est pas toujours ensoleillé avec une mer bleue, mais peut être sombre, orageux, avec une mer agitée. Sarah Vaughan aborde aussi avec justesse les difficultés de l’agriculture et de l’élevage : perte des récoltes à cause du temps, du bétail due aux maladies, difficultés financières, fatigue physique et morale des exploitants. Elle nous rappelle que le travail de la ferme est dure, implacable, parfois désespérant.

Entre les deux époques, l’évolution des mœurs est bien ressentie. Le personnage d’ Evelyn, la mère de Maggie, autoritaire et détestable, cadre parfaitement avec les habitudes de l’époque où l’apprentissage des bonnes manières est primordial. Maggie, devenue grand-mère à l’époque actuelle, est beaucoup plus permissive, plus ouverte au changement et à la discussion bien qu’elle ne le comprenne pas toujours.


La ferme du bout du monde est un roman intense qu’on ne peut lâcher, l’histoire d’une passion entre des personnages charismatiques qu’on ne peut oublier.


Un mariage ne peut être jugé que par ceux qui le vivent de l'intérieur. La perte de l'amour peut se révéler si douloureuse... Ça et s'interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir... Voilà, je crois, ce qui fait le plus de mal.



Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

          Source: Preludes-editions.com

LA FERME DU BOUT DU MONDE  -  Sarah Vaughan
Editions Préludes  -  05/04/2017

jeudi 9 février 2017

GUÉRILLA SOCIAL CLUB - Marc Fernandez

Après avoir abordé le thème des bébés volés de la dictature franquiste, Marc Fernandez prend pour thème de son second roman la dictature Pinochet en Argentine.
Diego Martin, journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, personnage récurrent de son premier roman, enquête avec l’aide de ses amis sur une organisation criminelle importante qui s’en prend à des ex-guerilleros du commando Libertad qui a pris les armes contre le régime du Général Pinochet, dans les années 70 au Chili. L’Histoire semble bien être un éternel recommencement. A nouveau des enlèvements, des assassinats. Les victimes sont de la même génération, ont vécu la même époque, le même combat. Ennemi un jour, ennemi toujours.
Diego doit faire tout son possible pour protéger son ami, Carlos Bravo, aussi menacé.
Il faut savoir qui se cache derrière ces meurtres, découvrir le pourquoi du comment.

Cette sombre période de dictature qu’a vécu l’Amérique latine sert à l’auteur de point de départ pour une intrigue plaisante, qui se lit aisément. Marc Fernandez connaît bien le monde du journalisme. On le comprend dans ses propos et dans sa façon d’écrire. Une écriture fluide, au rythme soutenu, sans véritable relâchement.
Je suis par contre plus critique vis-à-vis du roman policier qu’il est censé être. Ne vous attendez pas à lire ici un excellent polar, avec des rebondissements inattendus, et une fin à vous mettre un slip sur la tête ! Le côté polar est plutôt convenu, sans véritable originalité.
Les personnages me semblent aussi manquer de complexité, ne suscitant pas assez d’empathie pour en devenir attachants et donner plus de profondeur au roman.
Quant au contexte historique, je le trouve abordé d’une manière insuffisante. On est loin de l’atmosphère oppressante du Condor de Caryl Férey.

En résumé, une histoire agréable et facile à lire, mais dont la réalité historique aurait pu être abordée d’une manière plus riche et intéressante.


Dieu que c'est bon de pouvoir parler librement. De dire qu'on n'est pas d'accord avec le gouvernement ou son voisin, sans risquer d'être arrêté, torturé, jeté en prion ou, pire, de prendre une balle entre les deux yeux. D'écouter la musique que l'on veut. De choisir les journaux et les livres que l'on va lire. De vivre, tout simplement. En démocratie. Système certes imparfait, mais on n'a rien trouvé de mieux jusqu'à présent.




Marc Fernandez, cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar, est journaliste depuis plus de quinze ans. Il a longtemps été chargé de suivre l'Espagne et l'Amérique latine au Courrier international. Il est également coauteur de plusieurs livres d'enquêtes (La ville qui tue les femmes, Hachette Littératures). Mala Vida est son premier roman en solo.


GUÉRILLA SOCIAL CLUB - Marc Fernandez
Préludes - 08/03/2017

mercredi 21 décembre 2016

LA SONATE OUBLIÉE - Christiana Moreau

A 17 ans Lionella, d'origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la petit ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu'au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et... une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d'Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l'Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel "le prêtre roux", Antonio Vivaldi, enseignait la musique à ces âmes dévouées.

Pour son premier roman, Christiana Moreau nous raconte une histoire passionnante avec des personnages attachants. L’alternance des lieux et des époques est parfaitement limpide et ne nuit absolument pas à la compréhension. Le début du livre se passe à Seraing, une ville dont l’auteur nous parle du déclin de la sidérurgie et de la renaissance urbaine actuelle, une ville que je connais puisque j’habite aussi en périphérie liégeoise.
Lionella et Kevin, Sérésiens d’origine, ne semblent pas accepter ces conditions de vie, ne se comportent pas comme les autres jeunes de leur âge. Lionella n’a d’yeux que pour la musique, le violoncelle en particulier. Kevin n’a d’yeux que pour Lionella. Tandis qu’elle peine à trouver une partition originale pour un concours musical, Kevin apporte à Lionella un coffret trouvé dans une brocante et contenant une partition et un journal intime.

Vautrée sur son lit, Lionella s’appliquait à déchiffrer le cahier d’Ada…. Et très vite elle fut happée par son histoire, incapable de refermer le recueil de souvenirs dont elle tournait les pages avec l’impression de partager le même envoûtement pour la musique et le violoncelle. Fascinée, elle était entrée de plain-pied dans sa vie, dans un autre siècle, un autre lieu. Elles étaient unies par une passion commune.


Ce journal est celui d’Ada, jeune fille abandonnée à la naissance, élevée au sein d’un ospedale vénitien, à la fois orphelinat et conservatoire de musique. Antonio Vivaldi y fut l’un des professeurs les plus célèbres.
Grâce aux chapitres consacrés à ce journal intime, on se laisse transporter avec délectation dans la Venise du 18e siècle, cette Venise où vit Ada pour laquelle on a tant d’empathie. On côtoie Antonio Vivaldi qui nous enchante par sa musique. On découvre les secrets des luthiers, la fabrication des masques, la vie des jeunes filles au sein des ospedali, …

Cette lecture a donc été pour moi une agréable surprise. Seul petit bémol : l’histoire ne nous dit pas comment ce coffret est arrivé à Liège, mais en ayant pris connaissance d’un détail dévoilé en fin d’histoire, peut-être peut-on alors l’imaginer.


Christiana Moreau - La sonate oubliée.
Préludes - 01/2017