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samedi 20 avril 2019

L'ART DE PERDRE - Alice ZENITER


Quatrième de couverture :

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.


Avis :

L’art de perdre est un roman dont on a beaucoup parlé en 2017, une saga familiale foisonnante qui débute dans l’Algérie des années 30.
Dans la première partie, nous rencontrons Ali qui, dans sa Kabilie natale, semble promis à un avenir bouché à se casser le dos à essayer de cultiver une terre rocailleuse jusqu’à ce qu’un jour, comme un cadeau du ciel, un pressoir charrié par la rivière croise sa route, manquant de peu de l’estropier.
Dès lors, sa vie se transforme, Ali se lance dans la culture des oliviers et produit de l’huile, les affaires sont florissantes.
Mais ce que l’on appelle pudiquement « les évènements » sont en marche et le destin de bien des hommes et celui d’Ali devenu Harki va basculer, jusqu’à ce qu’un bateau l’emmène sous d’autres cieux.
Dans la deuxième partie, Ali essaie de survivre avec sa famille dans un camp à Rivesaltes et Hamid, son fils va poser des questions qui resteront sans réponse. le père à jamais blessé, garde le silence. Un fossé d’incompréhension va se creuser peu à peu.
Naïma, la petite fille d’Ali, vit heureuse à Paris, jusqu’à ce que les attentats de 2015, l’obligent à se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore tout.
Il y a beaucoup d’émotion et d’amour dans ce livre, même si les sentiments restent muets, faute de mots pour dire je t’aime ou je te comprends.
Ce roman poignant évoque avec subtilité et émotion les destins brisés par l’Histoire et l’irrationalité des hommes, les séquelles de la colonisation, l’exil, le déracinement, le lourd poids de l’héritage familial mais aussi la force de l’amour filial.
La plume d’Alice Zeniter est élégante, tout à tour musicale et brutale. Le livre habite longtemps le lecteur avec des personnages qui au fil des pages deviennent des compagnons de route pour lesquels on a de la tendresse, qui vous font vibrer par leurs souffrances, leurs amours, leurs vies.






Alice Zeniter, née en 1986 à Clamart, dans les Hauts-de-Seine, est une romancière, traductrice, scénariste, dramaturge et metteur en scène de théâtre française. Elle obtient le Prix Goncourt des lycéens 2017 avec son quatrième roman L'Art de Perdre.



L'ART DE PERDRE  -  Alice ZENITER

Coédition Flammarion/Albin Michel  16/08/2017

Format Poche - J'ai lu - 30/01/2019

mardi 11 avril 2017

LA FERME DU BOUT DU MONDE - Sarah VAUGHAN

Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira.
Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

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Dès les premiers chapitres, Sarah Vaughan nous emmène dans son histoire et nous transporte dans cette région merveilleuse des Cornouailles. Elle allie parfaitement le passé et le présent, nous faisant passer d’une époque à l’autre sans la moindre difficulté. Les personnages sont attachants, forts, nous procurant autant de plaisir à lire les aventures de Maggie, Will et Alice, enfants et adolescents dans les années 40, et retrouver Maggie et ses descendants, Judith, Lucy, à l’époque actuelle.
Grâce à une écriture douce et fluide, la lecture devient facile et captivante. L’émotion est bien présente au fil des pages.

La région des Cornouailles est un personnage à part entière tant l’auteure la décrit avec passion et nous donne l’envie de mieux la connaître. Elle la dépeint avec beaucoup de réalisme. L’endroit n’est pas toujours ensoleillé avec une mer bleue, mais peut être sombre, orageux, avec une mer agitée. Sarah Vaughan aborde aussi avec justesse les difficultés de l’agriculture et de l’élevage : perte des récoltes à cause du temps, du bétail due aux maladies, difficultés financières, fatigue physique et morale des exploitants. Elle nous rappelle que le travail de la ferme est dure, implacable, parfois désespérant.

Entre les deux époques, l’évolution des mœurs est bien ressentie. Le personnage d’ Evelyn, la mère de Maggie, autoritaire et détestable, cadre parfaitement avec les habitudes de l’époque où l’apprentissage des bonnes manières est primordial. Maggie, devenue grand-mère à l’époque actuelle, est beaucoup plus permissive, plus ouverte au changement et à la discussion bien qu’elle ne le comprenne pas toujours.


La ferme du bout du monde est un roman intense qu’on ne peut lâcher, l’histoire d’une passion entre des personnages charismatiques qu’on ne peut oublier.


Un mariage ne peut être jugé que par ceux qui le vivent de l'intérieur. La perte de l'amour peut se révéler si douloureuse... Ça et s'interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir... Voilà, je crois, ce qui fait le plus de mal.



Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

          Source: Preludes-editions.com

LA FERME DU BOUT DU MONDE  -  Sarah Vaughan
Editions Préludes  -  05/04/2017