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vendredi 24 mai 2019

D'UNE MORT LENTE - Emelie SCHEPP



Quatrième de couverture :

Mis en scène dans leur propre appartement, des corps comme des poupées incomplètes, mutilés avec une précision chirurgicale. 
Justement, c’est peut-être la chirurgie qui relie les victimes entre elles. Et, plus précisément, une erreur médicale commise dans le secret d’une salle d’opération, étouffée par les années. 
Des nuits blanches attendent la police de Norrköping et la procureure Jana Berzelius. 
Mais cette dernière a d’autres cauchemars que le tueur au scalpel. 
Un homme qui la connaît depuis l’enfance. Un homme qui pourrait révéler à tous que Jana a été élevée et entraînée pour tuer. Cet homme est sa véritable menace. Et il vient juste de s’échapper. 


Mon avis :

Après Marquée à vie et Sommeil blanc, D’une mort lente est le troisième tome des aventures de la procureure Jana Berzelius, de l’auteure suédoise Emelie Schepp.
Dès le premier tome, je me suis laissé emporté par le style de l’auteure, par la personnalité, le caractère, la détermination de l’héroïne, procureure à Norrköping en Suède. Aussi est-ce avec plaisir que je me replonge dans ce troisième opus.

Cette fois, la section criminelle enquête sur des meurtres particulièrement sanglants qui hantent la ville. Parallèlement à cela, comme dans les précédents livres, Jana Berzelius doit affronter les fantômes de son passé et tenter le tout pour le tout afin que ses terribles secrets ne soient pas dévoilés à la face du monde.

Bien que les livres de cette série puissent être lus indépendamment les uns des autres, je vous conseille vraiment de suivre l’ordre chronologique, afin d’avoir une continuité dans ce fil rouge constitué du passé de Jana Berzelius. Au fil des livres, l’auteure a fait évoluer son personnage principal. On en découvre plus sur son enfance, sur tout ce qui est à l’origine de ses forces et de ses faiblesses.

Les autres protagonistes, membres de la section criminelle, évoluent aussi dans leur quotidien professionnel et leur histoire personnelle. Cela peut toutefois sembler déroutant et amener une certaine lenteur au rythme du livre. Mais rassurez-vous car dès que vous aurez cerné les personnages et vous serez habitué à l’écriture, vous finirez complètement absorbé par l’histoire. Comme tout bon thriller et polar venant du nord, Emelie Schepp a su distiller une atmosphère froide et très particulière à son histoire. L’auteure a aussi le don de faire monter le suspense crescendo et de faire de ses livres de véritables pages-turners.





Née en Suède, à Motala, Emelie Schepp appartient à la nouvelle génération d’écrivains nordiques, celle qui a succédé à des auteurs mondialement connus, comme Stieg Larsson. Après avoir remporté un prix d’Art dramatique et travaillé dans la publicité, Schepp fait des débuts très remarqués avec Marquée à vie, le premier volume de sa série « Jana Berzelius ». Déjà vendue dans 27 pays à ce jour, cette trilogie a conquis 200 000 lecteurs rien qu’en Suède.

D'UNE MORT LENTE  -  Emelie SCHEPP

HARPER COLLINS Noir  -  06 mars 2019

dimanche 6 janvier 2019

DÉMONS - Marc LAINE


Quatrième de couverture :

Lieutenant de police judiciaire à Avignon, Maxime porte sur son visage la marque du démon. Sept profondes cicatrices, de la tempe au menton, qui le font passer inaperçu parmi les voyous et lui ont laissé l'âme balafrée. Le Mal, il le connaît. Le reconnaît. D'instinct. Mais cette scène de crime dépasse de loin ses talents de chasseur. Pendu à des crocs de boucher, un homme a été proprement massacré. Le premier d'une longue série qui mènera Maxime aux portes de l'enfer. Et celles-ci ne s'ouvrent pas impunément...



Mon avis :

Maxime Delonge, jeune lieutenant de police à la brigade judiciaire d’Avignon, se voit confier une enquête après la découverte dans un entrepôt d’un cadavre atrocement mutilé. Ce meurtre va s’avérer ne pas être un cas isolé mais le début d’une série d’actes barbares. Pour l’aider dans sa tâche, on lui adjoint une nouvelle partenaire, Stéphanie, lieutenant à la SRPJ de Marseille.
A eux deux ils vont devoir traquer un tueur qui se caractérise par la sauvagerie, la bestialité de ses actes, et un message qu’il laisse pour guider les enquêteurs. Malgré cela, ils piétinent. Doivent-ils chercher un monstre ? Une créature hideuse aux griffes acérées et au corps recouvert de poils ? Ou bien n’est-ce juste qu’un individu comme vous et moi ? Folie ou vengeance ? Ils vont devoir appréhender la noirceur de l’âme humaine.



Maxime et Stéphanie, les deux héros dont nous partageons le quotidien et les émotions, sont touchants et sympathiques, deux êtres torturés aussi par leurs propres démons. Est-ce d’ailleurs pour cela que l’auteur a intitulé son livre Démons, en référence à ceux que traînent les deux flics et au tueur lui-même ?

Maxime a connu une expérience bouleversante étant jeune, un traumatisme qui a fortement influencé le reste de sa vie. Il l’a marqué au fer rouge, laissant une trace indélébile sur son caractère, sa façon d’être. Il en résulte que Max est un jeune homme très sombre, sans cesse tourmenté par ses démons intérieurs.

L'intrigue est super bien menée. Le récit est précis et rythmé et le côté très psychologique de l'enquête est pour moi un plus dans cet ouvrage. Même si j'ai trouvé le démarrage un peu long, j'ai passé un très bon moment de lecture, ponctué de frissons devant la noirceur des actes criminels perpétrés, mais aussi avec beaucoup d'impatience pour découvrir le fin mot de l'histoire. Final d'ailleurs surprenant à souhait…




Marc Laine est lauréat du Prix VSD du polar 2016 et coup de cœur de Franck Thilliez pour son livre Démons. Sa carrière de gendarme l'aide à s'essayer à sa plus grande passion, l'écriture, et plus particulièrement vers un genre qui a baigné son parcours professionnel : le polar. Après Démons, il s'essaye à un nouveau genre avec une saga fantastique: Les Éphulones. Il vient de publier son deuxième polar, Flambeau, la suite des aventures du lieutenant Maxime Delonge.



DÉMONS  -  Marc LAINE

Editions LES NOUVEAUX AUTEURS  -   Juin 2016

Format poche : Editions POCKET  -  Juillet 2018

dimanche 14 octobre 2018

DERRIÈRE LES PANNEAUX IL Y A DES HOMMES - Joseph INCARDONA


Quatrième de couverture :

Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l'autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois. 
Il observe, il surveille, il est patient. 
Parmi tous ceux qu'il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s'agite dans un monde clos, quelqu'un sait, forcément. 
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s'agacent, se disputent. Sous l'asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes. 
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes. 
L'urgence. 
Pierre n'a jamais été aussi proche de celui qu'il cherche. 

Mon avis :


Ce n’est pas un grand mystère, on l’apprend très rapidement, Pierre cherche un salopard qui a enlevé sa fille de huit ans quelques mois plus tôt le détruisant lui et Ingrid sa femme. Il est démoli mais armé par la rage de la vengeance tandis que son épouse a fui dans l’alcool et le sexe dégueulasse. Une nouvelle disparition en ce weekend du 15 août va éveiller Pierre…
Tout est montré, crûment, outrageusement réaliste: les parents détruits, les flics démunis, les jouisseurs des malheurs d’autrui, les employés des relais routiers, les épaves perdues de ces faux îlots, les paparazzi, les psychologues impuissants, les gros cons, les pauvres beaufs et leur fausse compassion, tout ce monde interlope qui se retrouve tous les ans aux moment de ces tristes migrations et qui entre en surchauffe avec cette tragédie à gerber.

Joseph Incardona raconte avec cruauté tout ce que vous avez seulement entraperçu : cette sale impression de piège incontournable où nous sommes contraints de nous arrêter, une halte forcée pour soi-disant nous délasser, pipi, carburant, bouffe immangeable, et contemporains pressés accompagnés de gosses énervés.

Certes, c’est du beau roman noir. Certes, il a reçu le Grand Prix de littérature policière 2015. Encore faut-il aimer le style direct, incisif de l’auteur. Un mot, deux mots, trois mots, et une succession de phrases courtes pour porter un regard pointu et acerbe sur notre société et ses contemporains. Joseph Incardona ne supporte pas la tiédeur en écriture qu’il faut supporter dans ce roman fort mais néanmoins éprouvant. Et au sein de cette dissertation, de ses points de vue et ses états d’âme, l’auteur retombe sur ses pas et nous livre de nouveaux éléments sur la quête du père, justicier de l’autoroute, et l’enquête policière.

Un roman dur et éprouvant, même si j’ai moins apprécié le style de l’auteur.




Joseph Incardona est un écrivain, scénariste et réalisateur suisse.
Né d'un père italien et d'une mère suisse, il a vécu notamment à Paris et Bordeaux avant de s'installer à Genève. 
Riche de sa culture suisse et italienne, admirateur de la vitalité des écrivains de la péninsule, il puise ses références dans le roman noir - "roman social" par excellence - et la littérature américaine du XXe siècle (John Fante, Jack Kerouac, James Lee Burke, Charles Bukowsky.). 
Auteur d’une dizaine de romans et de deux pièces de théâtre, il est également scénariste de bande dessinée et réalisateur d’un long métrage "Milky Way" (prix du public au festival international du film policier de Liège en 2014).
En 2008, il obtient le 2ème Prix de la Cinémathèque suisse pour son court métrage, "Annonciation".
"Lonely Betty" paru en 2010 chez Finitude, éditeur bordelais, a obtenu le Grand Prix du Roman Noir à Beaune.
En 2015, son roman "Derrière les panneaux il y a des hommes", publié aux Éditions Finitude, remporte le Grand prix de littérature policière.
En 2018, "Permis C" obtient le Prix du Roman des Romands.

Son site : http://www.josephincardona.com


DERRIÈRE LES PANNEAUX IL Y A DES HOMMES  -  Joseph INCARDONA

Edition FINITUDE  -  2015
Version Poche : POCKET  -  9/02/2017



lundi 18 juin 2018

LES CHIENS DE DETROIT - Jérôme LOUBRY


DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.
2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…
__________

Il était une fois, dans un village reculé, une créature qu’on appelait le Géant de brume. Chaque nuit, lorsque la lune voilée par les nuages n’éclairait qu’à moitié, et que la brume humide léchait les maisons, il venait enlever les enfants qu’on ne revoyait jamais.

C’est en 1998 que commencèrent les premières disparitions. Sept enfants. Sept corps retrouvés, meurtris, sauvagement assassinés. L’enquête n’a jamais abouti. L’inspecteur Stan Mitchell qui en avait la charge subit encore maintenant les conséquences de cet échec. C’est aussi la raison pour laquelle il reconnaît rapidement la patte du tueur, en 2013, soit quinze ans plus tard, quand de nouvelles disparitions d’enfants sont signalées. Cette fois, c’est Sarah Berkhamp, jeune inspectrice, qui est chargée de cette nouvelle traque malgré elle, avec Stan pour adjoint. Le temps presse. Aucun cadavre n’est retrouvé. Où le Géant de brume cache-t-il les enfants ? Sont-ils vivants ?
L’auteur alterne deux enquêtes, celle de 1998 et l’actuelle. D’entrée de jeu, on assiste à l’arrestation du suspect. L’homme reste étonnamment calme malgré l’intervention armée et énergique des forces de l’ordre. « Aidez-moi. Vous êtes ma rédemption. » dit-il. Que signifient ces mots ?
Jérôme Loubry, dont c’est le premier roman, crée une ambiance particulièrement glauque en plantant le décor dans la ville américaine de Détroit, une ville frappée de plein fouet par la crise des subprimes, une ville désertée par ses habitants, où seuls les plus pauvres semblent rester, ceux qui n’ont pas les moyens de partir ou plus l’envie de tenter leur chance ailleurs. Les rues et les quartiers deviennent fantômes. Les toitures de milliers d’habitations s’affaissent en silence tandis que le bitume des routes se fissure de douleur. Les descriptions de l’auteur permettent une immersion du lecteur dans cette ville grise dont on ne sort pas indemne, et une comparaison évidente entre celle-ci et les personnages que la vie n’a pas épargnés.
L’inspecteur Stan Mitchell, aussi appelé Molosse à cause de sa corpulence trapue et puissante ainsi que de sa réputation de ne jamais rien lâcher, ne s’est jamais pardonné l’échec de la première enquête. Il devient alcoolique et violent, et en subit les conséquences : mariage raté, éloignement de son fils.
Sarah Berkhamp, jeune inspectrice, a aussi sa part d’ombre. Depuis l’enfance elle souffre d’une schizophrénie légère accompagnée d’hallucinations auditives, des voix qui lui dictent des impressions, impressions qui peu à peu vont donner un côté étrange mais que l’auteur arrive à rendre très plausibles, puisqu’elles nous guident vers la solution.
Les chiens de Détroit est un roman envoûtant, à l’atmosphère sombre et intense. Les chapitres courts, sans aucune fioriture, donnent à la lecture un rythme soutenu. Un vrai page-turner à dévorer avec délectation.

Né en 1976 à Saint-Amand-Montrond. Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Désormais installé en Provence, il publie en 2017 son premier roman.
LES CHIENS DE DETROIT  -  Jérôme LOUBRY
CALMANN-LEVY  -  11/10/2017







lundi 21 mai 2018

SOUS NOS YEUX - Cara HUNTER


Quand Daisy Mason, huit ans, disparaît d’un barbecue familial, personne ne s’aperçoit qu’elle est partie, et même ses parents ne se souviennent pas de la dernière fois qu’ils l’ont vue. Comment un enfant si apprécié peut disparaître sans laisser de traces ?
C’est le puzzle que l’inspecteur principal Adam Fawley et son équipe d’enquêteurs doivent comprendre. Et le peu d’indices s’avère particulièrement frustrant.

Sous nos yeux est le premier livre de Cara Hunter, et le premier d’une nouvelle série policière dont le protagoniste principal, l’inspecteur Adam Fawley, est un personnage intéressant, imparfait comme tant d’autres détectives intelligents, troublé par un événement familial dont l’auteur ne livre que quelques indices, suscitant suffisamment d’empathie pour le rendre attachant. Mais ce qui est primordial, c’est son dynamisme et son ambition pour un travail bien abouti. Le fait qu’il soit constamment contrarié par ce cas complexe rend la lecture fascinante. Les indices découverts au fil de l’enquête sont la source de nombreux rebondissements qui perturbent aussi bien les enquêteurs que le lecteur aguerri. Je ne vous dis pas le nombre fois où je croyais l’enquête résolue, alors qu’elle virait une fois de plus dans une direction que je n’avais pas imaginée.



Complexe et alambiqué, ce drame psychologique examine le contexte de l’affaire et les événements qui ont mené à la disparition de Daisy par quelques retours ponctuels dans le passé, tout en laissant l’enquête bien présente dans l’imagination.
Moins vous en saurez à propos de cette histoire, plus vous en apprécierez la lecture.
Ce qui est certain, c’est que Cara Hunter sait comment manipuler une intrigue compliquée. Le mystère au coeur du roman rend sa lecture fascinante.

Sous nos yeux m’a tenu en haleine, depuis son prologue poignant, jusqu’à sa conclusion dramatique et inattendue, et est sans aucun doute le début prometteur d’un nouvel auteur talentueux.



Cara Hunter vit à Oxford, dans une rue qui ne ressemble en rien à celles qu'elle décrit dans ses romans. Servi par un suspense intense et une mécanique implacable, Sous nos yeux, son premier roman, ravira les fans de Lisa Gardner (Famille parfaite) et de Shari Lapena (Le couple d'à côté).


SOUS NOS YEUX  -  Cara HUNTER
BRAGELONNE  -  16/05/2018

vendredi 18 mai 2018

LE PENSIONNAT DES INNOCENTES - Angela MARSONS


En pleine nuit, cinq personnes se rassemblent dans un champ. Ils se sont tous relayés pour creuser une fosse peu profonde. Ils pensaient leur plus terrible secret enterré à jamais …
Dix ans plus tard, une directrice d’école est retrouvée noyée dans sa baignoire. Peu de temps avant sa mort, elle s’était intéressée à une fouille archéologique dans un champ à côté d’une ancienne maison d’enfants, où elle avait travaillé avant qu’elle ne soit entièrement détruite par les flammes. Un second ex-employé de ce foyer est à son tour assassiné, tandis que les fouilles mettent à jour des restes humains. L’inspectrice Kim Stone et son équipe sont chargés de l’enquête. Kim, qui a connu enfant l’assistance publique, est profondément impliquée dans celle-ci. Elle commence une course contre la montre pour découvrir le lien entre les victimes actuelles et les ossements déterrés, et savoir qui connaît les secrets d’il y a dix ans, avant qu’ils ne soient tous morts.

Le marché du polar/thriller a le vent en poupe et il devient bien difficile de faire un choix parmi les nouveaux auteurs qui font leur apparition.
Le pensionnat des innocentes est le premier livre d’Angela Marsons traduit en France.
Il suit le schéma classique d’un bon roman policier : un crime est commis, une équipe d’inspecteurs est chargée de l’affaire, le lecteur se laisse surprendre par un ou deux twists, le crime est résolu, et tout le monde est heureux. Mais une différence subtile fait que ce livre se démarque des autres : l’émotion. Des tonnes et des tonnes d’émotion du fait qu’on a affaire ici à des enfants abandonnés par leurs proches, ayant survécus aux pires cas de négligence, recueillis par l’assistance publique, privés de la moindre chance de pouvoir rebondir dans la vie, et en plus trahis par des gens en qui ils accordaient leur confiance mais qui n’en avaient rien à faire.

Ces établissements s’apparentaient à des rebuts, des décharges où échouaient des gamins brisés dont personne ne voulait. Dans le meilleur des cas, ils y perdaient toute humanité et toute identité. Dans le pire des cas, ils y étaient victimes de nouveaux abus. Les mauvais traitements devenaient quelque chose de normal et, lentement, à force d’être sans cesse poussés vers le fond, ces enfants ne parvenaient plus à garder la tête hors de l’eau.

L’inspectrice Kim Stone est en quelque sorte une miraculée. Elle-même enfant de l’assistance publique, elle s’est forgée un caractère qui lui a permis de s’en sortir. Elle est une femme déterminée, qui sait exactement ce qu’elle veut et ne laisse rien lui barrer la route. Elle est froide, asociale et insensible, manquant de compétences relationnelles, mais possède une motivation à élucider ces meurtres qui s’explique par le besoin de rendre justice à ces enfants oubliés.


Ses coéquipiers sont décrits comme des professionnels. Ils sont entièrement dévoués à leur chef, même si celle-ci est dure et exigeante, et ils savent qu’ils peuvent compter sur elle en cas de besoin. Son partenaire Bryant est plus décontracté. Ils forment à eux deux une équipe qui se complète bien. Ils savent exactement ce que l’autre pense et a besoin. Les caractères individuels des membres de l’équipe sont intéressants et progressent au fil de l’histoire. Quant à l’inspecteur en chef, c’est le boss stéréotypé qui veut que tout soit fait dans les règles, mais finit par accepter l’une ou l’autre entorse surtout venant de Kim car il sait qu’elle n’a pas son pareil pour résoudre les affaires criminelles.

Quant aux personnages secondaires, ils s’intègrent parfaitement dans l’histoire à leur manière. Certains sont charmants, d’autres sont détestables. Mais tous ont leur propre rôle à jouer dans une histoire bien noire, pas facile à digérer tant le sujet – la maltraitance d’enfants abandonnés – est insupportable.
Tous tirent le lecteur à travers cette noirceur, le laissant absorbé dans la traque du meurtrier. La tension est parfaite jusqu’au dernier quart du livre où la course effrénée à la finale commence, avec bien sûr l’un ou l’autre twist qui sait nous surprendre.

Le pensionnat des innocentes est le premier tome d’une série d’enquêtes reprenant les mêmes personnages récurrents. Kim Stone a ce côté sympathique et crédible que l’on a envie de retrouver dans d’autres romans afin de découvrir d’autres facettes de son personnage.


Angela Marsons est auteur de roman policier.
Elle a travaillé comme agent de sécurité au centre commercial Merry Hill à Brierley Hill dans les Midlands de l'Ouest.
Elle est originaire de Black Country, une zone vaguement définie de l'agglomération anglaise des Midlands de l'Ouest, au nord et à l'ouest de Birmingham, où elle situe ses intrigues.
Elle est auteur d'une série de thrillers dont le personnage principal est le détective Kim Stone.
"Le pensionnat des innocentes" (Silent Scream, 2015) est son premier roman.


LE PENSIONNAT DES INNOCENTES  -  Angela MARSONS
BELFOND  -  16/05/2018

lundi 12 mars 2018

SOMMEIL BLANC - Emelie SCHEPP


Sommeil Blanc, le second livre d’Emelie Schepp, est la suite de Marquée à vie, une série dont le personnage récurrent est Jana Berzelius, enfant soldat devenue procureur après son adoption par une famille aisée. Bien que ce second ouvrage puisse être lu séparément, je ne peux que recommander la lecture du tome précédent, tant les allusions sont nombreuses.

Quand une fille thaïlandaise meurt par overdose suite à l’ingestion de sachets de drogue de contrebande, la piste pointe vers Danilo, autre enfant soldat, victime comme Jana Berzelius du trafic d’être humain, mais qui n’a pas eu la chance de connaître une autre vie. Désireuse d’effacer toute trace de son enfance sordide, Berzélius n’a d’autre choix que de traquer secrètement ce personnage avec qui elle partage un passé horrible.

Pendant ce temps, la police se concentre sur la tête insaisissable du commerce suédois des stupéfiants. Personne n’a jamais rencontré ce cerveau diabolique en personne, connu sous le nom de Vieil Homme. Il est comme une ombre respectée à l’extrême. Qui est ce baron de la drogue ? Berzelius a soif de connaître son identité, même si elle traque clandestinement Danilo, qui a menacé de la dénoncer pour ce qu’elle est vraiment. Elle sait qu’elle doit le tuer avant de pouvoir révéler ses secrets. Si elle échoue, elle risque de tout perdre.

Alors qu’elle se prépare au combat de sa vie, Berzelius découvre une trahison encore plus explosive et insidieuse, qui l’emmène inextricablement dans tout le réseau sordide du crime.

Bien que la dynamique entre Jana et Danilo soit captivante, je me suis tout autant passionné avec les personnages secondaires. Les policiers forment un groupe dépareillé et les suivre, alors qu’ils tentent de jongler avec leur vie personnelle et simultanément enquêter sur la contrebande de drogue, est fascinant. Mia Bolander, Gunnar Ohrn et Henrik Levin sont géniaux en tant qu’enquêteurs, mais leurs vies respectives sont pour le moins bordéliques. J’ai adoré cela. Ça les rend tous plus réels. Ils font des erreurs, se confrontent les uns aux autres. Ce sont des gens ordinaires qui essaient de faire un travail difficile dans des circonstances difficiles. Je pense que leurs défauts et leurs erreurs sont nécessaires pour équilibrer les compétences supérieures de Jana. Bien que j’apprécie pleinement les raisons pour lesquelles Jana est comme elle est, je pense que cela la rend parfois difficile à comprendre. Motivée et unique, une fois qu’elle choisit sa ligne de conduite, rien ne peut la détourner de ses objectifs. Elle est comme une toile vierge, émotionnellement distante. Les autres personnages apportent une certaine humanité nécessaire à l’intrigue.

On retrouve dans ce roman deux genres appréciés des amateurs de polars et habilement entremêlés. Les chapitres concernant Jana et Danilo forment un thriller de haut vol, les deux personnages jouant au jeu du chat et de la souris, alors que les chapitres qui suivent les membres de la police locale ressemblent davantage à une procédure policière standard.

A certains égards, Jana Berzelius reste un mystère tout au long du livre. Ce second tome fait évoluer son histoire vers une révélation finale, tout en laissant juste assez de questions sans réponse pour donner matière à un troisième tome, que je ne manquerai sous aucun prétexte.





Un flacon à la main, il attrapa sa mâchoire, la força à ouvrir la bouche et y répandit trois giclées de lubrifiant. Puis il lui tendit la capsule.
Pim la prit, la fourra directement dans sa bouche. Elle essaya d’avaler. Appuya d’un doigt pour la faire descendre dans sa gorge, mais eut un haut-le-coeur. La capsule à nouveau au fond de sa gorge, elle remonta le menton. Elle ferma les yeux. Et avala. Avala, avala, avala. Lentement, ça descendit vers son estomac.

 https://www.harpercollins.fr/auteur/emelie-schepp

SOMMEIL BLANC  -  Emelie SCHEPP
HARPER COLLINS  -  10/01/2018

dimanche 11 février 2018

LA FILLE SOUS LA GLACE - Robert BRYNDZA




Lorsque le corps d’une belle jeune femme est retrouvé sous la glace dans le parc d’un musée, la police londonienne fait appel à Erika Foster, l’un de ses meilleurs éléments. Seulement voilà, elle vient tout juste de reprendre du service après la mort de son mari au cours d’une enquête qu’elle dirigeait elle-même. Elle est donc pour le moins fragile, et l’identité de la jeune femme assassinée ne va pas lui simplifier la vie, puisqu’il s’agit de la fille d’un riche industriel ayant des relations au gouvernement, une jeune fille qui ne semble pas être la fille chérie dépeinte par la famille.
Commence alors une enquête menée tambour battant, au cours de laquelle Erika devra faire face à l’hostilité de la famille, de ses supérieurs et même de certains de ses collègues. La culpabilité qu’elle ressent depuis la mort de son mari la pousse à se surpasser, pour se prouver que ce n’est pas son incapacité qui en est responsable. Sa détermination est telle qu’elle ne s’arrête pas même quand sa hiérarchie décide de lui enlever l’affaire. Andrea, la victime, ne semble pas être la seule femme tuée avec le même modus operandi, et personne ne semble avoir établi un lien entre ces différents meurtres jusqu’à présent.

La fille sous la glace est une histoire captivante, pleine de suspense, qui a retenu toute mon attention dès les premières pages. L’intrigue est efficace et bien menée, révélant progressivement des indices qui permettent de maintenir le suspense et la tension à un bon niveau.
Le style de l’auteur est fluide et bien rythmé, assurant une lecture addictive et plaisante.
Quant aux personnages, ils sont bien dépeints. La DCI Erika Foster est un personnage sympathique, intéressant, divertissant et fort, tenace et intègre, à la crédibilité sans faille. Elle vient avec une trame émotionnelle qui la motive à se surpasser pour attraper le tueur. On prend ainsi beaucoup de plaisir à la suivre.

On trouve dans ce roman tous les codes du roman policier. Ce qui est révoltant, c’est de voir à quel point l’establishment britannique parvient à peser sur l’enquête, au point de l’entraver, par une pression qui descend en cascade jusqu’aux enquêteurs que l’on somme de prendre telle ou telle voie.

La fille sous la glace est le premier livre traduit en français des enquêtes policières de la DCI Erika Foster. Robert Bryndza était connu avant cela dans un autre genre littéraire. La série Erika Foster en est déjà à son cinquième tome en version originale.
J’ai hâte de connaître la suite des enquêtes d’Erika Foster.


D’origine slovaque, Robert Bryndza a été comédien pendant sept ans avant de se lancer dans l’écriture.
Auteur de comédie romantique, "The Not So Secret Emails Of Coco Pinchard" (2012) est son premier livre. 
"La fille sous la glace" (The Girl in the Ice, 2016) est son premier polar. Traduit en 26 langues, il a séduit plus d’un million et demi de lecteurs en Angleterre et dans le monde.
Il a vécu aux États-Unis et au Canada avant de s’installer en Slovaquie avec son époux slovaque, Jan. 

son site : https://robertbryndza.com/
Twitter : https://twitter.com/robertbryndza 

LA FILLE SOUS LA GLACE  -  Robert BRYNDZA
Editions BELFOND  -  25/01/2018




mercredi 31 janvier 2018

FAUSSES PROMESSES - Linwood BARCLAY



David Harwood, journaliste à Boston, décide de retourner vivre chez ses parents, dans sa maison d’enfance à Promise Falls, afin de donner à son fils Ethan, qu’il élève seul depuis le décès de sa femme, une vie plus équilibrée et de meilleures conditions de scolarité.
Comble de malchance, le journal local qui l’emploie se déclare en faillite dès son premier jour de travail. La cohabitation avec ses parents est dès lors amenée à se prolonger.
En apportant de la nourriture de la part de sa mère à sa cousine Marla, il découvre celle-ci avec un bébé dans les bras, soi-disant amené par un ange, et des traces de sang sur la porte. Cela n’a rien de rassurant quand on sait que Marla a perdu son bébé à l’accouchement dix mois plus tôt, et qu’elle souffre de santé mentale depuis lors au point d’avoir tenté d’enlever un nourrisson dans l’hôpital local. Utilisant des informations sur la poussette, David se rend à la maison d’où est supposé provenir le nourrisson et découvre le corps de la mère mutilée dans la cuisine.

A partir de là, on se trouve embarqué dans une histoire pour le moins étrange, mais qui va petit à petit accaparer toute notre attention jusqu’à en devenir addictive .
Outre la découverte du corps, dans la même journée se produit une succession d’événements sans queue ni tête qui ont de quoi ébranler la police de cette paisible bourgade. Vingt-trois écureuils morts suspendus à une clotûre, trois mannequins dans une nacelle de grande roue d’un parc d’attraction en liquidation, un suspect présumé violeur abattu par la police privée d’une établissement scolaire. Le point commun est le nombre 23. Le nombre d’écureuils morts, le numéro sur la nacelle avec les trois mannequins peints, le numéro sur le sweat du présumé violeur. Quelle peut être sa signification ?
De nombreux personnages font aussi leur apparition dans ce roman, et leur mésaventure constitue à chaque fois une intrigue, que l’auteur fait évoluer tel un fil rouge que l’on suit tout au long de l’histoire, ou devrais-je dire tout au long de la trilogie.
Car il s’agit bien d’une trilogie que Linwood Barclay nous propose et dont Fausses promesses est le premier tome, une trilogie dont l’auteur a écrit les trois tomes sur quinze mois de temps afin de maintenir une parfaite continuité et dont la sortie littéraire de chaque tome s’est rapidement enchaînée aux Etats-Unis. J’espère d’ailleurs qu’il en sera de même chez nous afin de pouvoir aborder la suite de ce roman avec une histoire encore bien présente en mémoire.
Toutes ces histoires apparemment déconnectées sont faciles à suivre. Si le premier tome traite principalement de l’énigme du bébé volé, il y a fort à parier que les autres fils rouges se poursuivront dans la suite du récit.

Fausses promesses est un thriller intelligent et plutôt rondement mené par une plume vive et équilibrée. Les chapitres courts aident à maintenir un rythme soutenu, sans relâche. Quant aux personnages, certains suscitent l’empathie, tandis que d’autres le dégoût. L’ensemble suffit à donner cette envie de replonger au plus vite dans les mystères de Promise Falls. Qui peut bien jouer avec les nerfs de ses habitants ?



Notes sur l'auteur :
http://www.linwoodbarclay.com/ (site en anglais)
http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2009/11/06/15704766.html  (site en français)

FAUSSES PROMESSES  -  Linwood BARCLAY
Editions BELFOND (Collection BELFOND NOIR)  -  11/01/2018

mardi 16 janvier 2018

TOXIQUE - Niko TACKIAN

ELLE AIME SABOTER LA VIE DES AUTRES,
ELLE N’ÉPROUVE AUCUNE EMPATHIE,
ELLE POURSUIT UN BUT. ELLE EST TOXIQUE.

Scénariste de métier depuis quinze ans, Niko Tackian s’illustre depuis peu en littérature. Auteur de deux thrillers psychologiques, Quelque part avant l’enfer et La nuit n’est jamais complète parus chez Scrineo en 2015 et 2016, il se tourne ensuite vers l’univers du polar avec le très noir Toxique, paru chez Calmann-Lévy en 2017 et dans la collection Livre de Poche en ce début d’année 2018. et qui inaugure une future série.

Celle-ci a pour personnage principal Tomar Khan, enquêteur au 36 quai des orfèvres. L’auteur va donc prendre le temps de bien décrire son personnage central, et les autres qui gravitent autour de lui, famille et collègues de travail. Les personnages sont complexes, relativement bien développés, assez du moins pour créer avec le lecteur un lien particulier qui permet de s’imaginer facilement à leur côté, de vivre plus intensément une enquête non dénuée de suspense.


Le commandant Tomar Khan, d’origine khurde, est un mec inflexible et sanguin à la carrure de buffle, un flic qui flirte parfois avec la ligne rouge pour empêcher de nuire les prédateurs qui rôdent en ville, un homme condamné depuis son enfance à vivre une succession d’échecs, pourchassé par les démons du passé qui viennent le hanter, et qui a trouvé comme exutoire un club de boxe pour y relâcher la tension qu’il accumule. Tomar est aussi un encaisseur. Depuis sa naissance, la vie l’a pris pour un sac de frappe et s’acharne sur lui. Il n’a jamais connu l’insouciance d’une enfance normale, il s’est blindé, recouvert d’une couche épaisse de muscles et de principes pour échapper à la souffrance et ne plus jamais connaître le froid et la peur. Niko Tackian nous fait parfaitement comprendre la fragilité qu’il renferme et le rend profondément humain et particulièrement charismatique.

 Le décor du roman, c’est le Paris de janvier 2016, encore meurtri par les attentats. L’auteur intègre à l’histoire les infos relatées dans la presse à ce sujet ainsi que certains faits de la vie parisienne notamment au coeur du quartier du canal Saint-Martin, laissant l’impression au lecteur de lire un polar écrit en temps réel.

Dans Toxique Niko Tackian développe la thématique des gens toxiques que sont les sociopathes.
Le sociopathe n’est pas capable de voir la souffrance des autres et ne la respecte pas. Et surtout, il cherche à satisfaire ses besoins à tout prix. La sociopathie est une sorte d’immaturité figée. C’est un adulte qui a les mêmes réactions qu’un enfant de cinq ans. Il aime arracher les ailes des mouches sans se soucier de leur douleur. C’est aussi un bon manipulateur qui recourt rarement au mensonge, ou bien par omission. Il n’emploie ni la menace ni la contrainte et encore moins la force physique. Aux yeux du monde, il a l’air irréprochable ! Son art consiste à cerner les failles de ses proies pour mieux les exploiter. La notion de culpabilité n’existe pas chez lui. Sa seule limite, c’est la loi. Il peut être charmant en société. Ce sont des prédateurs sociaux qui laissent derrière eux un sillage d’espoirs brisés. Certaines particularités du sociopathe sont d’ailleurs des qualités mises en avant pour l’embauche dans de grandes entreprises.
Sachant qu’une personne sur 25 pourrait être sociopathe, je m’imagine poser sur mes collègues de travail un regard bien différent .

J’ai apprécié le style de l’auteur et sa façon de me faire entrer dans l’histoire.
Il ne faut pas grand-chose pour passer à côté d’un bon bouquin, et il est évident que je n’ai pas encore le temps de lire tout ce qui me tente. Ce qui est certain, c’est qu’après avoir lu Toxique avec un certain retard, je vais immédiatement enchaîner sur le second volet des aventures du Commandant Tomar Khan .



TOXIQUE  -  Niko TACKIAN
CALMANN-LEVY  -  04/01/2017
LIVRE DE POCHE  -  03/01/2018