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vendredi 3 mai 2019

L'EMPREINTE - Alexandria MARZANO-LESNEVICH



Présentation de l’éditeur :

Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l'épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n'aura alors cesse d'enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. 

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l'autobiographie et du journalisme d'investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d'éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l'on imagine. Aussi troublant que déchirant. 

Qu’en penser ?

Parmi les choses insoutenables que l’on refuse particulièrement de s’imposer dans un roman, il y a l’assassinat d’un enfant. C’est pourtant non seulement le point de départ, l’élément central, mais aussi la tentative d’achèvement de ce roman.
L’empreinte est un roman complexe, très particulier, inclassable. Un récit d’une humanité profonde, à la fois roman noir, enquête journalistique criminelle et autobiographie. Un titre qui sonne tellement juste, comme l’empreinte profonde qu’il laisse sur le lecteur, l’empreinte des blessures du passé sur nos vies.

En juin 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich a 25 ans. Elle est étudiante en droit à Harvard et commence un stage dans un cabinet de défense de la peine de mort à La Nouvelle Orléans. Elle se retrouve face à une affaire qui va changer le cours de sa vie, celle du meurtre du petit Jeremy, 6 ans assassiné en Louisiane en 1992, par Rick Langley. Ce dernier est un prédateur sexuel récidiviste qui échappe à la chaise électrique.

Bien qu’étant opposée à la peine de mort, Marzano s’étonne de sa réaction viscérale. Au fond de ses tripes, elle souhaite la mort de Langley. La descente dans la psyché et les mécanismes du tueur d’enfants éveillent, chez elle, l’écho de sa propre histoire. Celle d’avoir été abusée sexuellement par son grand-père lorsqu’elle était enfant. Ce sont alors les fils narratifs qui s’entremêlent, deux investigations sur dix ans de réflexion. L’un, documentaire, l’autre, autobiographique. L’auteure entraîne le lecteur dans sa réflexion sur des sujets dérangeants. La culpabilité, l’inceste, la peine de mort, la vengeance, le pardon, la résilience, le poids du silence et ses conséquences, les blessures qui se transmettent de générations en générations, la complexité de l’amour, le sentiment d’appartenance, la trahison.

Un roman bouleversant, dérangeant, que l’on referme la gorge nouée.

"J’ai toujours cru que c’étaient les mots de Lorilei* qui avaient incité le jury à épargner la vie de Ricky. Mais la vérité est plus complexe : elle ne lui pardonne pas, mais elle ne veut pas sa mort."
(* Lorilei = mère du petit Jeremy)

"Tous les documents que j’ai consultés m’ont permis d’imaginer Ricky, d’imaginer sa famille, de commencer à éprouver une certaine empathie à son égard. Je ne peux pas ne pas savoir – je ne peux pas ne pas affronter – ce qu’il a fait."

"Je commence à comprendre que je ne crois pas au fond que le fait que je sois contre la peine de mort – ou celui que d’autres soient pour – puisse se ramener à la raison. Il s’agit toujours de la même conviction simple, fondamentale : celle que chaque individu est une personne, quoi qu’il ait pu faire, et que prendre une vie humaine est mal."




Alexandria Marzano-Lesnevich est la fille de deux avocats. À l’instar de ses parents, elle a fait des études de droit avant de s'en détourner pour des raisons qui nourrissent son oeuvre.
Alexandria Marzano-Lesnevich est l’autrice de L’Empreinte, salué par la critique, notamment par The Guardian. Amazon a désigné L’Empreinte comme un des meilleurs livres de 2017.
Ce premier récit littéraire lui vaut de remporter le prix du livre étranger JDD / France Inter 2019, le Chautauqua Prize ainsi que le Lambda Literary Award for Lesbian Memoir en 2018. Elle a également reçu un Rona Jaffe Award en 2010 (un prix qui récompense chaque année des autrices débutantes) ainsi que plusieurs bourses et résidences d'artistes. 
Passionnée par l’écriture et le journalisme, elle a contribué à des journaux prestigieux tels que The New York Times ou Oxford American. Alexandria Marzano-Lesnevich a collaboré avec d’autres autrices pour proposer une anthologie intitulée Waveform: Twenty-First-Century Essays by Women célébrant le rôle des femmes essayistes dans la littérature contemporaine.
Alexandria Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine et enseigne la littérature.




L'EMPREINTE  -  Alexandria MARZANO-LESNEVICH

SONATINE  -  10/01/2019

vendredi 26 avril 2019

TANGERINE - Christine MANGAN



Résumé :

Tanger, 1956. Alice Shipley n’y arrive pas.
Cette violence palpable, ces rues surpeuplées, cette chaleur constante  : à croire que la ville la rejette, lui veut du mal.
L’arrivée de son ancienne colocataire, Lucy, transforme son quotidien mortifère. Ses journées ne se résument plus à attendre le retour de son mari, John. Son amie lui donne la force d’affronter la ville, de sortir de son isolement.
Puis advient ce glissement, lent, insidieux. La joie des retrouvailles fait place à une sensation d’étouffement, à la certitude d’être observée. La bienveillance de Lucy, sa propre lucidité, tout semble soudain si fragile... surtout quand John disparaît.
Avec une Tanger envoûtante et sombre comme toile de fond, des personnages obsessionnels apprennent à leurs dépens la définition du mot 
doute.



Mon avis :

Nous sommes en 1956, à Tanger, où Alice Shipley vit avec son mari. Alice a pourtant bien du mal à se familiariser à cette ville grouillante et son atmosphère surchauffée. Pourtant c’est là qu’elle tente d’oublier un horrible incident, survenu en fin du cursus au Bennington College, et qui a changé le cours de sa vie. Mais une visite inattendue de Lucy Mason, sa camarade de chambre à l’université qui a été témoin de l’événement, risque bien de bouleverser cette quiétude. Face à son ancienne amie, Alice est en proie à une profonde incertitude. Peut-elle faire confiance à Lucy ? Celle-ci ne risque-t-elle pas de dévoiler la vérité ?

Les chapitres alternent les points de vue des deux principales protagonistes, qui évoquent chacune à tour de rôle leur passé, leur rencontre, et font allusion à ce fameux incident dont on ignore tout, si ce n’est qu’il est la cause de leur relation troublante et de l’atmosphère hitchcockienne du récit. Bien que le dialogue soit aigu et mordant, c’est le non-dit qui frappe le plus. La tension règne sous la surface et la vérité se cache entre les lignes.

Malheureusement, l’autrice joue aussi peu avec les tensions qu’un chat obèse avec sa souris. Le récit souffre d’apathie et les personnages manquent d’empathie.

La perspective narrative est tout aussi frustrante. Les chapitres alternent entre la perspective à la première personne d’Alice et de Lucy. Bien que les deux femmes soient très différentes – Alice calme et tremblante, Lucy rusée et indépendante – rien ne distingue leur voix narrative l’une de l’autre. A plusieurs reprises je me suis demandé qui était la narratrice du chapitre en cours de lecture.

Un bandeau accrocheur semble établir un parallèle entre Tangerine et les livres de Gillian Flynn. Pour moi la comparaison est tout simplement risible. Ce livre ne reflète en aucune manière la tension à bout de souffle et les intrigues habilement tissées trouvées dans les romans de Gillian Flynn.

Heureusement un certain élan est retrouvé dans le dernier quart du livre, pour mener les lecteurs à une conclusion qui séduira les uns et irritera les autres.




Christine Mangan est diplômée de l’University College de Dublin, où elle a rédigé une thèse sur la littérature gothique du xviiie siècle, et de l’Université du Sud du Maine, où elle a suivi un Master d’écriture. Tangerine est son premier roman.


TANGERINE  -  Christine MANGAN

HARPER COLLINS  -  02/05/2019

mercredi 24 avril 2019

NOVEMBER ROAD - Lou BERNEY



Quatrième de couverture :
Sur une route perdue de l’Ouest américain, un homme roule à tombeau ouvert.
Cet homme, c’est Frank Guidry. À ses trousses, un tueur à gages mandaté par le mafieux Carlos Marcello, qui veut se débarrasser d’un témoin indésirable dans le crime du siècle : l’assassinat de JFK.
Guidry sait que la première règle, quand on est en cavale, est de ne pas s’arrêter. Et que la seconde est de ne compter que sur soi-même. Pourtant, lorsqu’il aperçoit, au bord de la route, une femme avec une voiture en panne, deux petites filles et un chien sur la banquette arrière, il y voit une proie facile. Et la couverture qui lui permettra de leurrer l’homme qui le traque.
Alors, Guidry prend le risque.
Il s’arrête.

Qu’en penser ?
L’histoire se déroule en novembre 1963, dans les jours qui ont suivi l’assassinat de John F. Kennedy. L’un des deux principaux protagonistes est Frank Guidry, bien connu parmi la société de La Nouvelle-Orléans, et lieutenant du mafieux Carlos Marcello. Quelques semaines avant l’assassinat, Guidry exécuta ce qui semblait être à l’époque un service plutôt inconséquent pour Marcello. Mais au moment où Guidry apprend la mort de JFK à Dallas, il se rend compte que la tâche qu’il a accomplie était tout sauf insignifiante.

Connaissant Marcello, et sachant que toute personne pouvant être mêlée de près ou de loin à cet assassinat risque fort d’être éliminée, Guidry décide de prendre la fuite. Il espère pouvoir se faire aider par un vieil ami à Las Vegas, mais sait très bien que le défi est de taille, tant Marcello a des yeux et des oreilles dans tout le pays.

La deuxième protagoniste du livre est Charlotte Roy, femme au foyer et mère de deux filles, habitant dans un bled paumé de l’Oklahoma. Charlotte en a marre d’être enfermée, de cette vie terne, et de son mari alcoolique. Elle a envie de vivre dans un endroit où il n’est pas difficile de faire la différence entre le passé et le futur.
Ainsi, pratiquement sur un coup de tête, décide-t-elle de faire ses bagages et d’emmener ses filles et le chien pour commencer une nouvelle vie en Californie.
Leur chemin va croiser celui de Frank. N’est-ce pas pour lui la meilleure façon de passer inaperçu, dans la peau d’un père de famille, tandis qu’un tueur à gages est à la recherche d’un loup solitaire ?

Lou Berney réussit l’exploit d’immerger le lecteur au début des années soixante. Les attitudes et l’atmosphère se ressentent parfaitement bien. Les descriptions des petites villes mythiques et typiques du sud des Etats-Unis sont remarquables.
C’est un roman absolument superbe, fin, subtil. L’histoire vous saisit dès la page d’accueil et refuse ensuite de vous laisser partir. Tout l’intérêt du roman tient dans la finesse psychologique de l’analyse des relations entre les personnages.
C’est à la fois un polar, un road-trip, et l’histoire de cette relation incroyable et complexe entre Charlotte et Frank, un mafieux qui finit par susciter tellement d’empathie, des personnages tellement attachants qu’on n’est pas près de les oublier.



Lou Berney vit dans l'Oklahoma. Il est l'auteur de cinq romans, dont le dernier, November Road, est le premier traduit en français.

NOVEMBER ROAD  -  Lou BERNEY
HARPER COLLINS  -  06/02/2019





dimanche 3 février 2019

MILLE FEMMES BLANCHES - Jim FERGUS


Quatrième de couverture :

En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l'agonie de son peuple d'adoption... 

Mon avis :

Cette puissante histoire inspirée de la venue du Cheyenne Little Wolf à Washington DC en 1874, retrace la vie aventureuse d’un personnage inventé de toute pièce, celui de Mary Dodd. Sous forme de carnets intimes, nous entrons dans son monde et dans sa tête.

Alors que les colons se sont installés en Amérique et agrandissent progressivement leur territoire, les différentes communautés indiennes voient leurs terres réduites et souffrent de ce brusque mélange de culture. C’est dans ce contexte que les Cheyennes, conduit par leur chef Little Wolf, vont alors faire une drôle de proposition au président Grant : échanger 1000 chevaux contre 1000 femmes blanches et ainsi sceller un pacte d’amitié entre le peuple indien et le Grand père blanc.

Des femmes en âge de procréer sont alors sélectionnées pour tenter cette inimaginable aventure. Des volontaires, des prisonnières, des illuminées ou des femmes enfermées contre leur gré ; toutes ont un point en commun : elles vont devoir sauter dans l’inconnu et ramener ces soit disant sauvages à la civilisation. C’est alors que le lecteur va vivre une incroyable histoire à travers les yeux de May, femme courage, intelligente et tolérante qui rejoint la communauté indienne en tant qu’épouse du grand chef. Accompagnée par d’autres personnages marquants et touchants tels que Martha, l’amie fidèle, les sœurs Kelly, deux frangines insolentes et friponnes ou encore Phemie, ancienne esclave noire au caractère bien trempé, notre héroïne va vivre une expérience hors du commun. Une aventure où les préjugés s’effritent au profit de l’amour, l’amitié et de la découverte de l’autre.

Ce livre dénonce la politique du gouvernement américain d’alors vis-à-vis de ceux qu’il considérait comme des "sauvages". Avec cette critique acerbe du colonialisme, l’auteur nous explique l’extinction progressive de tout un peuple, tout en nous contant une extraordinaire histoire d’amour. On est subjugué par ce bel apprentissage, parfois violent, ainsi que par ce message de tolérance et de paix. Tout au long du roman, on voit les différents personnages évoluer et faire tomber les masques, on découvre des paysages magnifiques et une façon de vivre qui donnerait à beaucoup l’envie de tout quitter. On se demande même si ce ne sont pas les indiens qui, finalement, avaient tout compris.

Ce roman est bien écrit, poétique et fait du bien. On suit le combat de ces femmes et de ces hommes qui se sont battus pour faire reconnaître les droits des indiens, chacun à leur façon. L’ensemble est une grande réussite qui nous donne matière à réfléchir, à se remettre en question. Même si cette œuvre n’est pas réelle, elle se rapproche d’une vérité dure à dire et nous transporte dans un monde, pas si lointain, qui fascine.

Mille femmes blanches est le premier roman de Jim Fergus, sorti en France en 2000 chez Le Cherche Midi. Il obtient le prix du premier roman étranger.




Né de mère française et de père américain, Jim Fergus se passionne dès l'enfance pour la culture Cheyenne alors qu'il visite l'ouest du pays en voiture avec son père pendant l'été. Ses parents décèdent alors qu'il a 16 ans et il part vivre dans le Colorado où il poursuit ses études. Il vivra ensuite en Floride où il est professeur de tennis avant de revenir dans le Colorado en 1980. Il s'installe dans la petite ville de Rand, qui compte treize habitants, pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Il publie en tant que journaliste de nombreux articles, essais ou interviews dans la presse magazine et collabore à des journaux.

Source : Wikipédia


MILLE FEMMES BLANCHES  -  Jim FERGUS

Editions LE CHERCHE MIDI - 2000
Format poche : POCKET - 2011

mardi 20 novembre 2018

RITUELS - Ellison COOPER


Quatrième de couverture :

Spécialiste des neurosciences, Sayer Atair travaille pour le FBI. Elle mène des études sur les tueurs en série, afin de déceler d’éventuelles prédispositions biologiques à la violence. Déroutée par une scène de crime très particulière, sa hiérarchie fait appel à elle. On vient de retrouver dans une maison abandonnée de Washington le corps d’une jeune fille enfermée dans une cage. Si l’autopsie ne discerne aucun signe de sévices sexuels, la victime a subi de nombreuses injections d’une drogue hallucinogène très particulière, utilisée lors des cérémonies rituelles par les chamans d’Amazonie. On a également retrouvé sur les lieux la photo d’une autre jeune fille, enfermée ailleurs dans les mêmes conditions, ainsi qu’un film où figurent d’étranges symboles mayas. Bientôt, c’est entre les catacombes et les sous-sols de la ville que l’enquête va se concentrer, sur la piste d’un tueur aussi étrange qu’insaisissable.

Mon avis :

Rituels est le premier roman d’Ellison Cooper, avec lequel elle entame une série dont le personnage principal est Sayer Altair, spécialiste en neurosciences, que l’on va donc découvrir au fil des pages. C’est un personnage aux multiples facettes qui arrive à séparer le travail de ses émotions, malgré la tournure que prend l’enquête, les jeunes filles séquestrées, et la charge émotionnelle que cela implique.

L’histoire est bien menée, la plume est dynamique. L’enquête puise sa force dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. L’auteure a su créer des personnages attachants auxquels nous pouvons presque nous identifier, des personnages humains, avec une histoire, une vie pour chacun. Leurs douleurs, leurs paradoxes sont si bien contés que j’ai eu l’impression d’être membre à part entière de l’équipe d’enquêteurs. C’est comme ça qu’on reconnaît un bon roman non ? A sa capacité à nous entraîner dans l’histoire…

La fin bien sûr est surprenante, moi qui pensais avoir trouvé le coupable, je suis finalement tombé des nues aux dernières pages. On a l’habitude des tueurs en série aux airs démoniaques ce qui les rend peut-être plus facile à repérer. Mais parfois, celui que l’on cherche porte les habits de l’ange. Je vous défie de comprendre les rouages du cerveau du criminel avant la toute fin du livre !




Spécialiste d’archéologie, de religions et de neurosciences, Ellison Cooper est titulaire d’un doctorat en anthropologie à l’Université de Californie à Los Angeles. Diplômée à la Georgetown Law School, elle a travaillé comme enquêtrice pour les affaires criminelles à Washington. Auteur des nouvelles, « Rituels » est son premier roman. Ellison Cooper vit dans la région de la baie de San Francisco avec son mari et son fils.


RITUELS  -  Ellison COOPER

CHERCHE MIDI  -  Octobre 2018

mardi 18 septembre 2018

LE POISON DE LA VÉRITÉ - Kathleen BARBER


PLUS DANGEREUSE QUE LE MENSONGE... LA VÉRITÉ
Josie et Caleb filent le parfait amour à New York. Ce que Caleb ignore, c'est que Josie a changé d'identité quelques années auparavant. Elle avait 15 ans et vivait dans l'Illinois lorsque sa vie a basculé. Son père a été abattu d'une balle en pleine tête dans leur maison. Lanie, sa sœur jumelle, a assisté à la scène et a accusé Warren, leur jeune voisin, condamné à perpétuité.
Alors quand Josie découvre avec stupeur qu'un podcast écrit par la journaliste Poppy Parnell, et suivi par des millions d'Américains, reprend l'enquête, dans le but d'innocenter Warren, elle prend peur. Car ce podcast pourrait bien remettre toute sa vie en question. Et révéler une vérité que Josie n'est peut-être pas prête à entendre. 

Mon avis :

Bien que ce soit encore peu répandu chez nous, on observe de l’autre côté de l’Atlantique un phénomène de société qui consiste à réexaminer un dossier judiciaire pour savoir si un accusé a été condamné à une juste peine. Des enquêtes sont ainsi reprises par des journalistes d’investigations et diffusées sous forme de reportages ou de podcasts visibles sur internet et suscitant des débats, des interrogations et des débats dont sont férus les Américains. La question généralement oubliée est la suivante : qu’en est-il des familles ? Que peuvent-elles ressentir à l’évocation de ces faits qui ont dû bouleverser leur vie ?

Dans son livre Le Poison de la Vérité, Kathleen Barber évoque ce problème. Il s’agit bien sûr d’une fiction dans laquelle le lecteur suit le personnage de Josie Buhrman, forcée de revivre le meurtre de son père suite à la diffusion d’un podcast populaire mettant en cause le verdict du tribunal et l’emprisonnement du présumé coupable.
L’auteur invite le lecteur à se plonger dans cette affaire et à éprouver un véritable sentiment d’empathie pour Josie et sa famille, qui deviennent tous des suspects de meurtre, jetés au public à cause du podcast.

Tout bien considéré, les preuves étaient maigres et circonstancielles, et le dossier de l’accusation reposait presque entièrement sur le témoignage de la fille adolescente de la victime, qui avait changé deux fois de version dans les trente premières minutes de ses déclarations à la police. Avait-elle été en état de choc, comme le ministère public l’a soutenu lors du procès ? Ou a-t-elle menti sciemment ?
Il faut dire aussi que l’accusé était un gosse malingre aux épaules voûtées et couvert d’acné, entièrement vêtu de noir, ses cheveux filasses teints en noir. C’était le genre d’adolescent que la plupart d’entre nous préfèrent éviter en changeant de trottoir.

Le roman de Barber est absolument génial et totalement unique. On y trouve quantités d’anecdotes et de témoignages. Ces informations ont de l’importance, parce que, cumulées, elles donnent une image de l’état d’esprit des principaux intervenants. On est même en droit de se demander si leurs réputations ne sont pas simplement des illusions et des préjugés. La vérité les concernant est bien plus compliquée que nous ne le pensons. Le lecteur devient lui-même détective en essayant de reconstituer la vérité du point de vue de Josie et du point de vue de ceux qui suivent le podcast, puisque le livre comprend même un forum de discussion où les fans du podcast écrivent leurs dernières réflexions. Le lecteur est ainsi amené à développer de nouvelles théories sur le coupable de l’assassinat de Mr Buhrman.

Pour un premier livre, Kathleen Barber réussit un thriller psychologique captivant et original, avec une fin surprenante !




Kathleen Barber a été juriste dans la finance à Chicago et à New York. Elle a publié de nombreuses nouvelles dans de prestigieuses revues américaines avant d’écrire ce premier roman.


LE POISON DE LA VÉRITÉ  -  Kathleen BARBER

Editions MICHEL LAFON  -  03/05/2018

jeudi 9 août 2018

LE DIABLE TOUT LE TEMPS - Donald Ray POLLOCK


Résumé éditeur :

Dès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.

De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin.

Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages violents et malgré tout attachants. 



Mon avis :

Le diable, tout le temps, premier roman de Donald Ray Pollock est un livre sombre et violent.
L’auteur y décrit une galerie de personnages paumés de l’Amérique profonde (Ohio) dont il va croiser les destins. Là-bas, les hommes dressent dans la forêt un tronc à prières et sacrifient des animaux pour vaincre le cancer qui ronge leur épouse. Les prêtres aiment trop les petites filles et leurs prédications ont quelque chose à voir avec l'Apocalypse. Les jeunes auto-stoppeurs ont intérêt à continuer à pied car s'ils croisent Sandy et Carl, couple de tueurs-voyeurs, ils finiront dans le fossé. On rencontre également des fous de Dieu qui tuent leur femme avec un tournevis puis attendent calmement qu'elle ressuscite.

Ces personnages vont se croiser au fil de leurs pérégrinations les entraînant vers un destin encore plus sombre.
Le mal est ici poussé à son extrême avec des scènes de sang et de sexe et un langage assez brutal qui colle au contexte.
Mais malgré cette dépravation, l’auteur parvient à rendre certains personnages touchants car ce sont surtout des paumés, des âmes perdues qui tentent de survivre dans un contexte primaire.
Chaque personnage veut s’en sortir soit par l’amour pour Willard, le père d’Arvin, soit pour une passion de la photographie pour Carl, soit pour le rapprochement avec Dieu pour les prédicateurs ou soit pour le pouvoir d’être élu shérif. Ils ont tous de bonnes raisons de commettre leurs actes ignobles. Mais ils sont surtout ignorants de la différence entre le bien et le mal.
Donald Ray Pollock entraîne le lecteur dans cet univers de cinglés d’une manière éblouissante, passionnante et addictive. On s’interroge sur le mal, celui lié aux convictions profondes de pauvres bougres, et sur la rédemption.
Pour l’auteur ce monde est complètement fou. Cela ne peut donc se terminer que dans la violence dont personne ne réchappe.
Un livre bouleversant qu’on n’oublie pas de sitôt.

Elu meilleur roman de l’année 2012 par la rédaction du magazine Lire.
Lauréat du Grand Prix de littérature étrangère policière de l’année 2012.
Lauréat du Prix Mystère de la critique en 2013.



C’est à 50 ans, après avoir travaillé dans une usine de pâte à papier pendant trente-deux ans que Donald Day Pollock se tourne vers l’écriture. Il est reconnu comme l’une des voix montantes de la littérature contemporaine américaine avec la publication d’un recueil de nouvelles, Knockemstiff, puis de son premier roman Le Diable, tout le temps, unanimement salué par les critiques. 

LE DIABLE TOUT LE TEMPS  -  Donald Ray POLLOCK
ALBIN MICHEL  -  Collection Terres d'Amérique  -  2012
LIVRE DE POCHE  -  2014

jeudi 10 mai 2018

LES BRUMES DE KEY WEST - Vanessa LAFAYE


Les brumes de Key West est à la fois un roman d’aventure, une romance, et un événement tragique tiré d’une période assez sombre de l’histoire américaine.
Vanessa Lafaye situe son récit dans les Keys de la Floride au début du 20ème siècle, et se base sur l’histoire réelle, un meurtre non résolu par le Ku Klux Klan en 1919.

1993. Key West, Floride. Quand un fonctionnaire du Ku Klux Klan est abattu en plein jour, tous les regards se tournent vers la personne qui tient l’arme : une cubaine de 96 ans qui ne dira rien sauf pour admettre sa culpabilité.

1919. La métisse Alicia Cortez arrive à Key West exilée en disgrâce de sa famille à La Havane. Dans le même temps, le héros de guerre John Morales, blessé, rentre chez lui sur le dernier navire de troupes américain en provenance d'Europe. À mesure que l'amour les rapproche en cette période de ségrégation raciale, les gens regardent, y compris Dwayne Campbell, adolescent pubère marqué par l’éducation du père, un pasteur ségrégationniste militant de la cellule locale du Ku Klux Klan.


Key West - The Bull and Whistle Bar

L’écriture fluide de Vanessa Lafaye attire instantanément. On peut sentir les odeurs pestilentielles du port, la saleté abondante, la chaleur étouffante, la verdure luxuriante, et même la tension palpable d’une ville bouillonnante de pauvreté, de corruption et de ressentiment racial. L’auteure crée des personnages imparfaits mais attachants. Alicia Cortez en particulier a une personnalité captivante et complexe.
Même si, au fil de l’histoire, on imagine assez mal son happy-end, on reste captivé par le récit, et désespéré de savoir ce qui s’est passé.

Considéré comme une histoire d’amour épique et un meurtre non résolu, je dirais que ce dernier – à la fois les événements qui l’ont précédé et l’éventuel acte de vengeance – est le véritable coeur de ce récit.
Les sections traitant du Ku Klux Klan sont convaincantes et troublantes. Dwayne, jeune homme bien intentionné, lutte pour trouver sa place dans un monde fortement influencé par son père suprématiste blanc. Dwayne est attiré par le message du Klan, présenté comme une cause juste pour le plus grand bien. Les parallèles avec l’extrémisme moderne et un certain discours politique sont forts, mais Lafaye nous laisse assez d’espace pour faire nos propres liens et jeter nos propres jugements.

Parade du Ku Klux Klan - 1920

Dwayne savait précisément ce que dirait son père : que ce n’était pas naturel, que les affaires étaient du domaine de l’homme, qu’il ne pouvait y avoir d’harmonie dans le monde que si chacun connaissait sa place et s’y tenait.

Le Klan ne hait personne, fils. Il n’incite pas à la haine. Souviens-toi bien de cela car c’est le point essentiel : le bon nègre qui sait rester à sa place et ne cherche pas à s’en éloigner n’a pas meilleur ami que le Klan. Quant aux autres, nous leur évitons la déception de voir leurs ambitions contrariées.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, c’est que le juif, comme le catholique, est de mèche avec le nègre pour causer la chute de notre nation. La religion juive n’existe que pour accaparer la richesse du monde et le catholique prête serment au pape pour protéger ses intérêts avant ceux de tous les autres.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, si tu dois nous rejoindre, c’est qu’il y a la loi des hommes, la loi écrite, et puis il y a la loi morale, plus noble que tout ce que l’homme peut concevoir.

Les brumes de Key West, c’est beaucoup plus qu’une histoire d’amour épique. Vanessa Lafaye nous donne un aperçu d’une Amérique turbulente au bord de la prohibition, du retour des troupes revenant de l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale, de l’épidémie dévastatrice de la grippe espagnole, de la culture Jim Crow du Sud profond et des attitudes raciales profondément ancrées qui existent encore aujourd’hui.

On s’immerge facilement dans cette histoire à l’atmosphère tropicale et languissante.
Un livre parfait pour cet été qui approche.



Née en Floride, Vanessa Lafaye a commencé sa carrière dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, avant de se consacrer à l’écriture et au chant. Après Dans la chaleur de l’été (2016 ; Pocket, 2017), Les Brumes de Key West est son second roman publié chez Belfond. Vanessa Lafaye a disparu en février 2018.


LES BRUMES DE KEY WEST  -  Vanessa LAFAYE
BELFOND  -  19/04/2018