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dimanche 9 septembre 2018

KHALIL - Yasmina KHADRA


Résumé Editeur :

Vendredi 13 novembre 2015. L'air est encore doux pour un soir d'automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d'explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l'acte. Il fait partie du commando qui s'apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?
Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d'un réalisme et d'une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze qu'il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l'insoutenable brutalité de la folie.

Mon avis :

Inspiré par une actualité qui reste malheureusement bien présente dans le monde et en particulier par les attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles, Yasmina Khadra dresse le portrait d’un jeune terroriste. Khalil, 23 ans, d’origine marocaine, habitant Molenbeek, part rejoindre le stade de France avec trois autres kamikazes. Il a pour mission de se faire sauter dans le RER après le match.

La noirceur des Hommes est un thème intéressant dans la littérature. L’auteur a déjà abordé un thème semblable avec L’attentat paru en 2005 ayant pour cadre le conflit israélo-palestinien. Tout comme il l’avait fait en 2015 en s’immisçant dans la tête de Khadafi – La dernière nuit du Raïs – il aime analyser la psychologie des personnages qui vivent des situations complexes. Yasmina tente cette fois d’expliquer la radicalisation, sans pour autant l’excuser, ni la justifier. L’auteur laisse le soin à ses personnages (le copain Rayan, La sœur jumelle Zahra, ...) de remettre en cause les motivations de Khalil. Il ne fait pas non plus d’amalgame entre croyants et islamistes et ne jette pas l’opprobre sur toute une communauté. En fait, il décrit le processus de cette radicalisation et nous montre l’évolution de l’état d’esprit de Khalil que ce soit dans sa détermination mais aussi dans ses périodes de doute. Au départ, Khalil est un jeune paumé récupéré et embrigadé par les cheikhs et émirs de Belgique. On comprend à quel point l’endoctrinement peut faire des ravages chez quelqu’un qui a perdu ses repères. Par moment, Khalil éprouve des sentiments qui le font douter et lui rendent une certaine humanité, une compassion envers ses proches qui arrive à susciter chez le lecteur un peu d’empathie.

Poignant du début à la fin.





KHALIL  -  Yasmina KHADRA

JULLIARD  -  16/08/2018

dimanche 15 octobre 2017

EN MARCHE VERS LA MORT - Gérald SEYMOUR

Journaliste pour ITN pendant une quinzaine d’années, Gérald Seymour publia son premier livre Harry’s game en 1975 et devint écrivain à plein temps à partir de 1978. Depuis il a écrit plus d’une trentaine de livres.
Edité en 2007 sous le titre The walking dead, En marche vers la mort sort en français dix ans plus tard, mais reste d’une actualité brûlante. C’est seulement le second livre de l’auteur, repris par Sonatine Editions, après Dans son ombre paru en 2015.


Comme tous ceux qui étaient assis dans l'ombre dérisoire du mur, Ibrahim était un mort vivant. Plus tout à fait un jeune homme à qui ses deux premières années de médecine offraient un avenir et pas encore un martyr qui serait honoré et accueilli à la table de Dieu. Il connaissait les récompenses offertes aux chahids, car elles lui avaient été énumérées à la mosquée de Habala par l'imam qui avait été son protecteur et son recruteur, qui avait rendu possible le début de son voyage vers le paradis.


Au plus profond de lui, la peine pour son père l’emportait, ainsi que la volonté de lui apporter une fierté qui le soulagerait de sa terrible dépression. Il y avait aussi la vengeance, la volonté de frapper les forces du mal et de montrer au monde la détermination de la foi chez un jeune homme. Sa mère était morte parce que les maîtres du royaume privaient de ressources la province d’Asir. Ces gouvernements corrompus cohabitaient avec les kafirs, les mécréants. Son frère aîné était mort pour défendre un pays musulman envahi et violé par des impies. Son deuxième frère était mort des mains des pires des infidèles. Il croyait que sa propre mort, son martyre, libérerait son père de la mélancolie.


Ce roman de Gérald Seymour est non seulement une extraordinaire analyse psychologique de ce jeune homme, Ibrahim Hussein, tout au long de son cheminement vers l’acte final, mais aussi celle de nombreux intervenants qui vont être mêlés de près ou de loin à cet acte barbare dont l’actualité nous parle quasi quotidiennement.
Le style et le sujet en font un thriller haletant : une croisade au nom d’un Islam intégriste qui creuse la fracture entre bons et méchants, yankees et X-rays, ceux qui portent les bombes.
Mais Ibrahim n’est qu’un pion aux mains d’un duo qui peut déchaîner l’enfer, un planificateur qui recrute et organise, et un ingénieur qui assemble la bombe : un gilet, des câbles, de la dynamite et des clous.
L’auteur ne fait pas preuve de manichéisme en nous forçant à nous interroger sur les frontières entre le bien et le mal. David Banks, officier d’élite du contre-espionnage anglais, doute aussi de cela après avoir retrouvé et lu le carnet d’un de ses aïeuls, engagé volontaire au sein des Brigades internationales dans l’Espagne de 1937, et qui reconnaît la bravoure de l’ennemi.
La bravoure dont fait preuve le jeune Ibrahim est aussi remarquable, à tel point que le personnage suscite de l’empathie. Même s’il est responsable de ses actes, la vengeance qui le guide est tout à fait compréhensible. Son endoctrinement est tel qu’il ne voit pas qu’il est juste un pion aux mains de chefs qui se servent de cette chair humaine pour mener leur propre guerre.
A l’inverse, les deux hommes de main irlandais, chargés d’obtenir la moindre information de la bouche d’un activiste repenti, suscitent le dégoût . La cruauté dont ils font preuve peut-elle se justifier par le besoin de sécurité que nous attendons de nos dirigeants et des services chargés d’évaluer la menace et d’obtenir des renseignements ?
Dans la guerre que nous menons contre l’État Islamique, peut-on se permettre de suivre un code de bonne conduite, ou doit-on agir comme des barbares, être favorable à la torture, choisir entre le pire et le moindre mal ?

Terrorisme, bravoure, lâcheté. Une actualité brûlante traitée avec recul et humanité.


EN MARCHE VERS LA MORT  -  Gérald SEYMOUR
SONATINE  -  07/09/2017