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jeudi 30 mai 2019

LA MER QUI PREND L'HOMME - Christian BLANCHARD



Quatrième de couverture :

Entre la guerre d'Afghanistan et l'atlantique nord, un page-turner qui vous plonge dans la tempête des âmes et une mer rouge sang.
Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes conditions de travail – les marins du Doux Frimaire.
" Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ? " avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars…

Qu’en penser ?

Après mon coup de coeur pour Iboga, je décide de rester dans l’univers de Christian Blanchard, avec son second livre paru chez Belfond, La mer qui prend l’homme.
Il est à noter que ce livre est paru initialement en 2014 aux éditions du Palémon, sous le titre Pulsions salines, et a été finaliste dans le cadre du prix du polar francophone de Cognac 2015.

A nouveau, l’auteur nous emmène faire une plongée saisissante dans l’âme humaine, en traitant un sujet fort : le SPT (Stress Post Traumatique). Toute personne vivant une situation de stress importante (accident , attentat, guerre, …) peut développer un SPT.
Le cerveau atteint par des traumatismes psychiques va reproduire à l’identique des stimulis perçus lors de l’agression. Ces souvenirs constituent des flash-back qui provoquent des cris, des gestes de combat, un réveil en sueur, …

C’est très sombre, ça secoue, et ça, on le comprend dès le départ, dès le moment où on assiste à une opération hélitreuillée en vue du sauvetage d’un chalutier à la dérive, le Doux Frimaire, et à la découverte d’une femme complètement prostrée et terrorisée, de l’absence totale de tout autre membre d’équipage, et d’un véritable capharnaüm à bord : instruments de navigation détruits, commandes des moteurs fracassées, du sang partout …

En commençant pour ainsi dire par le final, Christian Blanchard tient le lecteur en haleine, car on imagine bien qu’on se dirige tout droit vers quelque chose de très moche.
S’ensuit alors un retour dans le passé, où l’on fait connaissance avec les principaux protagonistes : un sergent, un lieutenant, un infirmier et un aumônier, ayant tous participé au conflit afghan, des êtres devenus psychologiquement instables à cause des situations de stress qu’ils ont vécues.

Sous prétexte de réhabilitation, le lieutenant Emily Garcia les rassemble sur un chalutier, parmi un équipage aguerri à la pêche en haute mer. L’objectif est de leur en faire baver, leur faire mal, leur faire vivre les difficultés du métier de marin pêcheur. Ils doivent s’apercevoir que leur problème de stress devient alors secondaire.

L’auteur nous emmène tantôt dans ce conflit afghan, tantôt sur le chalutier, ballottés sur une mer déchaînée, où l’on ressent une violence qui ne demande qu’une étincelle pour exploser.

Seul petit bémol me concernant : les passages parfois sans transition d’un personnage à l’autre, ou d’un endroit à un autre, qui m’ont parfois déstabilisé.
Cela ne m’a pas empêché d’être emporté dans cet univers, embarqué à bord du chalutier, ou projeté durant la guerre en Afghanistan.

La mer qui prend l’homme est un roman qui nous plonge dans la noirceur la plus totale. C’est prenant, intense, angoissant et surtout cruellement et tristement crédible.
L’intrigue vous ronge comme nos héros, la folie l’emporte et le suspense est insoutenable jusqu’au bout.


Après des études de sociologie, Christian Blanchard, d'origine bretonne, a passé vingt-cinq ans au sein d'une institution publique. Il se consacre aujourd'hui à l'écriture.


LA MER QUI PREND L'HOMME  -  Christian BLANCHARD

Editions BELFOND  -  18/10/2018

vendredi 24 mai 2019

D'UNE MORT LENTE - Emelie SCHEPP



Quatrième de couverture :

Mis en scène dans leur propre appartement, des corps comme des poupées incomplètes, mutilés avec une précision chirurgicale. 
Justement, c’est peut-être la chirurgie qui relie les victimes entre elles. Et, plus précisément, une erreur médicale commise dans le secret d’une salle d’opération, étouffée par les années. 
Des nuits blanches attendent la police de Norrköping et la procureure Jana Berzelius. 
Mais cette dernière a d’autres cauchemars que le tueur au scalpel. 
Un homme qui la connaît depuis l’enfance. Un homme qui pourrait révéler à tous que Jana a été élevée et entraînée pour tuer. Cet homme est sa véritable menace. Et il vient juste de s’échapper. 


Mon avis :

Après Marquée à vie et Sommeil blanc, D’une mort lente est le troisième tome des aventures de la procureure Jana Berzelius, de l’auteure suédoise Emelie Schepp.
Dès le premier tome, je me suis laissé emporté par le style de l’auteure, par la personnalité, le caractère, la détermination de l’héroïne, procureure à Norrköping en Suède. Aussi est-ce avec plaisir que je me replonge dans ce troisième opus.

Cette fois, la section criminelle enquête sur des meurtres particulièrement sanglants qui hantent la ville. Parallèlement à cela, comme dans les précédents livres, Jana Berzelius doit affronter les fantômes de son passé et tenter le tout pour le tout afin que ses terribles secrets ne soient pas dévoilés à la face du monde.

Bien que les livres de cette série puissent être lus indépendamment les uns des autres, je vous conseille vraiment de suivre l’ordre chronologique, afin d’avoir une continuité dans ce fil rouge constitué du passé de Jana Berzelius. Au fil des livres, l’auteure a fait évoluer son personnage principal. On en découvre plus sur son enfance, sur tout ce qui est à l’origine de ses forces et de ses faiblesses.

Les autres protagonistes, membres de la section criminelle, évoluent aussi dans leur quotidien professionnel et leur histoire personnelle. Cela peut toutefois sembler déroutant et amener une certaine lenteur au rythme du livre. Mais rassurez-vous car dès que vous aurez cerné les personnages et vous serez habitué à l’écriture, vous finirez complètement absorbé par l’histoire. Comme tout bon thriller et polar venant du nord, Emelie Schepp a su distiller une atmosphère froide et très particulière à son histoire. L’auteure a aussi le don de faire monter le suspense crescendo et de faire de ses livres de véritables pages-turners.





Née en Suède, à Motala, Emelie Schepp appartient à la nouvelle génération d’écrivains nordiques, celle qui a succédé à des auteurs mondialement connus, comme Stieg Larsson. Après avoir remporté un prix d’Art dramatique et travaillé dans la publicité, Schepp fait des débuts très remarqués avec Marquée à vie, le premier volume de sa série « Jana Berzelius ». Déjà vendue dans 27 pays à ce jour, cette trilogie a conquis 200 000 lecteurs rien qu’en Suède.

D'UNE MORT LENTE  -  Emelie SCHEPP

HARPER COLLINS Noir  -  06 mars 2019

mardi 20 novembre 2018

RITUELS - Ellison COOPER


Quatrième de couverture :

Spécialiste des neurosciences, Sayer Atair travaille pour le FBI. Elle mène des études sur les tueurs en série, afin de déceler d’éventuelles prédispositions biologiques à la violence. Déroutée par une scène de crime très particulière, sa hiérarchie fait appel à elle. On vient de retrouver dans une maison abandonnée de Washington le corps d’une jeune fille enfermée dans une cage. Si l’autopsie ne discerne aucun signe de sévices sexuels, la victime a subi de nombreuses injections d’une drogue hallucinogène très particulière, utilisée lors des cérémonies rituelles par les chamans d’Amazonie. On a également retrouvé sur les lieux la photo d’une autre jeune fille, enfermée ailleurs dans les mêmes conditions, ainsi qu’un film où figurent d’étranges symboles mayas. Bientôt, c’est entre les catacombes et les sous-sols de la ville que l’enquête va se concentrer, sur la piste d’un tueur aussi étrange qu’insaisissable.

Mon avis :

Rituels est le premier roman d’Ellison Cooper, avec lequel elle entame une série dont le personnage principal est Sayer Altair, spécialiste en neurosciences, que l’on va donc découvrir au fil des pages. C’est un personnage aux multiples facettes qui arrive à séparer le travail de ses émotions, malgré la tournure que prend l’enquête, les jeunes filles séquestrées, et la charge émotionnelle que cela implique.

L’histoire est bien menée, la plume est dynamique. L’enquête puise sa force dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. L’auteure a su créer des personnages attachants auxquels nous pouvons presque nous identifier, des personnages humains, avec une histoire, une vie pour chacun. Leurs douleurs, leurs paradoxes sont si bien contés que j’ai eu l’impression d’être membre à part entière de l’équipe d’enquêteurs. C’est comme ça qu’on reconnaît un bon roman non ? A sa capacité à nous entraîner dans l’histoire…

La fin bien sûr est surprenante, moi qui pensais avoir trouvé le coupable, je suis finalement tombé des nues aux dernières pages. On a l’habitude des tueurs en série aux airs démoniaques ce qui les rend peut-être plus facile à repérer. Mais parfois, celui que l’on cherche porte les habits de l’ange. Je vous défie de comprendre les rouages du cerveau du criminel avant la toute fin du livre !




Spécialiste d’archéologie, de religions et de neurosciences, Ellison Cooper est titulaire d’un doctorat en anthropologie à l’Université de Californie à Los Angeles. Diplômée à la Georgetown Law School, elle a travaillé comme enquêtrice pour les affaires criminelles à Washington. Auteur des nouvelles, « Rituels » est son premier roman. Ellison Cooper vit dans la région de la baie de San Francisco avec son mari et son fils.


RITUELS  -  Ellison COOPER

CHERCHE MIDI  -  Octobre 2018

lundi 12 novembre 2018

OMBILICAL - Alexandra DESNIER


Quatrième de couverture :

Encore ce flot écarlate qui venait la sortir de son sommeil. Tamara avait le sentiment que ses cauchemars sanglants étaient le reflet de l’amnésie survenue l’année de ses seize ans. Elle redoutait de pousser les portes de son inconscient, il lui était plus simple de se réfugier dans celui des tueurs qu’elle profilait. Elle parvenait viscéralement à se fondre en eux, à comprendre et interpréter leur mécanisme de pensée intrinsèque. Elle n’avait pas envisagé qu’une simple enquête puisse ouvrir les tréfonds de son âme, lui révélant l’inimaginable. En pistant ce tueur, c’est sa propre quête qu’elle allait poursuivre…nul n’en ressortira indemne…

Mon avis :

Des corps de femmes sont retrouvés sans vie. La mise en scène est répétitive. Chaque victime tient dans ses mains une boîte à musique rouge contenant son propre coeur.
A chaque fois, le même modus operandi : le tueur curarise sa victime avec la dose suffisante pour la paralyser tout en la maintenant consciente afin qu’elle puisse assister à sa propre mort.
Pourquoi une telle haine, un tel besoin de vengeance incommensurable pour choisir d’ôter la vie d’une façon aussi perverse ?

Tamara, criminologue reconnue, va user de son intuition et de son empathie pour profiler et appréhender le tueur. Qui mieux qu’elle est à même de percevoir les différentes failles humaines, elle qui a vécu une enfance difficile, marquée par le suicide de son père, la domination d’une mère castratrice, et une amnésie s’étalant sur quasiment une année entière.
L’enquête de Tamara va aussi lui permettre de replonger dans son passé. Son cerveau l’avait protégée en créant une amnésie lacunaire. Il est temps de faire toute la lumière sur cette période occultée.

Alexandra Desnier nous tient parfaitement en haleine en exploitant deux suspenses, nous intéressant tantôt à l’enquête et à la poursuite du tueur en série, tantôt à la découverte du passé de Tamara. Les deux histoires vont petit à petit s’imbriquer pour n’en faire qu’une, au suspense insoutenable et aux nombreux rebondissements.
C’est aussi l’occasion de nous faire réfléchir sur les conséquences d’un abandon maternel et d’une enfance maltraitée sur le développement psychologique et le comportement d’un individu.

L’aspect psychologique des principaux protagonistes est intéressant. Dommage que le roman soit aussi court (120 pages en version numérique) car quand on plonge aussi facilement dans l’histoire, on aimerait y rester un peu plus longtemps.

Un thriller glaçant, court mais rondement mené par une plume vive et équilibrée.



Alexandra Desnier a depuis bien longtemps exploré le côté cathartique de l’écriture. C’est une passion qui l’anime et l’accompagne depuis toujours, comme une présence subtile qui vous libère. 
Son attrait pour la psychologie et les méandres de l’inconscient confère à ses écrits leur singularité, une écriture sombre au service de personnages torturés.
(Source : Amazon.fr)


OMBILICAL  -  Alexandra DESNIER

EIVLYS Editions  -  Septembre 2017

samedi 15 septembre 2018

BANDIDOS - Marc FERNANDEZ


Quatrième de couverture :
Le corps calciné d'une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid. Diego Martin, journaliste radio d'investigation, connaît la victime, rencontrée vingt ans auparavant... En Argentine. Jeune reporter à l'époque, il avait couvert l'assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.
Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d'écart. Il n'en faut pas plus au présentateur d'"Ondes confidentielles" pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires, où il retrouvera une femme qu'il n'a jamais pu oublier...
Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu'on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

Mon avis :
Après Mala Vida, l’affaire des bébés volés du franquisme, et Guerilla Social Club, où il est question de la dictature Pinochet en Argentine, Marc Fernandez reprend pour ce troisième opus ses personnages fétiches : Diego Martin, le journaliste et présentateur d’Ondes Confidentielles sur Radio Uno, Ana, la transsexuelle devenue détective privée, Lea, la journaliste free-lance, et Isabel, l’avocate devenue persona non grata en Espagne et qui s’est exilée à Buenos Aires où elle est à présent responsable juridique de l’association des Mères de la Plaza de Mayo.

Comme à chaque fois, l’auteur prend un fait réel comme point de départ à son roman, en l’occurrence pour celui-ci l’assassinat en 1997 d’un photographe de presse, tué pour avoir pris une photo qu’il ne fallait pas.
Dans son roman le photographe s’appelle Alex Rodrigo, tué en 1997 à Buenos Aires. Cette affaire semble avoir un lien avec un assassinat perpétré à Madrid en 2017 : lien de parenté entre les deux victimes, même modus operandi.

Buenos Aires, Madrid, des morts des deux côtés de l’Atlantique, tous liés par une ancienne histoire. Vingt ans, ce n’est rien et à la fois beaucoup. Mais le crime a ses raisons que la raison ignore. Diego a son idée sur le responsable de tous ces cadavres, une idée qui ne fait que se conforter de jour en jour et de mort en mort.
Force est de constater que l’Argentine, comme d’autres pays de l’Amérique Latine, est encore aux prises avec les vieux démons du passé et l’autoritarisme.

« Ce ne sont plus les militaires qui nous mettent en danger, ils ne sont plus là depuis un moment et c’est tant mieux. Mais d’autres les ont remplacés. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, qui font tout pour le garder, pour l’étendre. A tout prix. Même s’ils doivent piétiner pour cela nos droits les plus fondamentaux. Et quand je parle de pouvoir, ce n’est pas seulement le pouvoir politique auquel je pense, mais aussi et surtout le pouvoir économique. En gros, celui des plus riches. Les fusils se sont tus, c’est vrai. Ils ont été remplacés par un nouvel arsenal, moins visible mais tout autant, sinon plus dangereux : les transactions financières et les enveloppes de billets. Le dollar comme arme de destruction massive. L’argent fait plus de dégâts qu’une rafale de kalachnikov. »

Marc Fernandez nous plonge directement dans un récit haletant. La lecture est assez dynamique par le biais des allers-retours entre Madrid et Buenos Aires et l’intérêt que l’on porte à l’enquête menée par ses personnages qui suscitent beaucoup d’empathie.
Et c’est peut-être là que le bât blesse. Pour une affaire d’une telle importance, comme l’étaient aussi les sujets de ses précédents romans, en l’occurrence ici une atteinte à la liberté de la Presse, au droit de penser, de dire et d’écrire ce que l’on veut, j’ai eu parfois le sentiment de regarder un épisode de Charlie et ses drôles de dames. Le sujet méritait d’être plus approfondi. La fin de l’histoire et l’épilogue arrivent assez vite sans véritable surprise.

Néanmoins cela reste une lecture fort agréable et un témoignage intéressant sur le pouvoir en place et les déviances d’un autoritarisme post-dictatorial.




Marc Fernandez, cofondateur de la revue Alibi, consacrée au polar, est journaliste depuis plus de quinze ans.
Il a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine au Courrier International. Il est également coauteur de plusieurs livres d’enquête (La ville qui tue les femmes, Hachette Littératures).
Bandidos est son troisième roman en solo, après Mala Vida et Guerilla Social Club.



BANDIDOS  -  Marc FERNANDEZ

PRÉLUDES  -  03/10/2018

mardi 4 septembre 2018

EVIE - K.L.SLATER


Quatrième de couverture :

La personne que vous aimez le plus au monde est en danger...
Il y a trois ans, la petite Evie, 5 ans, a disparu en sortant de l’école. La police n’a jamais réussi à la localiser. Aucun indice, aucune piste. Rien. La petite s’est évaporée. Mais Toni le sait : sa fille est vivante. Encore faudrait-il qu’elle puisse l’exprimer ! Car Toni est enfermée dans un terrible silence. Personne ne l’écoute, personne ne l’entend. Pourtant, Evie a besoin d’elle. Toni doit réaliser l’impossible si elle veut la sauver.
Mon avis :
Toni Cotter et sa fille de cinq ans, Evie, viennent de déménager à Nottingham, dans le nord de l’Angleterre, pour se rapprocher de la mère de Toni. Pour elles deux, ceci constitue un nouveau départ dans la vie, après la mort accidentelle de son mari en mission en Afghanistan.
Même avec l’aide de sa mère, Toni a du mal à surmonter sa peine et à s’adapter à sa nouvelle vie. Elle pense pouvoir s’en sortir en prenant les médicaments de son mari, mais cela ne fait qu’aggraver la situation : oublis, négligence...
Dos au mur et les finances au plus bas, Toni finit par trouver un emploi dans une agence immobilière. Evie rentre à l’école primaire locale, mais d’une petite fille heureuse et pétillante, elle devient difficile et renfermée.
Vient alors ce jour affreux, probablement le pire cauchemar de tout parent. Toni a tardé à récupérer sa fille à l’école car sa maman est hospitalisée. Quand elle arrive enfin, l’école est fermée, et aucune trace d’Evie. Prise de panique, Toni s’effondre. Son monde explose.
Les enquêtes ne mènent nulle part, et trois ans plus tard, on ignore toujours où se trouve Evie. La police ne sait même pas si elle est encore en vie ou non, mais Toni est convaincue qu'elle est toujours vivante et déterminée à la retrouver.
K.L. Slater commence son récit d’une façon particulièrement accrocheuse.
« Quand tu t’apercevras que ton enfant a disparu, tu croiras connaître le pire ; Très vite viendra ce sentiment insidieux, comme si tu te vidais de ton sang, que tu n’y peux rien, absolument rien. Tu le sentiras s’écouler, et rien ne peut l’arrêter. Mais, à ce stade, tu te fiches pas mal de ce qui peut t’arriver. Tu ne penses qu’à elle, ton bébé. »
L’histoire se déroule entre Trois ans plutôt et Présent, ce qui vous maintient sur vos gardes et entretient le suspense. La disparition de Evie est un vrai mystère d’autant que plusieurs personnages sont suspects et pourraient très bien être impliqués. Le jeu consiste à vous faire croire une chose, mais faites attention à ce que vous croyez car il pourrait bien s’agir de fumée et de miroirs. Je trouve l’intrigue extrêmement intelligente, avec de multiples rebondissements et un twist final génial que je n’ai absolument pas vu venir. Méfiez-vous de ce que vous pensez voir et savoir car tout peut changer rapidement en un clin d’oeil.


K.L. Slater est une figure incontournable du suspense psychologique en Angleterre. Comparée à Paula Hawkins (La Fille du train) et à B.A. Paris (Derrière les portes), elle a écrit six romans, dont Evie est le premier à paraître en France. Elle vit à Nottingham, où est situé le roman.


EVIE  -  K.L.SLATER
MILADY  -  16/08/2018

dimanche 26 août 2018

LE SUPPLÉMENT D’ÂME - Matthieu BIASOTTO


Quatrième de couverture :

Et si on avait droit à une seconde chance ?

Victime d'un accident de moto, Thomas Garnier est à l'hôpital sous assistance respiratoire, dans un coma si profond que les médecins envisagent de le débrancher. En réalité, il est coincé entre la vie et la mort dans le « supplément d'âme », en compagnie d'un étrange gamin. Il a une chance de revenir du côté des vivants, à condition de comprendre ses erreurs.
De révélation en électrochoc, Thomas recompose la trajectoire de son existence avant qu'il ne soit trop tard. Entre déni et prise de conscience, une seule question le hante : saura-t-il encaisser la vérité ?

Mon avis :

Dès les premières phrases Matthieu Biasotto nous happe et ne nous lâche plus. Témoin bien involontaire d’un accident de la route, on devient le confident de Thomas, ou devrais-je dire de son âme puisque Thomas est dans le coma. Dans le subconscient du cabossé inconscient qu’il est devenu, deux personnages se cotoient : Le Thomas ignorant qui n’a pas conscience du désastre de sa vie et celui qui sait, l’enfant intérieur qu’il a abandonné, lui-même à une douzaine d’années, surnommé Tomato Ketchup car il avait l’habitude de mettre du ketchup sur tous ses aliments.

Au fil des années Thomas est devenu un personnage arrogant, arriviste, focalisé sur sa carrière et sa trésorerie. Il a ce besoin d’écraser ses adversaires et tout contrôler, n’hésitant pas à se vautrer dans la débauche sciemment, froidement, pour sa carrière.
Petit à petit, le petit TK va lui faire prendre conscience de son comportement, de ses erreurs, et lui ouvrir les yeux sur toute la souffrance qu’il est en train d’infliger à ses proches, sa famille, sa femme Olga, son fils Maël.

De ignoble et détesté, Thomas devient au fur et à mesure de ses prises de conscience et de ses regrets un personnage qui suscite de l’empathie. Son fils, Maël, est criant de vérité et d’émotion dans ses tentatives d’accaparer l’attention de son père, et dans son refus d’admettre une fin qui s’annonce bien inéluctable.

Reste les nombreuses questions en suspens autour de son accident de moto, questions que Thomas se posent, suscitant par la même occasion l’intérêt du lecteur. S’agit-il d’un suicide, d’un éventuel complot ou d’un sabotage. Qui aurait pu vouloir sa mort ?

Supplément d’âme est un thriller initiatique, un genre où le suspense, la tension et le mystère interrogent par petites touches nos émotions, nos peurs et nos choix. A la lecture de ce récit, on ne peut s’empêcher de se questionner sur son passé, réfléchir à notre conduite, à nos choix, tirer les leçons d’un passé pour améliorer notre avenir.
Le style accessible de Matthieu Biasotto, fluide et agréable, parfois rude mais toujours sensible, met à la portée de tous la question du bonheur et de la réalisation de soi.

Un merveilleux moment de lecture.




LE SUPPLÉMENT D’ÂME  -  Matthieu BIASOTTO
AUTO-EDITION : 2015
FORMAT POCHE  -  BRAGELONNE  -  08/2018

lundi 25 juin 2018

UNE SECONDE DE TROP - Linda GREEN


Quatrième de couverture :

Un seconde de trop et vous perdez tout. Un, deux, trois... Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu'à cent lors d'une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu'elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace. La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d'Ella ? Et si le ravisseur était connu d'eux tous ? Suspense psychologique addictif, Une seconde de trop explore la culpabilité d'une mère et le cauchemar de tout parent : la disparition d'un enfant. Numéro un des ventes dès sa parution, et acclamé par la presse, ce roman vous glacera le sang. Une lecture puissante dont vous ne sortirez pas indemne.

Mon avis :

Une fois n’est pas coutume, je dois bien reconnaître que ce thriller psychologique ne m’a pas vraiment convaincu. Pourtant j’admets qu’il y a du suspense et que je l’ai lu facilement et rapidement, désireux d’en connaître l’épilogue. Serait-ce alors dû à la monotonie que j’ai ressentie à certains moments, au manque de rebondissements de l’intrigue ?

L’histoire commence plutôt bien. On fait la connaissance de Lisa, mère d’une quarantaine d’années, dont on imagine facilement la vie trépidante, partagée entre son boulot et la cellule familiale, attentionnée et attentive aux désirs et besoins de ses enfants, tout en ayant le portable à l’oreille pour répondre à un client. Prévenu par le résumé, je sens néanmoins le drame qui se pointe et l’addiction au livre qui prend forme. D’un instant à l’autre apparaissent l’inquiétude, la peur, le déni et la tension ressentis par la mère qui se culpabilise d’avoir perdu son enfant, sentiments ensuite partagés par les autres membres de la famille avec qui on partage ces journées stressantes.

Une seconde de trop constitue néanmoins une réflexion intéressante sur l’amour maternel, la perte d’un enfant, les liens entre une mère et son enfant.

Avant même votre cerveau, c’est votre corps qui se rend compte que vous avez perdu votre enfant. Le cordon ombilical invisible qui vous lie tous les deux se rompt. A l’intérieur de vous, tout s’amollit et se relâche. Et ce n’est qu’à cet instant que votre cerveau enregistre ce qui se passe. Il passe à l’action d’un coup, tâchant de convaincre votre corps qu’il se trompe. Vous faites bien sûr ce qu’il vous commande. Vous vous précipitez à l’aveuglette dans toutes les directions et vous tirez, tirez, tirez encore sur le bout de cordon qui reste en vous. Avec l’espoir qu’en y mettant suffisamment d’énergie, à force de crier, de hurler et de donner des coups de pied, vous pourriez peut-être, qui sait, encore y trouver votre enfant, si seulement vous parveniez à atteindre l’autre bout.

Mais l’auteur examine aussi le côté le plus dur de la société, comment les gens sont perçus par ceux qui n’ont qu’une idée des faits. Muriel, la seconde narratrice, dont le témoignage alterne avec celui de Lisa, représente bien ces personnes qui feraient bien de balayer devant leur porte. Muriel est une femme dominatrice, qui veut tout régenter tout le temps. En témoignent les extraits du journal intime de Matthieu, le fils de Muriel, qui nous parle de ses rapports conflictuels avec sa mère autoritaire et de ses états d’âme qui en découlent.
On prend conscience aussi du rôle de la presse et des réseaux sociaux qui influencent si facilement le jugement de la société. Les antécédents familiaux de Lisa sont scrutés, son frère est considéré comme suspect à cause de son esprit rebelle et d’agissements antérieurs, son père instable, …

Je ne peux en dire trop au risque de dévoiler une partie de l’intrigue. Mais malgré mon aventure livresque plutôt moyenne, je tiens malgré tout à dire que ce thriller psychologique tient la route jusqu’au bout, suscitant chez le lecteur une compassion vis-à-vis des parents qui ont perdu leur enfant, l’envie de voir aboutir l’enquête policière, et la crainte que le ravisseur fasse du mal à l’enfant. Un bon moment de lecture au bout du compte !




Linda Green est journaliste et a collaboré à The Guardian et The Independent. Elle vit aujourd'hui dans les West Yorkshire avec son mari et son fils de onze ans.



UNE SECONDE DE TROP  -  Linda GREEN
PRÉLUDES Editions  -  23/05/2018

lundi 18 juin 2018

LES CHIENS DE DETROIT - Jérôme LOUBRY


DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.
2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…
__________

Il était une fois, dans un village reculé, une créature qu’on appelait le Géant de brume. Chaque nuit, lorsque la lune voilée par les nuages n’éclairait qu’à moitié, et que la brume humide léchait les maisons, il venait enlever les enfants qu’on ne revoyait jamais.

C’est en 1998 que commencèrent les premières disparitions. Sept enfants. Sept corps retrouvés, meurtris, sauvagement assassinés. L’enquête n’a jamais abouti. L’inspecteur Stan Mitchell qui en avait la charge subit encore maintenant les conséquences de cet échec. C’est aussi la raison pour laquelle il reconnaît rapidement la patte du tueur, en 2013, soit quinze ans plus tard, quand de nouvelles disparitions d’enfants sont signalées. Cette fois, c’est Sarah Berkhamp, jeune inspectrice, qui est chargée de cette nouvelle traque malgré elle, avec Stan pour adjoint. Le temps presse. Aucun cadavre n’est retrouvé. Où le Géant de brume cache-t-il les enfants ? Sont-ils vivants ?
L’auteur alterne deux enquêtes, celle de 1998 et l’actuelle. D’entrée de jeu, on assiste à l’arrestation du suspect. L’homme reste étonnamment calme malgré l’intervention armée et énergique des forces de l’ordre. « Aidez-moi. Vous êtes ma rédemption. » dit-il. Que signifient ces mots ?
Jérôme Loubry, dont c’est le premier roman, crée une ambiance particulièrement glauque en plantant le décor dans la ville américaine de Détroit, une ville frappée de plein fouet par la crise des subprimes, une ville désertée par ses habitants, où seuls les plus pauvres semblent rester, ceux qui n’ont pas les moyens de partir ou plus l’envie de tenter leur chance ailleurs. Les rues et les quartiers deviennent fantômes. Les toitures de milliers d’habitations s’affaissent en silence tandis que le bitume des routes se fissure de douleur. Les descriptions de l’auteur permettent une immersion du lecteur dans cette ville grise dont on ne sort pas indemne, et une comparaison évidente entre celle-ci et les personnages que la vie n’a pas épargnés.
L’inspecteur Stan Mitchell, aussi appelé Molosse à cause de sa corpulence trapue et puissante ainsi que de sa réputation de ne jamais rien lâcher, ne s’est jamais pardonné l’échec de la première enquête. Il devient alcoolique et violent, et en subit les conséquences : mariage raté, éloignement de son fils.
Sarah Berkhamp, jeune inspectrice, a aussi sa part d’ombre. Depuis l’enfance elle souffre d’une schizophrénie légère accompagnée d’hallucinations auditives, des voix qui lui dictent des impressions, impressions qui peu à peu vont donner un côté étrange mais que l’auteur arrive à rendre très plausibles, puisqu’elles nous guident vers la solution.
Les chiens de Détroit est un roman envoûtant, à l’atmosphère sombre et intense. Les chapitres courts, sans aucune fioriture, donnent à la lecture un rythme soutenu. Un vrai page-turner à dévorer avec délectation.

Né en 1976 à Saint-Amand-Montrond. Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Désormais installé en Provence, il publie en 2017 son premier roman.
LES CHIENS DE DETROIT  -  Jérôme LOUBRY
CALMANN-LEVY  -  11/10/2017