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dimanche 14 octobre 2018

HELENA - Jérémy FEL


Quatrième de couverture :

Kansas, un été plus chaud qu'à l'ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l'Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l'ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s'échappent d'une cave. Des rêves de gloire naissent, d'autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l'équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu'en l'infligeant à d'autres... Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d'où ils tenteront par tous les moyens de s'extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena... Jusqu'où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu'ils commettent l'irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

Mon avis :

Tout juste sorti de l’univers très sombre de Jérémy Fel avec son premier roman, Les loups à leur porte, je replonge avec délectation dans son second ouvrage, tout aussi glauque et violent, Helena.

Dès les premiers chapitres, je retrouve l’écriture fluide et le style directe et efficace de l’auteur. Le mal est présent dès le départ en la personne de Tommy, psychopathe en plein devenir qui se repaît pour l’instant du sang chaud des animaux qu’il sacrifie, mais dont les pensées obsessionnelles vont vers cette fille, Tessa Wilkins.
Comme dans Les loups à leur porte, les personnages sont présentés à un moment donné de leur existence, chaque tranche de vie constituant une histoire bien différente de la précédente. Et puis, petit à petit, ces histoires vont se rejoindre en un motif unique d’où s’échappent des cris de peur et de douleur. On sent le danger sous-jacent qui s’apprête à exciter nos angoisses viscérales.

Si on retrouve dans ce livre le même univers et la même intensité que dans son premier roman, j’ai par contre moins apprécié les personnages, tour à tour victimes et bourreaux, anges et démons, vis-à-vis desquels j’ai ressenti tantôt de l’empathie et de la compassion, tantôt condamnant leur attitude les menant à la pire des violences.
Jérémy Fel amène une réflexion sur la question du mal. Doit-on accepter une violence gratuite en réponse à un traumatisme subi ? Existe-t-il une loi à l’amour d’une mère pour son enfant ?
Helena est un roman étouffant d’une violence ahurissante, d’une noirceur abyssale.


Faute de m’attacher aux personnages, et confronté par moment à des longueurs, j’ai parfois eu du mal à poursuivre ma lecture dans un livre de 700 pages que je trouvais alors interminable.
Est-ce l’envie de connaître l’épilogue de l’histoire qui l’a emporté, ou celle de savoir qui est cette Helena, que l’on s’attend à être l’héroïne phare du livre, mais dont l’auteur ne parle jamais, si ce n’est à la fin !


HELENA  -  Jérémy FEL

Editions RIVAGES  -  22/08/2018

lundi 25 juin 2018

UNE SECONDE DE TROP - Linda GREEN


Quatrième de couverture :

Un seconde de trop et vous perdez tout. Un, deux, trois... Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu'à cent lors d'une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu'elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace. La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d'Ella ? Et si le ravisseur était connu d'eux tous ? Suspense psychologique addictif, Une seconde de trop explore la culpabilité d'une mère et le cauchemar de tout parent : la disparition d'un enfant. Numéro un des ventes dès sa parution, et acclamé par la presse, ce roman vous glacera le sang. Une lecture puissante dont vous ne sortirez pas indemne.

Mon avis :

Une fois n’est pas coutume, je dois bien reconnaître que ce thriller psychologique ne m’a pas vraiment convaincu. Pourtant j’admets qu’il y a du suspense et que je l’ai lu facilement et rapidement, désireux d’en connaître l’épilogue. Serait-ce alors dû à la monotonie que j’ai ressentie à certains moments, au manque de rebondissements de l’intrigue ?

L’histoire commence plutôt bien. On fait la connaissance de Lisa, mère d’une quarantaine d’années, dont on imagine facilement la vie trépidante, partagée entre son boulot et la cellule familiale, attentionnée et attentive aux désirs et besoins de ses enfants, tout en ayant le portable à l’oreille pour répondre à un client. Prévenu par le résumé, je sens néanmoins le drame qui se pointe et l’addiction au livre qui prend forme. D’un instant à l’autre apparaissent l’inquiétude, la peur, le déni et la tension ressentis par la mère qui se culpabilise d’avoir perdu son enfant, sentiments ensuite partagés par les autres membres de la famille avec qui on partage ces journées stressantes.

Une seconde de trop constitue néanmoins une réflexion intéressante sur l’amour maternel, la perte d’un enfant, les liens entre une mère et son enfant.

Avant même votre cerveau, c’est votre corps qui se rend compte que vous avez perdu votre enfant. Le cordon ombilical invisible qui vous lie tous les deux se rompt. A l’intérieur de vous, tout s’amollit et se relâche. Et ce n’est qu’à cet instant que votre cerveau enregistre ce qui se passe. Il passe à l’action d’un coup, tâchant de convaincre votre corps qu’il se trompe. Vous faites bien sûr ce qu’il vous commande. Vous vous précipitez à l’aveuglette dans toutes les directions et vous tirez, tirez, tirez encore sur le bout de cordon qui reste en vous. Avec l’espoir qu’en y mettant suffisamment d’énergie, à force de crier, de hurler et de donner des coups de pied, vous pourriez peut-être, qui sait, encore y trouver votre enfant, si seulement vous parveniez à atteindre l’autre bout.

Mais l’auteur examine aussi le côté le plus dur de la société, comment les gens sont perçus par ceux qui n’ont qu’une idée des faits. Muriel, la seconde narratrice, dont le témoignage alterne avec celui de Lisa, représente bien ces personnes qui feraient bien de balayer devant leur porte. Muriel est une femme dominatrice, qui veut tout régenter tout le temps. En témoignent les extraits du journal intime de Matthieu, le fils de Muriel, qui nous parle de ses rapports conflictuels avec sa mère autoritaire et de ses états d’âme qui en découlent.
On prend conscience aussi du rôle de la presse et des réseaux sociaux qui influencent si facilement le jugement de la société. Les antécédents familiaux de Lisa sont scrutés, son frère est considéré comme suspect à cause de son esprit rebelle et d’agissements antérieurs, son père instable, …

Je ne peux en dire trop au risque de dévoiler une partie de l’intrigue. Mais malgré mon aventure livresque plutôt moyenne, je tiens malgré tout à dire que ce thriller psychologique tient la route jusqu’au bout, suscitant chez le lecteur une compassion vis-à-vis des parents qui ont perdu leur enfant, l’envie de voir aboutir l’enquête policière, et la crainte que le ravisseur fasse du mal à l’enfant. Un bon moment de lecture au bout du compte !




Linda Green est journaliste et a collaboré à The Guardian et The Independent. Elle vit aujourd'hui dans les West Yorkshire avec son mari et son fils de onze ans.



UNE SECONDE DE TROP  -  Linda GREEN
PRÉLUDES Editions  -  23/05/2018

jeudi 28 septembre 2017

RÉVEILLER LES LIONS - Ayelet GUNDAR-GOSHEN

Ethan Green a de quoi être comblé : une femme merveilleuse, deux enfants adorables, et un métier gratifiant, neurochirurgien à l’hôpital Soroka de Beer-Sheva, une ville du sud d’Israël en bordure du désert.
Une nuit, après avoir rendu son tablier à deux heures du matin et assuré une astreinte de dix-neuf heures à l’hôpital, au lieu de rentrer dormir chez lui, Ethan a cette envie de sensations grisantes, tester les limites de son 4x4 sur les chemins désertiques, en ressentir la puissance au son de la musique tonitruante de Janis Joplin.

Comment aurait-il pu imaginer que quelqu’un marcherait au bord de la route à cette heure ? Une situation plus qu’improbable. Se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Le choc est à peine perceptible. C’est un Erythréen. Il est agonisant, pouls faible, perte de sang et de liquide céphalo-rachidien par le nez et les oreilles. Peu de chance de pouvoir le sauver. Ethan imagine les répercussions de cet accident sur la poursuite de sa carrière. Il prend la fuite.

Comment annoncer la nouvelle à sa femme ? Être marié à une lieutenant de police doit bien servir à quelque chose. Il se tait, d’autant que sa femme a été appelée ultérieurement sur les lieux de l’accident et ne ressent que méprise vis-à-vis du fuyard. Se taire et sauver la face.

Un jour, il ouvre sa porte à une femme. Elle est grande, mince et très belle, mais Ethan ne remarque aucune de ces qualités, focalisé qu’il est sur deux autres éléments : elle est noire et, dans sa main, il y a un portefeuille qu’il connaît bien puisque c’est le sien. Elle s’appelle Sirkitt. Elle est Erythréenne. Assoum était son mari. Elle a tout vu.

Pour éviter l’opprobre, Ethan garde le silence et accepte le chantage de Sirkitt : lui faire don de ses nuits pour soigner des réfugiés dans un hangar désaffecté. Ethan ne se doute absolument pas qu’il s’apprête à mettre le pied dans un engrenage qui risque non seulement de mettre à mal sa vie de famille, mais aussi sa vie tout simplement.

Ayelet Gundar-Goshen est écrivain, scénariste et psychologue israélienne. Dans son roman Réveiller les lions, elle n’évoque pas le conflit israélo-palestinien, mais un drame que l’Europe ne semble pas être la seule à connaître, l’immigration. En Israël aussi, des milliers de clandestins venus de la corne de l’Afrique attendent des lendemains meilleurs. Le problème avec les réfugiés est qu’ils sont vus comme une menace économique, et pas vraiment en tant que personnes qui fuient pour leur survie. Tous ces réfugiés qu’Ethan va être amené à rencontrer et à soigner nous touchent profondément. Dans sa façon d’en parler, l’auteur finit par nous émouvoir, nous transmettre son empathie à leur égard et nous fait comprendre qu’il n’y a pas de différence culturelle dans la souffrance humaine. L’engagement d’Ethan Green va non seulement lui faire découvrir un univers dont il ignorait l’existence, prendre conscience du sort de ceux qu’il trouve, mais aussi, petit à petit, l’amener vers un sentiment de pardon, pour tous ces faux pas qu’il a commis et qui sont pourtant contraires à sa morale : tuer un homme, mentir à sa femme, délaisser ses enfants, négliger son travail à l’hôpital, voler des médicaments, …

Cependant, une majorité de scènes restent concentrées sur un dilemme domestique, sur la relation détériorée d’Ethan avec sa femme et son rapport émergent avec Sirkitt, l’Erythréenne.
Le portrait fait de ces deux personnages féminins est remarquable. Telles deux lionnes, elles se battent avec leurs armes et n’hésitent pas à partir en chasse, l’une le jour et l’autre la nuit, pour assurer leur survie et celle des leurs.

D’autres personnages apparaissent soudainement plus tard dans le roman, notamment un jeune garçon bédouin et un trafiquant de drogue frustré. Il s’avère que l’accident d’Ethan a intercepté accidentellement un réseau criminel responsable de violences, viols et meurtres. Ainsi, les événements du dernier tiers du livre ressemblent plus à ceux d’un thriller policier, conférant ainsi au roman un nouveau rythme plus stimulant.

La lecture de ce livre est certainement l’occasion de se questionner sur maints sujets : l’accueil des réfugiés, le déni, l’acceptation et le rachat des fautes, le pardon, la vengeance.
Combinaison intéressante entre un roman à suspense et un conte moral.

"Emigrer, c'est passer d'un endroit à un autre, avec, attaché à ta cheville comme un boulet d'acier, le lieu que tu as quitté. Voilà pourquoi il est si difficile d'émigrer: marcher à travers le monde en ayant les pieds entravés par un pays tout entier, c'est quelque chose qu'il faut être capable de supporter."

"Les gens qui ont peur ne regardent jamais droit dans les yeux. Ils craignent trop de s'attirer reproches et punitions. Les gens qui ont peur baissent les yeux, clignent des paupières, n'osent pas saisir du regard le visage d'un autre. C'est ainsi dans les camps des Bédouins. Ils gardent les yeux baissés vers la terre aride du Sinaï. Jamais ils n'arborent ce regard franc qui affirme : J'existe."


RÉVEILLER LES LIONS  -  Ayelet GUNDAR-GOSHEN
LES PRESSES DE LA CITE  -  07/09/2017 

jeudi 24 août 2017

LE SYMPATHISANT - Viet Thanh Nguyen

Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double. Sans surprise, peut-être, je suis aussi un homme à l’esprit double.

Avec ces mots, Viet Thanh Nguyen commence son roman. Deux phrases qui jettent les bases de ce qui se révélera être l’un des principaux thèmes de celui-ci, le conflit intérieur du narrateur.

Le Sympathisant nous parle de la guerre du Vietnam et de ses conséquences, de loyauté, d’identité, et de difficulté à s’adapter à une nouvelle culture et à une réalité.
Né au Vietnam en 1971, l’auteur fuit le pays avec toute sa famille après la chute de Saigon, et rejoint les États-Unis en cargo, comme des milliers de boat people.
Il est très intéressant d’avoir cette vision, ce témoignage du point de vue des Vietnamiens, et bien comprendre les intentions innocentes et idéalisées avec lesquelles les Américains sont entrés dans cette guerre, de même que leurs difficultés à admettre leurs erreurs, leur mauvaise gestion du conflit.

La première partie du roman, concernant la chute de Saigon et la fuite des Américains et des futurs expatriés, est assez prenante. On plonge sans peine dans ce chaos si bien décrit par l’auteur. Ajoutez à cela quelques séquences d’archives visionnées sur YouTube, et vous pouvez imaginer facilement le chaos, le sauve-qui-peut général où chacun, du général à la prostituée, essaie de faire valoir son ayant-droit, son laissez-passer pour fuir le pays.

La seconde partie, plus lente, manque cruellement de suspense et d’action pour réussir à maintenir toute mon attention. On y retrouve les principaux personnages, à Los Angeles, leur terre d’accueil.
Les exilés découvrent leur vie américaine, une vie où la plupart ont perdu tous leurs acquis sociaux et la reconnaissance dont il jouissait chez eux. Quant au personnage principal, il vit sa vie d’agent double, se fondant dans la masse pour passer inaperçu, et rendant compte à son supérieur au Vietnam de tout mouvement suspect ou idéologie de la part des réfugiés pouvant constituer un danger vis-à-vis du pouvoir communiste en place.
Mon manque d’intérêt atteint des sommets avec la réalisation d’un film en Thaïlande dans lequel notre espion est engagé comme consultant par le réalisateur.
Bien qu’étant à deux doigts d’arrêter cette lecture, l’écriture intelligente de l’auteur et cette envie de connaître la suite et la fin des aventures du narrateur me donnent le courage de continuer. Les derniers 20 % du livre sont franchement aussi bons que le début, mais constituent certainement la partie la plus perturbante de l’ouvrage.

La guerre du Vietnam constitue un événement marquant et sensible de l’histoire des États-Unis.
Quarante années ou deux générations plus tard, Viet Than Nguyen apporte une nouvelle approche de celle-ci et avec le recul actuel pose la question du sens de la révolution et de la guerre.

L’attribution du Prix Pulitzer 2016 à ce livre a suscité maints débats, principalement au sein de la société américaine. Le Sympathisant n’en reste pas moins une œuvre complexe, pas toujours facile à lire, mais avec des qualités littéraires indéniables.

Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double . Sans surprise, peut-être, je suis aussi un homme à l'esprit double. Bien que certains m'aient traité de la sorte, je n'ai rien d'un mutant incompris, sorti d'une bande dessinée ou d'un film d'horreur. Simplement, je suis capable de voir n'importe quel problème des deux cotés.

 Quand il s'était agi d'apprendre les pires méthodes de nos maîtres français et de leurs successeurs américains, nous étions vite devenus les meilleurs élèves. Nous aussi, nous pouvions violer les nobles idéaux! Après nous être libérés au nom de l'indépendance et de la liberté...nous en avions ensuite privé nos frères vaincus.



LE SYMPATHISANT  -  Viet Thanh NGUYEN
Editions BELFOND  -  17/08/2017

samedi 27 mai 2017

MER AGITÉE - Christine DESROUSSEAUX

Jean, la soixantaine passée, habite une presqu’île, un de ces petits villages côtiers où tout le monde se connaît sans savoir vraiment qui est son voisin. Depuis que son petit-fils Léo a trouvé refuge chez lui, militaire en permission après une mission en Afghanistan, Jean écrit un journal "Journal de mes baignades". C’est vrai qu’il y tient à ses baignades quotidiennes, et il ne s’agit pas de le mettre en garde contre les dangers auxquels son vieux corps s’expose lorsqu’il nage dans ces conditions, quelque soit le temps. Pour lui, les baignades sont une manière de se libérer l’esprit en s’immergeant dans cette eau froide, tandis que son journal lui permet de penser aux doutes qui l’assaillent, aux inquiétudes qui perturbent son existence. Car Léo n’est plus l’enfant qui a passé de nombreuses vacances d’été chez son grand-père, un enfant pas forcément expansif et joyeux, mais un gosse curieux, concentré, attentif à l’existence du monde concret autour de lui, aimant observer la nature, y puisant un savoir personnel. Léo ne dort plus, mange à peine, ressemble chaque jour davantage à un mort vivant, est complètement renfermé sur lui-même, et devient même irascible pour un rien. Un soir, éméché, Léo agresse une jeune femme. Quelques jours plus tard une autre disparaît. Les gens parlent. La rumeur s’amplifie. Léo est-il coupable ou innocent ? Jean va-t-il pouvoir le défendre et le protéger ?

Mer agitée est un roman prenant, émouvant, à l’atmosphère dramatique et intense. La présentation des événements sous forme de journal, et la distillation des informations essentielles au compte-gouttes, assurent un rythme de lecture plutôt dynamique.
Les personnages sont attachants, avec une psychologie recherchée. Jean, malgré son côté ours mal léché, a un comportement juste, touchant, plein de sagesse, vis à vis de Léo et des autres protagonistes de l’histoire.

Christine Desrousseaux nous mène habilement en bateau et notre conviction de culpabilité n’a de cesse de tanguer sous l’effet des vagues de cette mer agitée.

Au-delà de ce drame, c’est aussi un superbe roman d’amour, une explication sur le stress post traumatique, et une réflexion sur les jugements et les regards des autres.




Christine Desrousseaux vit à Lille. Parallèlement à son métier de conceptrice-rédactrice en publicité, elle a écrit plusieurs romans policiers.
Source : http://www.editionskero.com/auteur/christine-desrousseaux 

MER AGITEE  -  Christine DESROUSSEAUX
Editions KERO  -  15/03/2017


mardi 28 mars 2017

TE LAISSER PARTIR - Clare MACKINTOSH

L’histoire ? Un accident de la route, dramatique, lors duquel un enfant est tué. Le chauffard a pris la fuite. Tout paraît simple en apparence, mais voilà, la réalité est parfois (très) trompeuse… 

Cela commence par un fait divers, certes tragique, mais qui arrive encore trop fréquemment de nos jours. Jacob, huit ans, rentre de l’école accompagné de sa maman. Devant chez lui, il se précipite pour traverser la route, mais se fait renverser par une voiture, et meurt sur le coup.
Après cet accident tragique, Jenna, le personnage principal, désespérée, veut à tout prix échapper à son passé, et trouve le chemin d’une petite communauté galloise où elle tente de ramasser les morceaux et recommencer à vivre.

Clare Mackintosh plante le décor de ce qui va s’avérer être un thriller addictif, un page-turner particulièrement réussi car la réalité est parfois très trompeuse.
Dès les premières pages, elle bouleverse le lecteur par cette description juste et remplie d’émotion de cette terrible scène de l’accident.

L’auteure semble prendre ensuite un malin plaisir à berner le lecteur par de multiples retournements de situations. Sans rien voir venir, on prend subitement une belle claque ! Mais n’est-ce pas finalement ce qu’on recherche dans un thriller ?


C'était si difficile, ce juste milieu entre le coût d'une enquête et le coût d'une vie-une vie d'enfant. Comment pouvait-on mettre un prix là-dessus?


Je pense à mon fils, à son corps atrocement léger enveloppé dans la couverture de l'hôpital, à cette douleur dans mes entrailles qui ne m'a jamais quittée. Il devrait y avoir un mot pour une mère sans enfant, pour une femme privée du bébé qui l'aurait comblée. 



Clare Mackintosh est diplômée en management et en français à l'université Royal Holloway.

Dans le cadre de ses études, elle a travaillé pendant une année en tant que secrétaire bilingue à Paris.

Après avoir obtenu son diplôme, elle a passé douze ans dans les forces de police, qu’elle a quitté en 2011 pour devenir journaliste indépendante et consultante en médias sociaux avant de se consacrer à l’écriture.

son site : http://claremackintosh.com 

TE LAISSER PARTIR - Clare MACINTOSH
Marabout Thriller - 01/2016
Livre de poche - 03/2017

dimanche 5 février 2017

UN CRI SOUS LA GLACE - Camilla Grebe

Une jeune femme est décapitée dans la maison d'un PDG controversé d'une chaîne de vêtements. L'identité de la femme est inconnue. L'homme d'affaires, Jesper Orre, a tout simplement disparu.
L'histoire est racontée d’une manière alternée par trois personnages de première importance.
L'inspecteur Peter Lindgren, un homme désabusé et découragé, n’ayant pas accepté son rôle de mari et de père, et dont le seul véritable engagement a toujours été son travail.
Une ancienne profileuse, Hanne, invitée comme consultante car elle a participé à une enquête sur un crime similaire dix ans plutôt. Hanne présente des signes précurseurs de démence précoce et est piégée dans un mariage sans amour à un homme qui veut tout contrôler.
Ensuite, il y a le point de vue d'Emma qui, contrairement aux deux autres, commence dans le passé et raconte sa relation avec son fiancé, Jesper Orre, une relation qu'ils doivent garder secrète parce qu'il est son employeur.


Comme souvent dans la littérature policière scandinave, on retrouve une atmosphère froide et sombre typique et une procédure policière détaillée, mais les points de vue alternés et la description complexe de la vie passée et présente des trois personnages principaux renforcent l’intrigue d’une façon particulièrement intéressante. L’étude des personnages est fascinante et constitue à elle seule une intrigue parallèle et tout aussi intéressante que l’enquête policière. La solution du crime devient évidente à mi-parcours du roman, mais cela ne diminue pas pour autant le plaisir de lecture. Un premier roman très bien écrit par l'écrivaine suédoise Camilla Grebe, que je recommande fortement si vous aimez la fiction avec un aspect nordique sombre.

Une enquête pour homicide, c'est exactement comme la vie : il y a un début, un milieu et une fin. Et, comme la vie, on ne sait jamais où on en est avant qu'elle soit achevée. Parfois, elle se termine presque avant d'avoir commencé et parfois, on a l'impression qu'elle continue pour toujours, jusqu'à ce qu'elle périclite ou qu'elle soit classée sans suite.
La seule différence, c'est qu'avec les enquêtes, l'objectif est d'arriver à une conclusion le plus rapidement possible - contrairement à la vie.




Camilla Grebe est déjà célèbre en Suède pour sa série de polars écrite avec sa soeur et finaliste du prix Best Swedish Crime Novel of the Year. Un cri sous la glace, son premier livre en solo paru en 2015 en Suède, fut un bestseller dès sa sortie. Thriller captivant dans la veine des Apparences de Gillian Flynn, il est sur le point de devenir un phénomène mondial.



Un cri sous la glace  -  Camilla Grebe
Calmann-Lévy  -  Février 2017

jeudi 29 décembre 2016

HORTENSE - Jacques Expert

1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Celle-ci lui permet d’oublier les rapports difficiles qu’elle entretient avec le père de cette dernière, Sylvain, un homme violent qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte et à qui elle refuse le droit de visite. Un jour, pourtant, Sylvain fait irruption chez elle et lui enlève Hortense. « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. »
2015 : après des années de recherches vaines, Sophie ne s’est jamais remise de la disparition d’Hortense. Fonctionnaire au ministère de l’Éducation, elle mène une existence morne et très solitaire. Jusqu’au soir où une jeune femme blonde la bouscule dans la rue. Sophie en est sûre, c’est sa fille, c’est Hortense. Elle la suit, l’observe sans relâche. Sans rien lui dire de leur lien de parenté, elle sympathise avec la jeune femme, prénommée Emmanuelle, tente d’en savoir plus sur elle. La relation qui se noue alors va vite devenir l’objet de bien des mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et la jeune femme est-elle aussi innocente qu'elle le paraît ? 


Hortense est le premier livre de Jacques Expert que je lis.
Quel plaisir ! Quelle claque ! Quel suspense !
On plonge dans l’histoire dès les premières pages, et on dévore le livre jusqu’à la toute dernière.
L’auteur sait rendre à la perfection les sentiments de la pauvre Sophie.  On peut difficilement rester de marbre face à cette mère éplorée. Quelquefois, elle semble bien exagérer un peu, ou réagir de manière impulsive, mais rien de plus normal dans une telle situation. Aussi, quand elle décide de rencontrer Hortense, on espère que tout va bien se passer, mais on ne peut s'empêcher de se dire parfois « Non, il ne faut pas faire comme ça, il faudrait lui dire ça et ça, tu vas lui faire peur là ! »
L’écriture de Jacques Expert est très addictive, car elle mélange plusieurs genres, ce qui donne un certain rythme au récit. À peine un chapitre terminé, on brûle donc d’envie de commencer le suivant, etc. En effet, des extraits d’interrogatoires menés par la police parsèment le livre, laissant planer le doute sur la réelle identité d’Emmanuelle, et laissant deviner qu’un véritable drame s’est joué en 2015, année de narration des faits. Est-elle vraiment Hortense, la fille de Sophie ?
Et je ne vous raconte pas la chute ! Tellement belle, tellement inattendue !
Hortense est selon moi un bon thriller psychologique, qui se lit rapidement et qui ne laisse pas insensible. L'auteur sait vraiment bien transmettre les sentiments et émotions. 


dimanche 27 novembre 2016

CHANSON DOUCE - Leila Slimani


Vous êtes un jeune couple avec enfant(s). Vous souhaitez prendre une nounou. Ne lisez pas ce livre !
Vous êtes un jeune couple avec enfant(s) et vous avez déjà une nounou. Engagez une seconde nounou pour surveiller la première !
Vous êtes une nounou et souhaitez vous faire engager chez un jeune couple chez qui vous voyez ce livre. Faites gaffe !

Extraits de la chronique littéraire de Gérard Collard sur Griffenoiretv.


« Le bébé est mort. » Chanson douce commence d’emblée avec une claque, dès la première page.
Le début est infernal : un bain de sang dans lequel on retrouve le corps de deux enfants et d’une femme qui semble s’être suicidée après avoir commis l’impensable, et le cri, celui de la mère, telle une bête à l’agonie, un cri qui n’en finit pas.
Après l’annonce dramatique, Leila Slimani va développer la genèse de cette atrocité. Un jeune couple de trentenaires parisiens. Ils viennent d’avoir leur deuxième enfant. Lui est ingénieur du son dans un studio d’enregistrement et ses talents commencent à être reconnus dans le milieu. Elle est avocate et commence à en avoir marre des siestes et des sorties au parc. Elle rencontre un vieil ami d’université qui lui offre un poste dans son cabinet d’avocat. Ils se mettent donc à la recherche d’une nounou.
Louise est parfaite. Elle devient d’emblée la chouchou des enfants. Elle range l’appartement, prépare le souper, …  La nounou idéale en quelque sorte !
Mais nous, lecteurs, connaissons le fin mot de l’histoire. Petit à petit nous voyons se profiler  des tensions malsaines.
Le brio et la finesse de la construction narrative sont les réelles surprises de ce roman, bourré de suspense et d’émotions.
L’analyse psychologique des personnages est annonciatrice du drame qui se prépare.

Un roman habile, inquiétant. 


Si vous saviez ! C’est le mal du siècle. Tous ces pauvres enfants sont livrés à eux-mêmes, pendant que les deux parents sont dévorés par la même ambition. C’est simple, ils courent tout le temps. Vous savez quelle est la phrase que les parents disent le plus souvent à leurs enfants ? « Dépêche-toi ! » Et bien sûr, c’est nous qui subissons tout. Les petits nous font payer leurs angoisses et leur sentiment d’abandon.

Dans son petit carnet à la couverture fleurie, elle a noté le terme qu’avait utilisé un médecin de l’hôpital Henri-Mondor. « Mélancolie délirante ». Louise avait trouvé ça beau et dans sa tristesse s’était subitement introduite une touche de poésie, une évasion.

Une haine monte en elle. Une haine qui vient contrarier ses élans serviles et son optimisme enfantin. Une haine qui brouille tout. Elle est absorbée dans un rêve triste et confus. Hantée par l’impression d’avoir trop vu, trop entendu de l’intimité des autres, de l’intimité à laquelle elle n’a jamais eu droit. Elle n’a jamais eu de chambre à elle.

Chanson douce - Leila Slimani
Gallimard 2016
Prix Goncourt 2016 


jeudi 3 novembre 2016

L'OPOSSUM ROSE - Federico Axat

Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : Ouvre. C’est ta dernière chance. Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un
peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?


Préparez-vous à recevoir une énorme claque, avec L’Opossum Rose de Federico Axat, un thriller psychologique addictif et parfaitement maitrisé.
Moins vous en saurez avant d’en commencer la lecture et mieux ce sera. Laissez-vous entraîner dans cette histoire, dans un labyrinthe tortueux à souhait dont vous ne pourrez vous échapper avant la sortie.
                                                                         
L’Opossum Rose impose un rythme vertigineux auquel il est difficile de résister, au risque d’oublier certains détails qui peuvent paraître insignifiants, mais avoir une grande importance dans le déroulement de la trame. Une trame complexe et intelligente qui démarre dès la première page, et ne laisse au lecteur tourmenté aucun repos pour résoudre le puzzle, dont on ne sait s’il manque des pièces, ou si au contraire elles sont toutes là sans qu’on soit capable de les assembler correctement.
Une trame quelque peu confuse au départ, mais dont chaque pièce va finir par s’emboîter parfaitement, preuve que Federico Axat est un excellent narrateur.

Les surprises jalonnent le roman avec un rythme épouvantable dans le but de démonter des théories, de créer des confusions, de forcer le lecteur à se poser mille questions.
On se sent impliqué dans l’histoire au même titre que le personnage principal, particulièrement complexe,  doutant avec lui, ou doutant de lui. L’évolution de tous les personnages, du principal au secondaire, se fait de manière tout à fait naturelle, les rendant d’autant plus crédibles.

Avec un langage simple, direct et visuel, l’auteur construit un parfait thriller psychologique avec une atmosphère inquiétante, poussant le lecteur le plus exigeant vers un seul but : le dénouement.
Un dénouement brillant après mille virements inattendus et mille théories jetées à l’eau. Un dénouement qui laisse bouche bée et un épilogue qui laisse sans voix.


Tu sais quoi ? Ça ne change pas grand-chose, d'être fou. Je veux dire par là que ça n'excuse pas tes gestes. Au lieu d'aller en prison, tu te retrouves dans un endroit comme celui-ci, mais il y a toujours une part de toi qui se sent coupable de ne pas avoir su contenir l'autre. Et une part de toi le sait. Elle sait tout.

L'Opossum Rose - Fédérico Axat - Calman-Levy (octobre 2016)