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vendredi 24 mai 2019

D'UNE MORT LENTE - Emelie SCHEPP



Quatrième de couverture :

Mis en scène dans leur propre appartement, des corps comme des poupées incomplètes, mutilés avec une précision chirurgicale. 
Justement, c’est peut-être la chirurgie qui relie les victimes entre elles. Et, plus précisément, une erreur médicale commise dans le secret d’une salle d’opération, étouffée par les années. 
Des nuits blanches attendent la police de Norrköping et la procureure Jana Berzelius. 
Mais cette dernière a d’autres cauchemars que le tueur au scalpel. 
Un homme qui la connaît depuis l’enfance. Un homme qui pourrait révéler à tous que Jana a été élevée et entraînée pour tuer. Cet homme est sa véritable menace. Et il vient juste de s’échapper. 


Mon avis :

Après Marquée à vie et Sommeil blanc, D’une mort lente est le troisième tome des aventures de la procureure Jana Berzelius, de l’auteure suédoise Emelie Schepp.
Dès le premier tome, je me suis laissé emporté par le style de l’auteure, par la personnalité, le caractère, la détermination de l’héroïne, procureure à Norrköping en Suède. Aussi est-ce avec plaisir que je me replonge dans ce troisième opus.

Cette fois, la section criminelle enquête sur des meurtres particulièrement sanglants qui hantent la ville. Parallèlement à cela, comme dans les précédents livres, Jana Berzelius doit affronter les fantômes de son passé et tenter le tout pour le tout afin que ses terribles secrets ne soient pas dévoilés à la face du monde.

Bien que les livres de cette série puissent être lus indépendamment les uns des autres, je vous conseille vraiment de suivre l’ordre chronologique, afin d’avoir une continuité dans ce fil rouge constitué du passé de Jana Berzelius. Au fil des livres, l’auteure a fait évoluer son personnage principal. On en découvre plus sur son enfance, sur tout ce qui est à l’origine de ses forces et de ses faiblesses.

Les autres protagonistes, membres de la section criminelle, évoluent aussi dans leur quotidien professionnel et leur histoire personnelle. Cela peut toutefois sembler déroutant et amener une certaine lenteur au rythme du livre. Mais rassurez-vous car dès que vous aurez cerné les personnages et vous serez habitué à l’écriture, vous finirez complètement absorbé par l’histoire. Comme tout bon thriller et polar venant du nord, Emelie Schepp a su distiller une atmosphère froide et très particulière à son histoire. L’auteure a aussi le don de faire monter le suspense crescendo et de faire de ses livres de véritables pages-turners.





Née en Suède, à Motala, Emelie Schepp appartient à la nouvelle génération d’écrivains nordiques, celle qui a succédé à des auteurs mondialement connus, comme Stieg Larsson. Après avoir remporté un prix d’Art dramatique et travaillé dans la publicité, Schepp fait des débuts très remarqués avec Marquée à vie, le premier volume de sa série « Jana Berzelius ». Déjà vendue dans 27 pays à ce jour, cette trilogie a conquis 200 000 lecteurs rien qu’en Suède.

D'UNE MORT LENTE  -  Emelie SCHEPP

HARPER COLLINS Noir  -  06 mars 2019

mardi 12 juin 2018

ÂMES VOLÉES - Stuart NEVILLE


Quatrième de couverture :

L'inspecteur Jack Lennon aurait bien aimé passer Noël avec sa fille, mais la police de Belfast est confrontée à un trafic de filles venues de l'Est, orchestré par des Lituaniens alliés à un groupe de Loyalistes. Galya, jeune prostituée ukrainienne, a pris la fuite après avoir tué l'un des deux chefs du gang. Lorsque le corps de Tomas est découvert, son frère Arturas n'a plus qu'une pensée en tète : rattraper Galya et assouvir sa vengeance. Que faire quand on est sans papiers dans un pays inconnu, qu'on a tué un homme et qu'on est poursuivie par des Lituaniens enragés ? Se tourner vers un protecteur. Galya a confiance en ce mystérieux client qui lui a promis de l'aider. Ce que la jeune fille ne sait pas, c'est que cet homme représente la pire menace qu'on puisse imaginer. Dans ce troisième volume de la trilogie de Belfast, on retrouve l'inspecteur Jack Lennon aux côtés d'une héroïne inoubliable qui lutte pour sauver sa vie.

Mon avis :

Me replonger dans les aventures de Jack Lennon reste un vrai plaisir tant j’affectionne particulièrement le style de l’auteur, Stuart Neville. Âmes volées est le troisième tome de cette série, publié en français par les Editions Rivages en 2013, et réédité en format poche dans la collection Rivages/Noir en 2017.

Comparé aux deux tomes précédents, dont le second est vraiment la suite du premier, celui-ci est en quelque sorte une autre aventure de l’inspecteur Jack Lennon, et peut dès lors être lu séparément, même si quelques allusions font référence aux tomes précédents, de même que la présence de l’un ou l’autre personnage récurrent.
L’histoire se déroule une fois de plus en Irlande du Nord, même si les thèmes développés sont l’esclavagisme moderne et la traite des êtres humains, thèmes malheureusement non spécifiques à ce pays.

D’emblée on rentre dans un récit captivant où une jeune prostituée poignarde un redoutable malfrat qui n’est autre que le frère d’un chef de gang respecté.
Accrochez les ceintures, ça secoue ! Ça secoue d’emblée, et loin de se calmer le rythme s’accélère tout du long. Stuart Neville utilise à bon escient les codes du genre pour entretenir le suspense et captiver son lecteur : chasse à l’homme (et à la femme), règlements de comptes, courses poursuites, flics véreux, truands sans morale, ...
Neville a le sens du rythme, une maîtrise impressionnante du tempo et du découpage du récit au service d’un suspense implacable.
Par rapport aux tomes précédents, il développe le côté thriller par l’introduction d’un personnage psychopathe, pasteur illuminé, instrument du Seigneur, qui se croit chargé d’une mission divine en sauvant les âmes des prostituées. Âmes sensibles et coeurs fragiles s’abstenir.



Parmi les personnages suscitant le plus d’empathie, il y a évidemment l’inspecteur Jack Lennon, flic rejeté par sa famille et ses collègues, pour être un catholique travaillant dans la police protestante d’Irlande du Nord. Après avoir perdu sa femme, il essaie d’assumer son rôle de père vis-à-vis de sa fille Ellen, un semblant de vie de famille pas toujours conciliable avec son boulot de flic et la charge de travail imposée par ses supérieurs et collègues dont certains n’hésitent pas à accepter des dessous-de-table de la pègre pour arrondir leurs fins de mois. Malgré ses faiblesses, Jack refuse toute compromission et corruption, ce qui ne fait qu’accentuer ses conflits avec sa hiérarchie.

Galya, la jeune prostituée, est l’exemple type de fille subissant la prostitution. Ukrainienne, issue d’une famille défavorisée, elle accepte les propositions d’émigration vers l’Irlande du Nord afin d’y trouver un emploi bien rémunéré et venir en aide à sa famille. Non seulement des individus peu scrupuleux en ont décidé autrement, mais en plus elle tombe dans les griffes d’un psychopathe qui prétend la délivrer. Forte et courageuse , elle va faire preuve d’acharnement pour rester en vie. Ses pleurs et ses appels à l’aide à sa mama sont bouleversants.

Quant aux méchants, je citerai principalement Arturas Strazdas et Herkus, son homme de main. Arturas est le chef du gang lituanien. Élevé par une mère tyrannique, il n’a aucun respect pour la vie humaine mais voue à sa mère une obéissance absolue lorsque celle-ci réclame vengeance pour le meurtre de son fils. Arturas semble même content d’être débarrassé d’un frère instable, bagarreur, souvent source d’ennuis, mais il tremble en entendant la voix de sa mère, allant même jusque mettre sa vie en danger pour la satisfaire.

Herkus est un ex-militaire, gros gabarit, fumier sans états d’âme, l’exécuteur des basses besognes pour le compte de Arturas.

Âmes volées est un polar/thriller qui ne s’oublie pas de sitôt, qui secoue, qui laisse des traces, pour notre plus grand plaisir.



ÂMES VOLÉES  -  Stuart NEVILLE
Editions RIVAGES  -  2013
Format poche - Editions RIVAGES/NOIR  -  04/01/2017

vendredi 20 avril 2018

JE NE T'OUBLIE PAS - Sébastien DIDIER


Une disparition inexpliquée, un passé impossible à effacer... Le cauchemar ne fait que commencer. 
Un seul SMS aura suffi à faire basculer la vie de Marc Vasseur. Un SMS de rupture.
Mais pourquoi sa femme quitterait-t-elle du jour au lendemain une famille et une vie en tous points idylliques ? 
L'enquête piétine. Et ce ne sont pas les voisins des Vasseur à Bellevue Park qui la feront avancer. Dans ce luxueux lotissement privé, discrétion et silence ont été érigés en art de vivre. 
Trois mois après la disparition de Sandra, Marc reçoit un message accompagné d'une photo. Celle d'une jeune fille qu'il n'a jamais vue mais qui arbore un médaillon. Ce bijou, il le reconnaît, il en est sûr, c'est celui que portait Sandra. Celui qu'elle ne quittait jamais. 
Que fait-il au cou de cette inconnue ? A-t-elle un lien avec la disparition de sa femme ? 
Marc lance alors ses dernières forces à la recherche de cette fille.
Et c'est un voyage au plus profond de la noirceur de l'âme humaine qui l'attend.

Je ne t’oublie pas m’a complètement bluffé. Sébastien Didier, encore inconnu il y a peu, débarque dans le monde de l’édition via Fyctia, une plateforme d’écriture et d’auto-publication, avec un thriller bourré de suspense et d’adrénaline, complètement addictif !
D’emblée on rentre dans l’action et le rythme ne faiblit pas. Les chapitres courts (89 chapitres pour 430 pages), la fluidité de l’écriture, le développement de l’intrigue et le rythme dynamique et haletant sont autant d’atouts pour accrocher le lecteur et le garder jusque la fin, voire même jusqu’à la fin de l’épilogue dans lequel l’auteur arrive encore à nous surprendre !
Les personnages principaux sont attachants et suscitent beaucoup d’empathie dans leur quête de retrouver la disparue. Marc, le mari de Sandra, en particulier. Dans un premier temps, il comprend la détresse de sa fille mais hésite à prendre des risques de peur que celle-ci devienne orpheline s’il lui arrivait un malheur. En même temps il se culpabilise d’avoir entraîné sa famille dans la tourmente pour assouvir son désir de luxure en habitant une propriété accessible uniquement à une élite. Finalement sa volonté et sa rage pour retrouver sa femme l’emportent et lui donnent l’énergie de se battre contre des adversaires redoutables.
La noirceur est bien présente et certaines scènes cruelles insoutenables, mais leur insertion entre d’autres scènes d’actions ou d’émotions assure un équilibre plus supportable.

Quand vous avez présidé à la destinée de pays, quand vous avez acquis suffisamment d’argent pour ne plus savoir qu’en faire jusqu’à la fin de vos jours, quand vous avez tenu le sort de millions de personnes dans le creux de votre main, que leur vie était susceptible de changer selon la façon avec laquelle vous resserriez votre poigne, alors je vous le demande, qu’est-ce qui peut encore être excitant ?

Contourner, biaiser, se cacher, piéger. Porter le masque. Il ne comptait plus ces moments de solitude dans lesquels il s’enfonçait dans une profondeur si abyssale des tourments de son âme qu’il pensait bien ne plus jamais pouvoir remonter à la surface. Il viendrait bien un jour où la bête larvée en lui n’accepterait plus d’être ainsi refrénée. Elle réclamait toujours plus, peinait à être rassasiée. Il était peut-être temps de commencer à trouver quelque chose qui puisse le catalyser, équilibrer ses pulsions, du moins pendant quelque temps.


Je ne t’oublie pas est un thriller captivant que je vous recommande sans hésitation.



JE NE T'OUBLIE PAS  -  Sébastien DIDIER
Auto-publication  -  Disponible en version numérique sur AMAZON.FR
https://www.amazon.fr/Je-toublie-pas-Sebastien-Didier-ebook/dp/B07BTC3LZK/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1524249453&sr=1-1&keywords=je+ne+t%27oublie+pas




samedi 11 novembre 2017

J'AI TOUJOURS AIMÉ LA NUIT - Patrick CHAMOISEAU

Lors de sa dernière garde de nuit, à la veille de sa retraite, le commandant de police Eloi Ephraïm Evariste Pilon se retrouve en mauvaise posture, le pistolet d’un tueur braqué sur lui.
Et il va en être ainsi durant quasiment tout le roman car il s’agit d’un huis-clos, d’un face-à-face entre un policier et un tueur.

Le tueur, c’est Hypérion Victimaire, ex-militaire, élevé par une mère exemplaire, sa "manman", une "Grande personne", qui lui a appris la droiture, le respect, l’honneur et le tranchant de l’autorité.
Au travers de la confession de celui-ci, c’est la dérive de la Martinique que décrit Patrick Chamoiseau. La Martinique de son enfance perd de son identité et de son charme. Des quartiers autrefois imprégnés de bonnes manières font place à des zones populaires, à des regroupements d’HLM, habités par des colonies de Saint-Luciens, Haïtiens, Dominiquais, qui traficotent la drogue, vendent des armes, et commettent toutes sortes d’atrocités.
Le tueur nous parle de la lente germination d’une nécessité qu’il perçoit en lui.
"Tant de crimes, de coups, de sang, de monstres en liberté, tellement de trafics et de pertes humaines dans les boues du cannabis et de la cocaïne, tellement de violeurs de femmes et d’enfants, et toutes ces nuées de prédateurs qui décimaient notre jeunesse, qu’il me fut clair que quelque chose d’au-delà de moi allait venir. "
Influencé par la clairvoyance de son voisin, Hortensius Capilotas, qui fait commerce avec des démons invisibles pour s’efforcer de soulager les désespérés qui viennent quémander une solution à leur déveine, Hypérion se transforme petit à petit en psychopathe vengeur et ravageur, un archange chargé de purifier La Martinique.

"Je suis un massacreur, un égorgeur de chose, un défonceur de chair, un déchireur de peau, un briseur de vertèbres, un démanteleur de hanches, d’épaules et de cou, un écarteleur de poitrine, un dérouleur de boyaux, et parfois un très goulu buveur de sang ! J’ai mordu, battu, écrasé, coupé et abîmé presque toutes les formes d’existence qui en valaient la peine, c’est-à-dire qui méritaient le châtiment divin, la frappe claire de l’Archange."

Le policier, c’est Eloi Ephraïm Evariste Pilon, un homme valeureux et honnête, qui à force de se consacrer un peu trop à son métier n’a pas vu venir la dégringolade de sa vie familiale. Sa femme, devenue alcoolique, s’est suicidée et sa fille, Caroline, passe de foyer en foyer.
La veille de sa retraite, ce dont il a rêvé toute sa vie se tient devant lui : un assassin pas ordinaire, un psychopathe de grande ampleur qui, pour des raisons obscures, se livre sans retenue à lui.
Eloi Ephraïm Evariste Pilon se tait au maximum ne voulant rien troubler de ce paysage d’horreur que le monstre a entrepris de redessiner sur sa réalité et sur celle de son pays.
Au détour de la confession du tueur, le policier va entr’apercevoir l’existence de sa fille dont la route a croisé celle de ce dernier au cours d’une nuit, celle de ce vendredi 13, qui commença par une virée insensée, meurtrière et irréfléchie, et finit par un massacre vengeur et prémédité.

Les deux personnages, chacun à leur manière, au fil du récit de l’un et des pensées de l’autre, nous parlent de la Martinique d’aujourd’hui, sa langue, ses paysages, sa misère, ses beautés, sa cuisine et sa délinquance aussi…
A l’opposé l’un de l’autre, par des moyens et des méthodes différents, ils ont pourtant un but semblable, rétablir une humanité sur terre, une humanité qui n’a pas complètement disparu mais qui est en train de disparaître.

"Sans trop hausser le ton, je leur expliquai que l’inadmissible n’était pas admissible, que ce qui était arrivé là était de notre faute à tous, que la faute n’était pas quelque chose de visible, même de compréhensible, elle était faite de toutes sortes de petites démissions, de petites insignifiances, de petits accommodements, de négligences, de bêtises, et d’une perte de vue que dans la vie il fallait de la droiture, de la netteté, un rêve, un idéal, une hauteur et une intransigeance ! Je leur parlai aussi du tranchant de cette autorité qui depuis trop longtemps nous avait désertés, et qui devait retrouver sa haute place verticale dans tous nos horizons !"


Patrick Chamoiseau nous livre là un beau thriller, bien noir, avec un tueur psychopathe, des jeunes fous qui se croient plus forts que tout et un policier intègre qui enquête avec intelligence et patience tout en cherchant à retrouver sa fille...




J'AI TOUJOURS AIMÉ LA NUIT  -  Patrick CHAMOISEAU
SONATINE  -  09/11/2017