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vendredi 7 juin 2019

SEUL AVEC LA NUIT - Christian BLANCHARD

Quatrième de couverture :

Que sommes-nous réellement prêts à faire pour sauver nos proches ? 
Cette question, Éric de la Boissière se la pose tous les jours. Sa fille, Élodie, est atteinte d'une grave maladie rénale. Du fait de son groupe sanguin, ses chances de recevoir une greffe sont quasi nulles. Mais avec beaucoup d'argent... Élodie doit pouvoir être soignée, pense Éric. Dirigeant d'un établissement financier, il a entendu parler de réseaux parallèles permettant d'obtenir un organe sain de donneurs volontaires. 

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour sauver nos proches ? 
Cette question, Gilles Patrick ne se l'était jamais posée. Mais depuis quelques semaines, ce grand chirurgien ne dort plus. Tandis qu'un revolver est braqué sur la tempe de son épouse et de sa fille, un groupe d'hommes le contraint à pratiquer de lourdes opérations sur de jeunes patients pourtant en pleine santé. 

Les circonstances ont beau être différentes, la raison qui a fait basculer ces deux hommes dans un autre monde est la même. Et si la volonté de sauver un proche n'était pas une raison suffisante ? D'une noirceur abyssale, le nouveau roman de Christian Blanchard explore les âmes compromises et pousse ses personnages, comme le lecteur, dans leurs pires retranchements.  


Qu’en penser ?

Dans son troisième roman paru chez Belfond, Christian Blanchard, comme à son habitude, nous plonge à nouveau dans les tréfonds de l’âme humaine.
Que sommes-nous prêts à faire ou à sacrifier pour sauver nos proches ?
D’entrée de jeu, l’auteur plonge le lecteur au coeur de l’action.
Cette question, c’est d’abord un chirurgien renommé qui se la pose quand sa famille est prise en otage afin de le contraindre à pratiquer des prélèvements d’organes sur de jeunes patients en bonne santé.
Cette question, les époux La Boissière se la posent tous les jours, ou devrais-je dire ne veulent pas se la poser. Leur fille Élodie est atteinte d’une grave maladie rénale. Elle a un besoin urgent d’une greffe rénale, mais il est très difficile de trouver via le circuit normal un donneur compatible. Alors l’argent mis sur la table évite de se poser des questions et résout le problème des états d’âme.

Et puis, il y a Némo, un vieil homme , alcoolique et fumeur invétéré, dont la vie s’est écroulée avec le suicide de sa fille Mélanie à 14 ans. Un jour, il sauve une jeune fille prête à se suicider, et la recueille chez lui. Il la prénomme Muette puisqu’elle ne dit rien. Sur son corps, il observe une longue cicatrice. A défaut d’avoir pu sauver sa fille, qu’est-il encore prêt et capable de faire pour sauver celle-ci ?

Et que dire aussi de ces enfants – Aïcha, Diarra, Sayid, … - victimes d’un monstrueux trafic ? L’auteur nous parle d’une exploitation honteuse des plus démunis. Ces enfants ont vécu des drames et des tortures qui les ont fait cruellement basculer de l’enfance à l’enfer.
Le plus dur est de savoir que ces enfants sont des milliers à travers le monde, des enfants qui n’ont pas demandé à venir au monde, et qui cherchent juste à vivre.
Comme si leur misère ne suffisait pas, comme si leur courage, leur ténacité ne pouvait pas être récompensé, il faut encore qu’ils soient exploités par des bourreaux sans âme.

Christian Blanchard nous parle de ces personnages, tous criant de vérité, qui vont se croiser pour le meilleur et pour le pire. Nous nous y attachons, nous souffrons à leur côté, nous les suivons entre espoirs déçus, rêves et désillusions. Ils vont nous tordre les tripes. Leurs destins brisés nous pinceront le coeur et nous laisseront un goût amer en bouche.

Un roman bien noir, qui nous bouscule, nous dérange, nous questionne.
Une plongée saisissante de plus dans la noirceur de l’âme humaine.




SEUL AVEC LA NUIT  -  Christian BLANCHARD

BELFOND  -  16/05/2019

jeudi 30 mai 2019

LA MER QUI PREND L'HOMME - Christian BLANCHARD



Quatrième de couverture :

Entre la guerre d'Afghanistan et l'atlantique nord, un page-turner qui vous plonge dans la tempête des âmes et une mer rouge sang.
Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes conditions de travail – les marins du Doux Frimaire.
" Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ? " avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars…

Qu’en penser ?

Après mon coup de coeur pour Iboga, je décide de rester dans l’univers de Christian Blanchard, avec son second livre paru chez Belfond, La mer qui prend l’homme.
Il est à noter que ce livre est paru initialement en 2014 aux éditions du Palémon, sous le titre Pulsions salines, et a été finaliste dans le cadre du prix du polar francophone de Cognac 2015.

A nouveau, l’auteur nous emmène faire une plongée saisissante dans l’âme humaine, en traitant un sujet fort : le SPT (Stress Post Traumatique). Toute personne vivant une situation de stress importante (accident , attentat, guerre, …) peut développer un SPT.
Le cerveau atteint par des traumatismes psychiques va reproduire à l’identique des stimulis perçus lors de l’agression. Ces souvenirs constituent des flash-back qui provoquent des cris, des gestes de combat, un réveil en sueur, …

C’est très sombre, ça secoue, et ça, on le comprend dès le départ, dès le moment où on assiste à une opération hélitreuillée en vue du sauvetage d’un chalutier à la dérive, le Doux Frimaire, et à la découverte d’une femme complètement prostrée et terrorisée, de l’absence totale de tout autre membre d’équipage, et d’un véritable capharnaüm à bord : instruments de navigation détruits, commandes des moteurs fracassées, du sang partout …

En commençant pour ainsi dire par le final, Christian Blanchard tient le lecteur en haleine, car on imagine bien qu’on se dirige tout droit vers quelque chose de très moche.
S’ensuit alors un retour dans le passé, où l’on fait connaissance avec les principaux protagonistes : un sergent, un lieutenant, un infirmier et un aumônier, ayant tous participé au conflit afghan, des êtres devenus psychologiquement instables à cause des situations de stress qu’ils ont vécues.

Sous prétexte de réhabilitation, le lieutenant Emily Garcia les rassemble sur un chalutier, parmi un équipage aguerri à la pêche en haute mer. L’objectif est de leur en faire baver, leur faire mal, leur faire vivre les difficultés du métier de marin pêcheur. Ils doivent s’apercevoir que leur problème de stress devient alors secondaire.

L’auteur nous emmène tantôt dans ce conflit afghan, tantôt sur le chalutier, ballottés sur une mer déchaînée, où l’on ressent une violence qui ne demande qu’une étincelle pour exploser.

Seul petit bémol me concernant : les passages parfois sans transition d’un personnage à l’autre, ou d’un endroit à un autre, qui m’ont parfois déstabilisé.
Cela ne m’a pas empêché d’être emporté dans cet univers, embarqué à bord du chalutier, ou projeté durant la guerre en Afghanistan.

La mer qui prend l’homme est un roman qui nous plonge dans la noirceur la plus totale. C’est prenant, intense, angoissant et surtout cruellement et tristement crédible.
L’intrigue vous ronge comme nos héros, la folie l’emporte et le suspense est insoutenable jusqu’au bout.


Après des études de sociologie, Christian Blanchard, d'origine bretonne, a passé vingt-cinq ans au sein d'une institution publique. Il se consacre aujourd'hui à l'écriture.


LA MER QUI PREND L'HOMME  -  Christian BLANCHARD

Editions BELFOND  -  18/10/2018

dimanche 26 mai 2019

IBOGA - Christian BLANCHARD



Présentation de l’éditeur :

28 octobre 1980. Jefferson Petitbois, condamné à la peine de mort, est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes. Pour rejoindre sa cellule dans le couloir de la mort, il croise la « Louisette ».
Comme un outrage à la dignité humaine, un doigt d’honneur à la vie, la guillotine trône au milieu de la cour.
Accompagné de deux gardiens, il la frôle et sent son odeur de graisse et de limaille.
Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir…
 
Deux ans auparavant, Jefferson avait rencontré Max, son protecteur et mentor. Iboga était alors entré en lui. Iboga l’avait rendu plus puissant. Immortel. Meurtrier.
 
Une fois, Max m’a dit quelque chose que j’ai compris plus tard : Si tu commences à mentir, mec, tu seras obligé de le faire tout le temps et tu seras piégé un jour parce qu’il y aura des incohérences, des trucs qui n’iront pas ensemble. En revanche, si tu dis la vérité, tu ne seras jamais mis en défaut.
J’ai dit la vérité aux flics, avocats, juges et jurés. J’ai pris perpète et failli avoir la tête tranchée.
 
Ce livre raconte la vérité… La vérité selon Jefferson Petitbois… Un homme trop jeune pour mourir.

Que penser ?


Après avoir été maintes fois interpellé par l’enthousiasme de certains blogueurs, je me suis finalement laissé tenter par la lecture du livre de Christian Blanchard, Iboga.
Je ne m’étais pas attendu à être à ce point séduit. L’auteur nous raconte l’histoire d’un homme, le dernier ayant bénéficié de la grâce présidentielle avant l’abolition de la peine capitale. Bonheur ou malheur !? On est en droit de s’interroger lorsqu’on sait qu’il va passer sa vie derrière des barreaux. Lorsqu’on est emprisonné à 17 ans, la vie est encore très longue.

Un récit qui, dès les premières pages, va se révéler très prenant. L’auteur démontre tout son art dans le fait qu’il ait réussi à me faire ressentir une profonde empathie pour un homme qui a commis des actes horribles. Attention, ces actes ne sont pas dévoilés d’emblée et c’est, je pense, ce qui a fait que j’ai pu autant m’attacher à Jeff. Parce que je ne connaissais pas encore ses méfaits. Parce qu’on apprend à connaître l’être humain qu’il est à l’instant présent avant de savoir qui il a été. C’est très bien pensé de la part de l’auteur.

Comme le dit si bien Karine Giebel, c’est une véritable "plongée dans l’âme humaine".
Jeff, on va le voir évoluer, on va être avec lui dans sa tête. Lorsqu’il espère, lorsqu’il a de la peine, lorsque ses souvenirs refont surface. C’est avec l’arrivée de la psychologue que le travail sur lui-même, sur son passé, va commencer. Comme une sorte de journal intime, il remplira des cahiers qui lui serviront d’exutoire. Des pages qu’il va noircir avec des mots et des dessins : ses souvenirs.

Ce récit m’a perturbé dans le sens où je ne pensais pouvoir ressentir de tels sentiments pour un homme comme Jeff. Bien que je réprouve les actes commis, je ne peux me défaire de l’idée qu’il a de grosses circonstances atténuantes. Un homme qui aura subi toute sa vie, qui aura toujours été sous la houlette d’une autre personne.

Outre ses actes et son passé, on va aussi vivre avec lui son quotidien en tant que détenu. La haine de certains gardiens à travers des violences physiques mais surtout psychologiques. L’amitié aussi avec Jean, un gardien très droit et d’une bonté extraordinaire qui sera pour lui, jusqu’au bout, d’un énorme soutien. Et puis, l’arrivée de cette petite souris qui m’a fait penser à "La ligne verte".

Jusqu’au bout j’ai été tenu en haleine. On ne sait pas où l’auteur va nous mener. Jusqu’à cette fin particulièrement émouvante. Elle signifie énormément et conclut d’une très belle (même si étrange d’utiliser un tel mot dans de telles circonstances) manière l’histoire.

Tout est parfaitement maîtrisé, les faits amenés avec doigté et la psychologie profonde.



IBOGA  -  Christian BLANCHARD

BELFOND  -  25/01/2018

Format poche : POINTS  -  04/04/2019

dimanche 25 novembre 2018

UNE PRÉSENCE DANS LA NUIT - Emily Elgar


Quatrième de couverture :

Vie parfaite ou parfait mensonge ? Nouvelle venue sur la scène du suspense psychologique à l'anglaise, Emily Elgar livre un roman compulsif et émouvant, à recommander à tous les fans de Clare Mackintosh et de Fiona Barton.
Infirmière en soins intensifs, Alice Taylor le sait : séparer travail et sentiments est primordial dans son métier. Mais l'arrivée d'une nouvelle patiente fait bientôt chavirer cette ligne de conduite...
Fauchée par un automobiliste anonyme, Cassie Jensen est plongée dans un coma dont personne ne sait si elle sortira un jour. Mais alors que la famille de la jeune femme se précipite à son chevet, Alice s'interroge : pourquoi nul ne semble dévasté de chagrin ? Ignorent-ils tous la grossesse de Cassie ? Se pourrait-il qu'elle ait caché d'autres secrets à ses proches ?
De son lit, face à celui de Cassie, Frank aussi observe. Il sait que Cassie est en danger ; il connaît même l'identité du chauffard et son mobile. Pourtant, Frank ne peut rien révéler. Atteint du syndrome d'enfermement, cet homme est prisonnier de son propre corps, et seules ses paupières peuvent bouger... Mais parviendra-t-il à se faire comprendre d'Alice, avant qu'il ne soit trop tard ?



Mon avis :

Une présence dans la nuit est un thriller psychologique captivant et addictif. L’auteure met en scène trois protagonistes – une victime, un témoin, et une enquêtrice – que l’on suit en alternance au fil des chapitres.

La victime, c’est Cassie Jensen, une jeune femme enceinte, plongée dans le coma après avoir été renversée par un automobiliste. Son pronostic vital reste incertain, mais l’équipe médicale met tout en œuvre pour la maintenir en vie et faire en sorte que la grossesse arrive à terme. Cassie nous parle de son passé, de ses rapports avec sa famille et ses proches, et des événements qu’elle a vécu jusqu’à l’accident et sa perte de connaissance.

Frank aussi est hospitalisé dans la même unité de soins intensifs que Cassie. Victime d’un accident vasculaire cérébral, il est atteint du syndrome d’enfermement. Il est parfaitement conscient mais complètement paralysé. Il entend tout, et notamment certaines paroles indiscrètes prononcées au chevet de Cassie. Témoin auditif bien malgré lui de certaines révélations, comment les exprimer quand on ne peut que cligner les paupières ?

Alice Taylor est l’infirmière en chef du service de soins intensifs. Elle exerce son métier avec beaucoup de méticulosité et prend à coeur le bien-être de ses patients.
Plus souvent à leur chevet que les médecins, elle est persuadée qu’il est possible de communiquer avec Frank, et ressent un lien émotionnel avec Cassie au point de s’en inquiéter, jusqu’à l’obsession, et tenter d’élucider les circonstances de son accident.

Emily Elgar parle peu de l’enquête policière. Elle tresse et imbrique intelligemment les trois volets de cette histoire, souvent de manière émouvante, et suffisamment pour entretenir le suspense. Des événements inattendus et retournements de situations sont également présents pour dérouter le lecteur et le tenir en haleine jusqu’au bout.

Personnellement, j’ai trouvé le personnage de Frank particulièrement attachant dans son syndrome d’enfermement. L’empathie à son égard est omniprésente aussi bien quand il fait le bilan de sa vie et des erreurs qu’il a commises, que quand il s’acharne à améliorer son état. On voudrait le féliciter du moindre progrès obtenu et l’encourager à poursuivre ses efforts.

En fait, chacun des trois protagonistes principaux vit un drame. Le récit est aussi bien un drame qu’un thriller psychologique. Et c’est la combinaison des deux qui le rend passionnant et convaincant.




Diplômée en anthropologie sociale à l’université d’Édimbourg, Emily Elgar, trente-six ans, a un parcours varié : rédactrice de guides de voyage, conseillère pour les travailleuses du sexe à Londres, organisatrice de manifestations en faveur du développement durable... Une présence dans la nuit est son premier roman, très remarqué en Angleterre.



UNE PRÉSENCE DANS LA NUIT  -  Emily Elgar

BELFOND  -  Collection LE CERCLE  -  Novembre 2018

vendredi 18 mai 2018

LE PENSIONNAT DES INNOCENTES - Angela MARSONS


En pleine nuit, cinq personnes se rassemblent dans un champ. Ils se sont tous relayés pour creuser une fosse peu profonde. Ils pensaient leur plus terrible secret enterré à jamais …
Dix ans plus tard, une directrice d’école est retrouvée noyée dans sa baignoire. Peu de temps avant sa mort, elle s’était intéressée à une fouille archéologique dans un champ à côté d’une ancienne maison d’enfants, où elle avait travaillé avant qu’elle ne soit entièrement détruite par les flammes. Un second ex-employé de ce foyer est à son tour assassiné, tandis que les fouilles mettent à jour des restes humains. L’inspectrice Kim Stone et son équipe sont chargés de l’enquête. Kim, qui a connu enfant l’assistance publique, est profondément impliquée dans celle-ci. Elle commence une course contre la montre pour découvrir le lien entre les victimes actuelles et les ossements déterrés, et savoir qui connaît les secrets d’il y a dix ans, avant qu’ils ne soient tous morts.

Le marché du polar/thriller a le vent en poupe et il devient bien difficile de faire un choix parmi les nouveaux auteurs qui font leur apparition.
Le pensionnat des innocentes est le premier livre d’Angela Marsons traduit en France.
Il suit le schéma classique d’un bon roman policier : un crime est commis, une équipe d’inspecteurs est chargée de l’affaire, le lecteur se laisse surprendre par un ou deux twists, le crime est résolu, et tout le monde est heureux. Mais une différence subtile fait que ce livre se démarque des autres : l’émotion. Des tonnes et des tonnes d’émotion du fait qu’on a affaire ici à des enfants abandonnés par leurs proches, ayant survécus aux pires cas de négligence, recueillis par l’assistance publique, privés de la moindre chance de pouvoir rebondir dans la vie, et en plus trahis par des gens en qui ils accordaient leur confiance mais qui n’en avaient rien à faire.

Ces établissements s’apparentaient à des rebuts, des décharges où échouaient des gamins brisés dont personne ne voulait. Dans le meilleur des cas, ils y perdaient toute humanité et toute identité. Dans le pire des cas, ils y étaient victimes de nouveaux abus. Les mauvais traitements devenaient quelque chose de normal et, lentement, à force d’être sans cesse poussés vers le fond, ces enfants ne parvenaient plus à garder la tête hors de l’eau.

L’inspectrice Kim Stone est en quelque sorte une miraculée. Elle-même enfant de l’assistance publique, elle s’est forgée un caractère qui lui a permis de s’en sortir. Elle est une femme déterminée, qui sait exactement ce qu’elle veut et ne laisse rien lui barrer la route. Elle est froide, asociale et insensible, manquant de compétences relationnelles, mais possède une motivation à élucider ces meurtres qui s’explique par le besoin de rendre justice à ces enfants oubliés.


Ses coéquipiers sont décrits comme des professionnels. Ils sont entièrement dévoués à leur chef, même si celle-ci est dure et exigeante, et ils savent qu’ils peuvent compter sur elle en cas de besoin. Son partenaire Bryant est plus décontracté. Ils forment à eux deux une équipe qui se complète bien. Ils savent exactement ce que l’autre pense et a besoin. Les caractères individuels des membres de l’équipe sont intéressants et progressent au fil de l’histoire. Quant à l’inspecteur en chef, c’est le boss stéréotypé qui veut que tout soit fait dans les règles, mais finit par accepter l’une ou l’autre entorse surtout venant de Kim car il sait qu’elle n’a pas son pareil pour résoudre les affaires criminelles.

Quant aux personnages secondaires, ils s’intègrent parfaitement dans l’histoire à leur manière. Certains sont charmants, d’autres sont détestables. Mais tous ont leur propre rôle à jouer dans une histoire bien noire, pas facile à digérer tant le sujet – la maltraitance d’enfants abandonnés – est insupportable.
Tous tirent le lecteur à travers cette noirceur, le laissant absorbé dans la traque du meurtrier. La tension est parfaite jusqu’au dernier quart du livre où la course effrénée à la finale commence, avec bien sûr l’un ou l’autre twist qui sait nous surprendre.

Le pensionnat des innocentes est le premier tome d’une série d’enquêtes reprenant les mêmes personnages récurrents. Kim Stone a ce côté sympathique et crédible que l’on a envie de retrouver dans d’autres romans afin de découvrir d’autres facettes de son personnage.


Angela Marsons est auteur de roman policier.
Elle a travaillé comme agent de sécurité au centre commercial Merry Hill à Brierley Hill dans les Midlands de l'Ouest.
Elle est originaire de Black Country, une zone vaguement définie de l'agglomération anglaise des Midlands de l'Ouest, au nord et à l'ouest de Birmingham, où elle situe ses intrigues.
Elle est auteur d'une série de thrillers dont le personnage principal est le détective Kim Stone.
"Le pensionnat des innocentes" (Silent Scream, 2015) est son premier roman.


LE PENSIONNAT DES INNOCENTES  -  Angela MARSONS
BELFOND  -  16/05/2018

jeudi 10 mai 2018

LES BRUMES DE KEY WEST - Vanessa LAFAYE


Les brumes de Key West est à la fois un roman d’aventure, une romance, et un événement tragique tiré d’une période assez sombre de l’histoire américaine.
Vanessa Lafaye situe son récit dans les Keys de la Floride au début du 20ème siècle, et se base sur l’histoire réelle, un meurtre non résolu par le Ku Klux Klan en 1919.

1993. Key West, Floride. Quand un fonctionnaire du Ku Klux Klan est abattu en plein jour, tous les regards se tournent vers la personne qui tient l’arme : une cubaine de 96 ans qui ne dira rien sauf pour admettre sa culpabilité.

1919. La métisse Alicia Cortez arrive à Key West exilée en disgrâce de sa famille à La Havane. Dans le même temps, le héros de guerre John Morales, blessé, rentre chez lui sur le dernier navire de troupes américain en provenance d'Europe. À mesure que l'amour les rapproche en cette période de ségrégation raciale, les gens regardent, y compris Dwayne Campbell, adolescent pubère marqué par l’éducation du père, un pasteur ségrégationniste militant de la cellule locale du Ku Klux Klan.


Key West - The Bull and Whistle Bar

L’écriture fluide de Vanessa Lafaye attire instantanément. On peut sentir les odeurs pestilentielles du port, la saleté abondante, la chaleur étouffante, la verdure luxuriante, et même la tension palpable d’une ville bouillonnante de pauvreté, de corruption et de ressentiment racial. L’auteure crée des personnages imparfaits mais attachants. Alicia Cortez en particulier a une personnalité captivante et complexe.
Même si, au fil de l’histoire, on imagine assez mal son happy-end, on reste captivé par le récit, et désespéré de savoir ce qui s’est passé.

Considéré comme une histoire d’amour épique et un meurtre non résolu, je dirais que ce dernier – à la fois les événements qui l’ont précédé et l’éventuel acte de vengeance – est le véritable coeur de ce récit.
Les sections traitant du Ku Klux Klan sont convaincantes et troublantes. Dwayne, jeune homme bien intentionné, lutte pour trouver sa place dans un monde fortement influencé par son père suprématiste blanc. Dwayne est attiré par le message du Klan, présenté comme une cause juste pour le plus grand bien. Les parallèles avec l’extrémisme moderne et un certain discours politique sont forts, mais Lafaye nous laisse assez d’espace pour faire nos propres liens et jeter nos propres jugements.

Parade du Ku Klux Klan - 1920

Dwayne savait précisément ce que dirait son père : que ce n’était pas naturel, que les affaires étaient du domaine de l’homme, qu’il ne pouvait y avoir d’harmonie dans le monde que si chacun connaissait sa place et s’y tenait.

Le Klan ne hait personne, fils. Il n’incite pas à la haine. Souviens-toi bien de cela car c’est le point essentiel : le bon nègre qui sait rester à sa place et ne cherche pas à s’en éloigner n’a pas meilleur ami que le Klan. Quant aux autres, nous leur évitons la déception de voir leurs ambitions contrariées.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, c’est que le juif, comme le catholique, est de mèche avec le nègre pour causer la chute de notre nation. La religion juive n’existe que pour accaparer la richesse du monde et le catholique prête serment au pape pour protéger ses intérêts avant ceux de tous les autres.

Ce qu’il faut que tu comprennes, fils, si tu dois nous rejoindre, c’est qu’il y a la loi des hommes, la loi écrite, et puis il y a la loi morale, plus noble que tout ce que l’homme peut concevoir.

Les brumes de Key West, c’est beaucoup plus qu’une histoire d’amour épique. Vanessa Lafaye nous donne un aperçu d’une Amérique turbulente au bord de la prohibition, du retour des troupes revenant de l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale, de l’épidémie dévastatrice de la grippe espagnole, de la culture Jim Crow du Sud profond et des attitudes raciales profondément ancrées qui existent encore aujourd’hui.

On s’immerge facilement dans cette histoire à l’atmosphère tropicale et languissante.
Un livre parfait pour cet été qui approche.



Née en Floride, Vanessa Lafaye a commencé sa carrière dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, avant de se consacrer à l’écriture et au chant. Après Dans la chaleur de l’été (2016 ; Pocket, 2017), Les Brumes de Key West est son second roman publié chez Belfond. Vanessa Lafaye a disparu en février 2018.


LES BRUMES DE KEY WEST  -  Vanessa LAFAYE
BELFOND  -  19/04/2018



dimanche 11 février 2018

LA FILLE SOUS LA GLACE - Robert BRYNDZA




Lorsque le corps d’une belle jeune femme est retrouvé sous la glace dans le parc d’un musée, la police londonienne fait appel à Erika Foster, l’un de ses meilleurs éléments. Seulement voilà, elle vient tout juste de reprendre du service après la mort de son mari au cours d’une enquête qu’elle dirigeait elle-même. Elle est donc pour le moins fragile, et l’identité de la jeune femme assassinée ne va pas lui simplifier la vie, puisqu’il s’agit de la fille d’un riche industriel ayant des relations au gouvernement, une jeune fille qui ne semble pas être la fille chérie dépeinte par la famille.
Commence alors une enquête menée tambour battant, au cours de laquelle Erika devra faire face à l’hostilité de la famille, de ses supérieurs et même de certains de ses collègues. La culpabilité qu’elle ressent depuis la mort de son mari la pousse à se surpasser, pour se prouver que ce n’est pas son incapacité qui en est responsable. Sa détermination est telle qu’elle ne s’arrête pas même quand sa hiérarchie décide de lui enlever l’affaire. Andrea, la victime, ne semble pas être la seule femme tuée avec le même modus operandi, et personne ne semble avoir établi un lien entre ces différents meurtres jusqu’à présent.

La fille sous la glace est une histoire captivante, pleine de suspense, qui a retenu toute mon attention dès les premières pages. L’intrigue est efficace et bien menée, révélant progressivement des indices qui permettent de maintenir le suspense et la tension à un bon niveau.
Le style de l’auteur est fluide et bien rythmé, assurant une lecture addictive et plaisante.
Quant aux personnages, ils sont bien dépeints. La DCI Erika Foster est un personnage sympathique, intéressant, divertissant et fort, tenace et intègre, à la crédibilité sans faille. Elle vient avec une trame émotionnelle qui la motive à se surpasser pour attraper le tueur. On prend ainsi beaucoup de plaisir à la suivre.

On trouve dans ce roman tous les codes du roman policier. Ce qui est révoltant, c’est de voir à quel point l’establishment britannique parvient à peser sur l’enquête, au point de l’entraver, par une pression qui descend en cascade jusqu’aux enquêteurs que l’on somme de prendre telle ou telle voie.

La fille sous la glace est le premier livre traduit en français des enquêtes policières de la DCI Erika Foster. Robert Bryndza était connu avant cela dans un autre genre littéraire. La série Erika Foster en est déjà à son cinquième tome en version originale.
J’ai hâte de connaître la suite des enquêtes d’Erika Foster.


D’origine slovaque, Robert Bryndza a été comédien pendant sept ans avant de se lancer dans l’écriture.
Auteur de comédie romantique, "The Not So Secret Emails Of Coco Pinchard" (2012) est son premier livre. 
"La fille sous la glace" (The Girl in the Ice, 2016) est son premier polar. Traduit en 26 langues, il a séduit plus d’un million et demi de lecteurs en Angleterre et dans le monde.
Il a vécu aux États-Unis et au Canada avant de s’installer en Slovaquie avec son époux slovaque, Jan. 

son site : https://robertbryndza.com/
Twitter : https://twitter.com/robertbryndza 

LA FILLE SOUS LA GLACE  -  Robert BRYNDZA
Editions BELFOND  -  25/01/2018




mercredi 31 janvier 2018

FAUSSES PROMESSES - Linwood BARCLAY



David Harwood, journaliste à Boston, décide de retourner vivre chez ses parents, dans sa maison d’enfance à Promise Falls, afin de donner à son fils Ethan, qu’il élève seul depuis le décès de sa femme, une vie plus équilibrée et de meilleures conditions de scolarité.
Comble de malchance, le journal local qui l’emploie se déclare en faillite dès son premier jour de travail. La cohabitation avec ses parents est dès lors amenée à se prolonger.
En apportant de la nourriture de la part de sa mère à sa cousine Marla, il découvre celle-ci avec un bébé dans les bras, soi-disant amené par un ange, et des traces de sang sur la porte. Cela n’a rien de rassurant quand on sait que Marla a perdu son bébé à l’accouchement dix mois plus tôt, et qu’elle souffre de santé mentale depuis lors au point d’avoir tenté d’enlever un nourrisson dans l’hôpital local. Utilisant des informations sur la poussette, David se rend à la maison d’où est supposé provenir le nourrisson et découvre le corps de la mère mutilée dans la cuisine.

A partir de là, on se trouve embarqué dans une histoire pour le moins étrange, mais qui va petit à petit accaparer toute notre attention jusqu’à en devenir addictive .
Outre la découverte du corps, dans la même journée se produit une succession d’événements sans queue ni tête qui ont de quoi ébranler la police de cette paisible bourgade. Vingt-trois écureuils morts suspendus à une clotûre, trois mannequins dans une nacelle de grande roue d’un parc d’attraction en liquidation, un suspect présumé violeur abattu par la police privée d’une établissement scolaire. Le point commun est le nombre 23. Le nombre d’écureuils morts, le numéro sur la nacelle avec les trois mannequins peints, le numéro sur le sweat du présumé violeur. Quelle peut être sa signification ?
De nombreux personnages font aussi leur apparition dans ce roman, et leur mésaventure constitue à chaque fois une intrigue, que l’auteur fait évoluer tel un fil rouge que l’on suit tout au long de l’histoire, ou devrais-je dire tout au long de la trilogie.
Car il s’agit bien d’une trilogie que Linwood Barclay nous propose et dont Fausses promesses est le premier tome, une trilogie dont l’auteur a écrit les trois tomes sur quinze mois de temps afin de maintenir une parfaite continuité et dont la sortie littéraire de chaque tome s’est rapidement enchaînée aux Etats-Unis. J’espère d’ailleurs qu’il en sera de même chez nous afin de pouvoir aborder la suite de ce roman avec une histoire encore bien présente en mémoire.
Toutes ces histoires apparemment déconnectées sont faciles à suivre. Si le premier tome traite principalement de l’énigme du bébé volé, il y a fort à parier que les autres fils rouges se poursuivront dans la suite du récit.

Fausses promesses est un thriller intelligent et plutôt rondement mené par une plume vive et équilibrée. Les chapitres courts aident à maintenir un rythme soutenu, sans relâche. Quant aux personnages, certains suscitent l’empathie, tandis que d’autres le dégoût. L’ensemble suffit à donner cette envie de replonger au plus vite dans les mystères de Promise Falls. Qui peut bien jouer avec les nerfs de ses habitants ?



Notes sur l'auteur :
http://www.linwoodbarclay.com/ (site en anglais)
http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2009/11/06/15704766.html  (site en français)

FAUSSES PROMESSES  -  Linwood BARCLAY
Editions BELFOND (Collection BELFOND NOIR)  -  11/01/2018