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jeudi 30 mai 2019

LA MER QUI PREND L'HOMME - Christian BLANCHARD



Quatrième de couverture :

Entre la guerre d'Afghanistan et l'atlantique nord, un page-turner qui vous plonge dans la tempête des âmes et une mer rouge sang.
Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes conditions de travail – les marins du Doux Frimaire.
" Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ? " avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars…

Qu’en penser ?

Après mon coup de coeur pour Iboga, je décide de rester dans l’univers de Christian Blanchard, avec son second livre paru chez Belfond, La mer qui prend l’homme.
Il est à noter que ce livre est paru initialement en 2014 aux éditions du Palémon, sous le titre Pulsions salines, et a été finaliste dans le cadre du prix du polar francophone de Cognac 2015.

A nouveau, l’auteur nous emmène faire une plongée saisissante dans l’âme humaine, en traitant un sujet fort : le SPT (Stress Post Traumatique). Toute personne vivant une situation de stress importante (accident , attentat, guerre, …) peut développer un SPT.
Le cerveau atteint par des traumatismes psychiques va reproduire à l’identique des stimulis perçus lors de l’agression. Ces souvenirs constituent des flash-back qui provoquent des cris, des gestes de combat, un réveil en sueur, …

C’est très sombre, ça secoue, et ça, on le comprend dès le départ, dès le moment où on assiste à une opération hélitreuillée en vue du sauvetage d’un chalutier à la dérive, le Doux Frimaire, et à la découverte d’une femme complètement prostrée et terrorisée, de l’absence totale de tout autre membre d’équipage, et d’un véritable capharnaüm à bord : instruments de navigation détruits, commandes des moteurs fracassées, du sang partout …

En commençant pour ainsi dire par le final, Christian Blanchard tient le lecteur en haleine, car on imagine bien qu’on se dirige tout droit vers quelque chose de très moche.
S’ensuit alors un retour dans le passé, où l’on fait connaissance avec les principaux protagonistes : un sergent, un lieutenant, un infirmier et un aumônier, ayant tous participé au conflit afghan, des êtres devenus psychologiquement instables à cause des situations de stress qu’ils ont vécues.

Sous prétexte de réhabilitation, le lieutenant Emily Garcia les rassemble sur un chalutier, parmi un équipage aguerri à la pêche en haute mer. L’objectif est de leur en faire baver, leur faire mal, leur faire vivre les difficultés du métier de marin pêcheur. Ils doivent s’apercevoir que leur problème de stress devient alors secondaire.

L’auteur nous emmène tantôt dans ce conflit afghan, tantôt sur le chalutier, ballottés sur une mer déchaînée, où l’on ressent une violence qui ne demande qu’une étincelle pour exploser.

Seul petit bémol me concernant : les passages parfois sans transition d’un personnage à l’autre, ou d’un endroit à un autre, qui m’ont parfois déstabilisé.
Cela ne m’a pas empêché d’être emporté dans cet univers, embarqué à bord du chalutier, ou projeté durant la guerre en Afghanistan.

La mer qui prend l’homme est un roman qui nous plonge dans la noirceur la plus totale. C’est prenant, intense, angoissant et surtout cruellement et tristement crédible.
L’intrigue vous ronge comme nos héros, la folie l’emporte et le suspense est insoutenable jusqu’au bout.


Après des études de sociologie, Christian Blanchard, d'origine bretonne, a passé vingt-cinq ans au sein d'une institution publique. Il se consacre aujourd'hui à l'écriture.


LA MER QUI PREND L'HOMME  -  Christian BLANCHARD

Editions BELFOND  -  18/10/2018

dimanche 26 mai 2019

IBOGA - Christian BLANCHARD



Présentation de l’éditeur :

28 octobre 1980. Jefferson Petitbois, condamné à la peine de mort, est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes. Pour rejoindre sa cellule dans le couloir de la mort, il croise la « Louisette ».
Comme un outrage à la dignité humaine, un doigt d’honneur à la vie, la guillotine trône au milieu de la cour.
Accompagné de deux gardiens, il la frôle et sent son odeur de graisse et de limaille.
Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir…
 
Deux ans auparavant, Jefferson avait rencontré Max, son protecteur et mentor. Iboga était alors entré en lui. Iboga l’avait rendu plus puissant. Immortel. Meurtrier.
 
Une fois, Max m’a dit quelque chose que j’ai compris plus tard : Si tu commences à mentir, mec, tu seras obligé de le faire tout le temps et tu seras piégé un jour parce qu’il y aura des incohérences, des trucs qui n’iront pas ensemble. En revanche, si tu dis la vérité, tu ne seras jamais mis en défaut.
J’ai dit la vérité aux flics, avocats, juges et jurés. J’ai pris perpète et failli avoir la tête tranchée.
 
Ce livre raconte la vérité… La vérité selon Jefferson Petitbois… Un homme trop jeune pour mourir.

Que penser ?


Après avoir été maintes fois interpellé par l’enthousiasme de certains blogueurs, je me suis finalement laissé tenter par la lecture du livre de Christian Blanchard, Iboga.
Je ne m’étais pas attendu à être à ce point séduit. L’auteur nous raconte l’histoire d’un homme, le dernier ayant bénéficié de la grâce présidentielle avant l’abolition de la peine capitale. Bonheur ou malheur !? On est en droit de s’interroger lorsqu’on sait qu’il va passer sa vie derrière des barreaux. Lorsqu’on est emprisonné à 17 ans, la vie est encore très longue.

Un récit qui, dès les premières pages, va se révéler très prenant. L’auteur démontre tout son art dans le fait qu’il ait réussi à me faire ressentir une profonde empathie pour un homme qui a commis des actes horribles. Attention, ces actes ne sont pas dévoilés d’emblée et c’est, je pense, ce qui a fait que j’ai pu autant m’attacher à Jeff. Parce que je ne connaissais pas encore ses méfaits. Parce qu’on apprend à connaître l’être humain qu’il est à l’instant présent avant de savoir qui il a été. C’est très bien pensé de la part de l’auteur.

Comme le dit si bien Karine Giebel, c’est une véritable "plongée dans l’âme humaine".
Jeff, on va le voir évoluer, on va être avec lui dans sa tête. Lorsqu’il espère, lorsqu’il a de la peine, lorsque ses souvenirs refont surface. C’est avec l’arrivée de la psychologue que le travail sur lui-même, sur son passé, va commencer. Comme une sorte de journal intime, il remplira des cahiers qui lui serviront d’exutoire. Des pages qu’il va noircir avec des mots et des dessins : ses souvenirs.

Ce récit m’a perturbé dans le sens où je ne pensais pouvoir ressentir de tels sentiments pour un homme comme Jeff. Bien que je réprouve les actes commis, je ne peux me défaire de l’idée qu’il a de grosses circonstances atténuantes. Un homme qui aura subi toute sa vie, qui aura toujours été sous la houlette d’une autre personne.

Outre ses actes et son passé, on va aussi vivre avec lui son quotidien en tant que détenu. La haine de certains gardiens à travers des violences physiques mais surtout psychologiques. L’amitié aussi avec Jean, un gardien très droit et d’une bonté extraordinaire qui sera pour lui, jusqu’au bout, d’un énorme soutien. Et puis, l’arrivée de cette petite souris qui m’a fait penser à "La ligne verte".

Jusqu’au bout j’ai été tenu en haleine. On ne sait pas où l’auteur va nous mener. Jusqu’à cette fin particulièrement émouvante. Elle signifie énormément et conclut d’une très belle (même si étrange d’utiliser un tel mot dans de telles circonstances) manière l’histoire.

Tout est parfaitement maîtrisé, les faits amenés avec doigté et la psychologie profonde.



IBOGA  -  Christian BLANCHARD

BELFOND  -  25/01/2018

Format poche : POINTS  -  04/04/2019

vendredi 24 mai 2019

D'UNE MORT LENTE - Emelie SCHEPP



Quatrième de couverture :

Mis en scène dans leur propre appartement, des corps comme des poupées incomplètes, mutilés avec une précision chirurgicale. 
Justement, c’est peut-être la chirurgie qui relie les victimes entre elles. Et, plus précisément, une erreur médicale commise dans le secret d’une salle d’opération, étouffée par les années. 
Des nuits blanches attendent la police de Norrköping et la procureure Jana Berzelius. 
Mais cette dernière a d’autres cauchemars que le tueur au scalpel. 
Un homme qui la connaît depuis l’enfance. Un homme qui pourrait révéler à tous que Jana a été élevée et entraînée pour tuer. Cet homme est sa véritable menace. Et il vient juste de s’échapper. 


Mon avis :

Après Marquée à vie et Sommeil blanc, D’une mort lente est le troisième tome des aventures de la procureure Jana Berzelius, de l’auteure suédoise Emelie Schepp.
Dès le premier tome, je me suis laissé emporté par le style de l’auteure, par la personnalité, le caractère, la détermination de l’héroïne, procureure à Norrköping en Suède. Aussi est-ce avec plaisir que je me replonge dans ce troisième opus.

Cette fois, la section criminelle enquête sur des meurtres particulièrement sanglants qui hantent la ville. Parallèlement à cela, comme dans les précédents livres, Jana Berzelius doit affronter les fantômes de son passé et tenter le tout pour le tout afin que ses terribles secrets ne soient pas dévoilés à la face du monde.

Bien que les livres de cette série puissent être lus indépendamment les uns des autres, je vous conseille vraiment de suivre l’ordre chronologique, afin d’avoir une continuité dans ce fil rouge constitué du passé de Jana Berzelius. Au fil des livres, l’auteure a fait évoluer son personnage principal. On en découvre plus sur son enfance, sur tout ce qui est à l’origine de ses forces et de ses faiblesses.

Les autres protagonistes, membres de la section criminelle, évoluent aussi dans leur quotidien professionnel et leur histoire personnelle. Cela peut toutefois sembler déroutant et amener une certaine lenteur au rythme du livre. Mais rassurez-vous car dès que vous aurez cerné les personnages et vous serez habitué à l’écriture, vous finirez complètement absorbé par l’histoire. Comme tout bon thriller et polar venant du nord, Emelie Schepp a su distiller une atmosphère froide et très particulière à son histoire. L’auteure a aussi le don de faire monter le suspense crescendo et de faire de ses livres de véritables pages-turners.





Née en Suède, à Motala, Emelie Schepp appartient à la nouvelle génération d’écrivains nordiques, celle qui a succédé à des auteurs mondialement connus, comme Stieg Larsson. Après avoir remporté un prix d’Art dramatique et travaillé dans la publicité, Schepp fait des débuts très remarqués avec Marquée à vie, le premier volume de sa série « Jana Berzelius ». Déjà vendue dans 27 pays à ce jour, cette trilogie a conquis 200 000 lecteurs rien qu’en Suède.

D'UNE MORT LENTE  -  Emelie SCHEPP

HARPER COLLINS Noir  -  06 mars 2019

dimanche 6 janvier 2019

DÉMONS - Marc LAINE


Quatrième de couverture :

Lieutenant de police judiciaire à Avignon, Maxime porte sur son visage la marque du démon. Sept profondes cicatrices, de la tempe au menton, qui le font passer inaperçu parmi les voyous et lui ont laissé l'âme balafrée. Le Mal, il le connaît. Le reconnaît. D'instinct. Mais cette scène de crime dépasse de loin ses talents de chasseur. Pendu à des crocs de boucher, un homme a été proprement massacré. Le premier d'une longue série qui mènera Maxime aux portes de l'enfer. Et celles-ci ne s'ouvrent pas impunément...



Mon avis :

Maxime Delonge, jeune lieutenant de police à la brigade judiciaire d’Avignon, se voit confier une enquête après la découverte dans un entrepôt d’un cadavre atrocement mutilé. Ce meurtre va s’avérer ne pas être un cas isolé mais le début d’une série d’actes barbares. Pour l’aider dans sa tâche, on lui adjoint une nouvelle partenaire, Stéphanie, lieutenant à la SRPJ de Marseille.
A eux deux ils vont devoir traquer un tueur qui se caractérise par la sauvagerie, la bestialité de ses actes, et un message qu’il laisse pour guider les enquêteurs. Malgré cela, ils piétinent. Doivent-ils chercher un monstre ? Une créature hideuse aux griffes acérées et au corps recouvert de poils ? Ou bien n’est-ce juste qu’un individu comme vous et moi ? Folie ou vengeance ? Ils vont devoir appréhender la noirceur de l’âme humaine.



Maxime et Stéphanie, les deux héros dont nous partageons le quotidien et les émotions, sont touchants et sympathiques, deux êtres torturés aussi par leurs propres démons. Est-ce d’ailleurs pour cela que l’auteur a intitulé son livre Démons, en référence à ceux que traînent les deux flics et au tueur lui-même ?

Maxime a connu une expérience bouleversante étant jeune, un traumatisme qui a fortement influencé le reste de sa vie. Il l’a marqué au fer rouge, laissant une trace indélébile sur son caractère, sa façon d’être. Il en résulte que Max est un jeune homme très sombre, sans cesse tourmenté par ses démons intérieurs.

L'intrigue est super bien menée. Le récit est précis et rythmé et le côté très psychologique de l'enquête est pour moi un plus dans cet ouvrage. Même si j'ai trouvé le démarrage un peu long, j'ai passé un très bon moment de lecture, ponctué de frissons devant la noirceur des actes criminels perpétrés, mais aussi avec beaucoup d'impatience pour découvrir le fin mot de l'histoire. Final d'ailleurs surprenant à souhait…




Marc Laine est lauréat du Prix VSD du polar 2016 et coup de cœur de Franck Thilliez pour son livre Démons. Sa carrière de gendarme l'aide à s'essayer à sa plus grande passion, l'écriture, et plus particulièrement vers un genre qui a baigné son parcours professionnel : le polar. Après Démons, il s'essaye à un nouveau genre avec une saga fantastique: Les Éphulones. Il vient de publier son deuxième polar, Flambeau, la suite des aventures du lieutenant Maxime Delonge.



DÉMONS  -  Marc LAINE

Editions LES NOUVEAUX AUTEURS  -   Juin 2016

Format poche : Editions POCKET  -  Juillet 2018

mardi 20 novembre 2018

RITUELS - Ellison COOPER


Quatrième de couverture :

Spécialiste des neurosciences, Sayer Atair travaille pour le FBI. Elle mène des études sur les tueurs en série, afin de déceler d’éventuelles prédispositions biologiques à la violence. Déroutée par une scène de crime très particulière, sa hiérarchie fait appel à elle. On vient de retrouver dans une maison abandonnée de Washington le corps d’une jeune fille enfermée dans une cage. Si l’autopsie ne discerne aucun signe de sévices sexuels, la victime a subi de nombreuses injections d’une drogue hallucinogène très particulière, utilisée lors des cérémonies rituelles par les chamans d’Amazonie. On a également retrouvé sur les lieux la photo d’une autre jeune fille, enfermée ailleurs dans les mêmes conditions, ainsi qu’un film où figurent d’étranges symboles mayas. Bientôt, c’est entre les catacombes et les sous-sols de la ville que l’enquête va se concentrer, sur la piste d’un tueur aussi étrange qu’insaisissable.

Mon avis :

Rituels est le premier roman d’Ellison Cooper, avec lequel elle entame une série dont le personnage principal est Sayer Altair, spécialiste en neurosciences, que l’on va donc découvrir au fil des pages. C’est un personnage aux multiples facettes qui arrive à séparer le travail de ses émotions, malgré la tournure que prend l’enquête, les jeunes filles séquestrées, et la charge émotionnelle que cela implique.

L’histoire est bien menée, la plume est dynamique. L’enquête puise sa force dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. L’auteure a su créer des personnages attachants auxquels nous pouvons presque nous identifier, des personnages humains, avec une histoire, une vie pour chacun. Leurs douleurs, leurs paradoxes sont si bien contés que j’ai eu l’impression d’être membre à part entière de l’équipe d’enquêteurs. C’est comme ça qu’on reconnaît un bon roman non ? A sa capacité à nous entraîner dans l’histoire…

La fin bien sûr est surprenante, moi qui pensais avoir trouvé le coupable, je suis finalement tombé des nues aux dernières pages. On a l’habitude des tueurs en série aux airs démoniaques ce qui les rend peut-être plus facile à repérer. Mais parfois, celui que l’on cherche porte les habits de l’ange. Je vous défie de comprendre les rouages du cerveau du criminel avant la toute fin du livre !




Spécialiste d’archéologie, de religions et de neurosciences, Ellison Cooper est titulaire d’un doctorat en anthropologie à l’Université de Californie à Los Angeles. Diplômée à la Georgetown Law School, elle a travaillé comme enquêtrice pour les affaires criminelles à Washington. Auteur des nouvelles, « Rituels » est son premier roman. Ellison Cooper vit dans la région de la baie de San Francisco avec son mari et son fils.


RITUELS  -  Ellison COOPER

CHERCHE MIDI  -  Octobre 2018

lundi 12 novembre 2018

OMBILICAL - Alexandra DESNIER


Quatrième de couverture :

Encore ce flot écarlate qui venait la sortir de son sommeil. Tamara avait le sentiment que ses cauchemars sanglants étaient le reflet de l’amnésie survenue l’année de ses seize ans. Elle redoutait de pousser les portes de son inconscient, il lui était plus simple de se réfugier dans celui des tueurs qu’elle profilait. Elle parvenait viscéralement à se fondre en eux, à comprendre et interpréter leur mécanisme de pensée intrinsèque. Elle n’avait pas envisagé qu’une simple enquête puisse ouvrir les tréfonds de son âme, lui révélant l’inimaginable. En pistant ce tueur, c’est sa propre quête qu’elle allait poursuivre…nul n’en ressortira indemne…

Mon avis :

Des corps de femmes sont retrouvés sans vie. La mise en scène est répétitive. Chaque victime tient dans ses mains une boîte à musique rouge contenant son propre coeur.
A chaque fois, le même modus operandi : le tueur curarise sa victime avec la dose suffisante pour la paralyser tout en la maintenant consciente afin qu’elle puisse assister à sa propre mort.
Pourquoi une telle haine, un tel besoin de vengeance incommensurable pour choisir d’ôter la vie d’une façon aussi perverse ?

Tamara, criminologue reconnue, va user de son intuition et de son empathie pour profiler et appréhender le tueur. Qui mieux qu’elle est à même de percevoir les différentes failles humaines, elle qui a vécu une enfance difficile, marquée par le suicide de son père, la domination d’une mère castratrice, et une amnésie s’étalant sur quasiment une année entière.
L’enquête de Tamara va aussi lui permettre de replonger dans son passé. Son cerveau l’avait protégée en créant une amnésie lacunaire. Il est temps de faire toute la lumière sur cette période occultée.

Alexandra Desnier nous tient parfaitement en haleine en exploitant deux suspenses, nous intéressant tantôt à l’enquête et à la poursuite du tueur en série, tantôt à la découverte du passé de Tamara. Les deux histoires vont petit à petit s’imbriquer pour n’en faire qu’une, au suspense insoutenable et aux nombreux rebondissements.
C’est aussi l’occasion de nous faire réfléchir sur les conséquences d’un abandon maternel et d’une enfance maltraitée sur le développement psychologique et le comportement d’un individu.

L’aspect psychologique des principaux protagonistes est intéressant. Dommage que le roman soit aussi court (120 pages en version numérique) car quand on plonge aussi facilement dans l’histoire, on aimerait y rester un peu plus longtemps.

Un thriller glaçant, court mais rondement mené par une plume vive et équilibrée.



Alexandra Desnier a depuis bien longtemps exploré le côté cathartique de l’écriture. C’est une passion qui l’anime et l’accompagne depuis toujours, comme une présence subtile qui vous libère. 
Son attrait pour la psychologie et les méandres de l’inconscient confère à ses écrits leur singularité, une écriture sombre au service de personnages torturés.
(Source : Amazon.fr)


OMBILICAL  -  Alexandra DESNIER

EIVLYS Editions  -  Septembre 2017

dimanche 11 novembre 2018

L'ARRACHEUR D'OMBRES - François AVISSE


Quatrième de couverture :

Décembre 1564. Ivan le Terrible, tsar de toutes les Russies, quitte brusquement Moscou. Trois jours plus tard, il revient, métamorphosé en tortionnaire monstrueux. Seuls les cris, les larmes et la vue du sang semblent pouvoir satisfaire sa soif d’abomination. Londres, de nos jours. Clara Villiers est la plus brillante médecin légiste de sa génération. Ce n'est donc pas un hasard si Interpol fait appel à elle pour participer à la traque du « Méticuleux », un monstrueux tueur en série. Le seul objectif du meurtrier semble être de faire souffrir ses victimes le plus longtemps possible. L’enquête entraîne la jeune scientifique aux confins des terres russes, dans le lieu même où, près de 450 ans plus tôt, sévissait Ivan le Terrible. C'est là que Clara va devoir affronter l'origine de toutes les peurs...

Mon avis :

L’arracheur d’ombres, premier roman de François Avisse, est une fiction que l’on peut classer à la fois dans les catégories thriller, fantastique et historique.
Bien que ce ne soit pas mon style de lecture habituel, je dois bien reconnaître que je suis rentré facilement dans une histoire qu’il m’a été ensuite impossible de lâcher. J’avais l’impression de me replonger dans les aventures de Aloysius Pendergast, personnage principal des romans de Douglas Preston et Lincoln Child, par ce mélange de suspense et de surnaturel, dont j’ai lu quelques aventures par le passé.

François Avisse applique les clichés du genre pour maintenir le lecteur en immersion : un rythme intense, une action omniprésente sans temps mort, et des rebondissements. Le style est agréable, le texte bien abouti, sans fautes d’orthographe ni de syntaxe pouvant être choquantes comme c’est parfois le cas chez les auteurs indépendants.

Je regrette par contre le manque de développement psychologique des personnages qui aurait pu être plus abouti, suscitant ainsi plus d’empathie et d’attachement chez le lecteur, en particulier pour le personnage principal, Clara Villiers, dont je n’ai pas l’impression de connaître grand-chose.

Mais outre cela, je ne peux que souligner le côté captivant d’une histoire qui peut impressionner par l’atrocité des crimes commis par un tueur surnommé "Le Méticuleux", un tueur qui pousse l’expertise dans l’art de la souffrance.

Bref, un thriller bien noir et angoissant !




François Avisse est scénariste. Après avoir enseigné l’informatique à Shangaï puis dans des maisons d’arrêt à Rouen, il anime aujourd’hui des ateliers d’audio-visuel. Il signe avec L’arracheur d’ombres un premier roman à l’écriture forte et au suspense implacable. Le second opus des aventures de Clara Villiers vient de sortir aux Editions Savoise.



L'ARRACHEUR D'OMBRES  -  François AVISSE

Editions TERRA NOVA  (CITY Editions)  -  Octobre 2017

dimanche 28 octobre 2018

LE MAL EN SOI - Antonio LANZETTA


Quatrième de couverture :

Automne 2016. Castellacio, petit bourg du Sud de l'Italie. Le cadavre d'une jeune fille est retrouvé pendu par les poignets avec du fil barbelé aux branches d'un saule. Sa tête décapitée gît entre les racines, ses yeux vitreux fixent Damiano Valente. Valente, c'est le Chacal, un écrivain à succès de « true crime », hanté par le passé et condamné à traîner sa jambe brisée. Depuis trente et un an, il traque sans relâche le meurtrier de Claudia, sa meilleure amie sauvagement assassinée au cours de l'été 1985. Aidé de son ami le commissaire De Vivo, il se lance sur les traces de celui que la presse a baptisé « l'homme du saule ».

Été 1985. Castellaccio, Flavio, jeune orphelin originaire de Turin, débarque chez son grand-père après la mort de sa mère. Rien n'est gagné d'avance avec cet homme bourru. En compagnie de ses nouveaux amis Stefano, Claudia, Damiano et du brave Jack, énorme chien au pelage noir, Flavio découvre l'insouciance, l'amour, la vie loin de Turin, dans la magnifique région du Cilento, à quelques coups de pédales de la mer et de la montagne. Et si le bonheur était à portée de main ? C'est oublier un peu vite que le mal n'est jamais loin...

Le Mal en soi, c'est le mal qui habite le tueur en série qui sévit à Castellaccio, mais c'est aussi celui qui torture les héros, c'est le destin qui frappe et c'est cette noirceur qui palpite en chacun de nous. Le Mal en soi, c'est aussi le mal qui imprègne le village de Castellaccio depuis trente et un ans, et peut-être depuis bien plus longtemps...

Mon avis :

Dès les premières lignes, on sait qu’on va être happés par l’histoire. L’auteur nous emmène sur un chemin sombre, brutal et relativement choquant, selon l’image qu’on réussit à se faire de la scène. D’entrée de jeu on est ainsi face à l’horreur du crime perpétré. L’histoire devient rapidement addictive car on veut savoir qui a tué cette jeune fille. Pourquoi elle ? Pourquoi là ? On veut comprendre le lien entre celle-ci et Claudia assassinée 31 ans plus tôt. La volonté de savoir nous pousse à tourner les pages et à nous laisser happer par cette sombre histoire.

Son style est direct, percutant, et fort. Les mots employés sont réfléchis et précis. Ils nous plongent dans l’horreur de la découverte et nous font vibrer d’émotions. Il sait jouer avec nos sentiments, et il va nous le prouver tout le long de son roman.

C’est fluide, et très franchement c’est hyper addictif ! L’alternance passé et présent à quasiment chaque chapitre nous permet de faire les liens entre le meurtre de Claudia en 1985 et celui de l’autre jeune fille en 2016. On s’y retrouve avec les personnages, surtout avec celui de Damiano, qu’on apprend à apprécier jeune et adulte. On sent que tout est parallèle et l’auteur nous fait monter la tension sur les deux époques. Au fur et à mesure que l’on avance vers le jour du meurtre de Claudia, on avance dans l’enquête actuelle. Le parallèle entre les deux est intense et très logique. On sent que tout est relié, et ça c’est dû au rythme imposé par les deux époques.

Une excellente lecture selon moi, où le personnage de Damiano restera marqué longtemps dans mon esprit.
Une histoire addictive et sombre qui a de quoi faire frissonner.




Écrivain, musicien, chroniqueur littéraire, né en Italie en 1981. influencé par ses lectures de Mark Twain, Joe Lansdale, Stephen King et Jo Nesbø, surnommé le "Stephen King italien", Antonio Lanzetta fait partie du renouveau qui s’amorce dans la littérature de son pays. Il alterne les points de vue et les époques avec beaucoup de rythme et un sens affûté de l’intrigue pour mieux semer le doute au cœur d’une Italie rurale, profonde, tour à tour cuite par le soleil et détrempée par la pluie – l’Italie du Sud, où il a grandi et vit aujourd'hui. 


LE MAL EN SOI  -  Antonio LANZETTA

EDITIONS BRAGELONNE  -  03/2018








samedi 22 septembre 2018

LES LOUPS À LEUR PORTE - Jérémy FEL


Quatrième de couverture :

Une maison qui brûle à l'horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu'il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un« diner» perdu en plein milieu de l'Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu'elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu'est-ce ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret inavoué les lie ? Jérémy Fel nous livre ici un grand puzzle feuilletonesque à l'atmosphère énigmatique et troublante entre «Twin Peaks», Stephen King et Joyce Carol Oates. Un premier roman magistral qui mène, de rebondissement en rebondissement, à explorer le mal sous toutes ses facettes.

Mon avis :

Il a fallu que soit publié le second roman de Jérémy Fel pour que je me décide enfin à lire son premier Les loups à leur porte. Pourquoi ne me suis-je pas décidé plus tôt ?

D’emblée j’ai eu l’impression de me plonger dans un roman noir américain, genre que j’affectionne particulièrement. Par contre, dans un deuxième temps, alors que j’abordais le second chapitre, j’ai eu le sentiment de lire un recueil de nouvelles, ce qui m’a un peu refroidi, préférant rentrer dans une histoire unique avec des personnages auxquels on peut s’attacher. Malgré cela, marqué par cette première histoire, par l’ambiance poisseuse et glauque à souhait, j’ai continué ma lecture, annotant quelques noms et quelques mots clés au fil des histoires, me doutant bien qu’il y aurait un lien entre tout cela.


Jérémy Fel joue avec son lecteur. Il nous fait passer d’un endroit à l’autre, d’un continent à l’autre, d’un personnage à l’autre. Et ce n’est pas nécessairement celui qui semblait être le personnage central du récit, mais un autre qu’on y a croisé, qu’on va retrouver ultérieurement. J’admire les gens qui ont cette mémoire des personnages et qui arrivent à se retrouver facilement dans un roman choral. Ce n’est pas vraiment mon cas. Mes annotations n’ont pas toujours suffi. C’est alors que j’apprécie la fonction recherche de ma liseuse, qui me permet de resituer facilement l’endroit où un tel est apparu.

Les loups à leur porte est un roman très sombre, un ensemble d’histoires qui se rejoignent en un motif unique et d’où s’échappe un même cri : celui de la peur, de la douleur et du danger, celui des loups dont le hurlement glace le sang. L’auteur décrit des scènes où les protagonistes se retrouvent face à des sociopathes violents et cruels, qui excitent les peurs profondes, les terreurs d’enfance et les angoisses viscérales.
Le moindre rayon de soleil est rapidement éclipsé par un autre drame, à tel point qu’on s’attend à une fin apocalyptique. La vengeance exercée par certains personnages est d’une précision mécanique et machiavélique. C’est une forme particulière de justice où il s’agit moins de réparer les torts que de frapper plus fort que son adversaire.

Belle réussite pour un premier roman. J’espère trouver autant de plaisir dans la lecture du second roman de Jérémy Fel.


Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. 
C'est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu'il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.


LES LOUPS À LEUR PORTE  -  Jérémy FEL

Editions PAYOT & RIVAGES : 2015
RIVAGES poche : 10/2016