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jeudi 30 mai 2019

LA MER QUI PREND L'HOMME - Christian BLANCHARD



Quatrième de couverture :

Entre la guerre d'Afghanistan et l'atlantique nord, un page-turner qui vous plonge dans la tempête des âmes et une mer rouge sang.
Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes conditions de travail – les marins du Doux Frimaire.
" Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ? " avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars…

Qu’en penser ?

Après mon coup de coeur pour Iboga, je décide de rester dans l’univers de Christian Blanchard, avec son second livre paru chez Belfond, La mer qui prend l’homme.
Il est à noter que ce livre est paru initialement en 2014 aux éditions du Palémon, sous le titre Pulsions salines, et a été finaliste dans le cadre du prix du polar francophone de Cognac 2015.

A nouveau, l’auteur nous emmène faire une plongée saisissante dans l’âme humaine, en traitant un sujet fort : le SPT (Stress Post Traumatique). Toute personne vivant une situation de stress importante (accident , attentat, guerre, …) peut développer un SPT.
Le cerveau atteint par des traumatismes psychiques va reproduire à l’identique des stimulis perçus lors de l’agression. Ces souvenirs constituent des flash-back qui provoquent des cris, des gestes de combat, un réveil en sueur, …

C’est très sombre, ça secoue, et ça, on le comprend dès le départ, dès le moment où on assiste à une opération hélitreuillée en vue du sauvetage d’un chalutier à la dérive, le Doux Frimaire, et à la découverte d’une femme complètement prostrée et terrorisée, de l’absence totale de tout autre membre d’équipage, et d’un véritable capharnaüm à bord : instruments de navigation détruits, commandes des moteurs fracassées, du sang partout …

En commençant pour ainsi dire par le final, Christian Blanchard tient le lecteur en haleine, car on imagine bien qu’on se dirige tout droit vers quelque chose de très moche.
S’ensuit alors un retour dans le passé, où l’on fait connaissance avec les principaux protagonistes : un sergent, un lieutenant, un infirmier et un aumônier, ayant tous participé au conflit afghan, des êtres devenus psychologiquement instables à cause des situations de stress qu’ils ont vécues.

Sous prétexte de réhabilitation, le lieutenant Emily Garcia les rassemble sur un chalutier, parmi un équipage aguerri à la pêche en haute mer. L’objectif est de leur en faire baver, leur faire mal, leur faire vivre les difficultés du métier de marin pêcheur. Ils doivent s’apercevoir que leur problème de stress devient alors secondaire.

L’auteur nous emmène tantôt dans ce conflit afghan, tantôt sur le chalutier, ballottés sur une mer déchaînée, où l’on ressent une violence qui ne demande qu’une étincelle pour exploser.

Seul petit bémol me concernant : les passages parfois sans transition d’un personnage à l’autre, ou d’un endroit à un autre, qui m’ont parfois déstabilisé.
Cela ne m’a pas empêché d’être emporté dans cet univers, embarqué à bord du chalutier, ou projeté durant la guerre en Afghanistan.

La mer qui prend l’homme est un roman qui nous plonge dans la noirceur la plus totale. C’est prenant, intense, angoissant et surtout cruellement et tristement crédible.
L’intrigue vous ronge comme nos héros, la folie l’emporte et le suspense est insoutenable jusqu’au bout.


Après des études de sociologie, Christian Blanchard, d'origine bretonne, a passé vingt-cinq ans au sein d'une institution publique. Il se consacre aujourd'hui à l'écriture.


LA MER QUI PREND L'HOMME  -  Christian BLANCHARD

Editions BELFOND  -  18/10/2018

dimanche 26 mai 2019

IBOGA - Christian BLANCHARD



Présentation de l’éditeur :

28 octobre 1980. Jefferson Petitbois, condamné à la peine de mort, est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes. Pour rejoindre sa cellule dans le couloir de la mort, il croise la « Louisette ».
Comme un outrage à la dignité humaine, un doigt d’honneur à la vie, la guillotine trône au milieu de la cour.
Accompagné de deux gardiens, il la frôle et sent son odeur de graisse et de limaille.
Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir…
 
Deux ans auparavant, Jefferson avait rencontré Max, son protecteur et mentor. Iboga était alors entré en lui. Iboga l’avait rendu plus puissant. Immortel. Meurtrier.
 
Une fois, Max m’a dit quelque chose que j’ai compris plus tard : Si tu commences à mentir, mec, tu seras obligé de le faire tout le temps et tu seras piégé un jour parce qu’il y aura des incohérences, des trucs qui n’iront pas ensemble. En revanche, si tu dis la vérité, tu ne seras jamais mis en défaut.
J’ai dit la vérité aux flics, avocats, juges et jurés. J’ai pris perpète et failli avoir la tête tranchée.
 
Ce livre raconte la vérité… La vérité selon Jefferson Petitbois… Un homme trop jeune pour mourir.

Que penser ?


Après avoir été maintes fois interpellé par l’enthousiasme de certains blogueurs, je me suis finalement laissé tenter par la lecture du livre de Christian Blanchard, Iboga.
Je ne m’étais pas attendu à être à ce point séduit. L’auteur nous raconte l’histoire d’un homme, le dernier ayant bénéficié de la grâce présidentielle avant l’abolition de la peine capitale. Bonheur ou malheur !? On est en droit de s’interroger lorsqu’on sait qu’il va passer sa vie derrière des barreaux. Lorsqu’on est emprisonné à 17 ans, la vie est encore très longue.

Un récit qui, dès les premières pages, va se révéler très prenant. L’auteur démontre tout son art dans le fait qu’il ait réussi à me faire ressentir une profonde empathie pour un homme qui a commis des actes horribles. Attention, ces actes ne sont pas dévoilés d’emblée et c’est, je pense, ce qui a fait que j’ai pu autant m’attacher à Jeff. Parce que je ne connaissais pas encore ses méfaits. Parce qu’on apprend à connaître l’être humain qu’il est à l’instant présent avant de savoir qui il a été. C’est très bien pensé de la part de l’auteur.

Comme le dit si bien Karine Giebel, c’est une véritable "plongée dans l’âme humaine".
Jeff, on va le voir évoluer, on va être avec lui dans sa tête. Lorsqu’il espère, lorsqu’il a de la peine, lorsque ses souvenirs refont surface. C’est avec l’arrivée de la psychologue que le travail sur lui-même, sur son passé, va commencer. Comme une sorte de journal intime, il remplira des cahiers qui lui serviront d’exutoire. Des pages qu’il va noircir avec des mots et des dessins : ses souvenirs.

Ce récit m’a perturbé dans le sens où je ne pensais pouvoir ressentir de tels sentiments pour un homme comme Jeff. Bien que je réprouve les actes commis, je ne peux me défaire de l’idée qu’il a de grosses circonstances atténuantes. Un homme qui aura subi toute sa vie, qui aura toujours été sous la houlette d’une autre personne.

Outre ses actes et son passé, on va aussi vivre avec lui son quotidien en tant que détenu. La haine de certains gardiens à travers des violences physiques mais surtout psychologiques. L’amitié aussi avec Jean, un gardien très droit et d’une bonté extraordinaire qui sera pour lui, jusqu’au bout, d’un énorme soutien. Et puis, l’arrivée de cette petite souris qui m’a fait penser à "La ligne verte".

Jusqu’au bout j’ai été tenu en haleine. On ne sait pas où l’auteur va nous mener. Jusqu’à cette fin particulièrement émouvante. Elle signifie énormément et conclut d’une très belle (même si étrange d’utiliser un tel mot dans de telles circonstances) manière l’histoire.

Tout est parfaitement maîtrisé, les faits amenés avec doigté et la psychologie profonde.



IBOGA  -  Christian BLANCHARD

BELFOND  -  25/01/2018

Format poche : POINTS  -  04/04/2019

vendredi 26 avril 2019

TANGERINE - Christine MANGAN



Résumé :

Tanger, 1956. Alice Shipley n’y arrive pas.
Cette violence palpable, ces rues surpeuplées, cette chaleur constante  : à croire que la ville la rejette, lui veut du mal.
L’arrivée de son ancienne colocataire, Lucy, transforme son quotidien mortifère. Ses journées ne se résument plus à attendre le retour de son mari, John. Son amie lui donne la force d’affronter la ville, de sortir de son isolement.
Puis advient ce glissement, lent, insidieux. La joie des retrouvailles fait place à une sensation d’étouffement, à la certitude d’être observée. La bienveillance de Lucy, sa propre lucidité, tout semble soudain si fragile... surtout quand John disparaît.
Avec une Tanger envoûtante et sombre comme toile de fond, des personnages obsessionnels apprennent à leurs dépens la définition du mot 
doute.



Mon avis :

Nous sommes en 1956, à Tanger, où Alice Shipley vit avec son mari. Alice a pourtant bien du mal à se familiariser à cette ville grouillante et son atmosphère surchauffée. Pourtant c’est là qu’elle tente d’oublier un horrible incident, survenu en fin du cursus au Bennington College, et qui a changé le cours de sa vie. Mais une visite inattendue de Lucy Mason, sa camarade de chambre à l’université qui a été témoin de l’événement, risque bien de bouleverser cette quiétude. Face à son ancienne amie, Alice est en proie à une profonde incertitude. Peut-elle faire confiance à Lucy ? Celle-ci ne risque-t-elle pas de dévoiler la vérité ?

Les chapitres alternent les points de vue des deux principales protagonistes, qui évoquent chacune à tour de rôle leur passé, leur rencontre, et font allusion à ce fameux incident dont on ignore tout, si ce n’est qu’il est la cause de leur relation troublante et de l’atmosphère hitchcockienne du récit. Bien que le dialogue soit aigu et mordant, c’est le non-dit qui frappe le plus. La tension règne sous la surface et la vérité se cache entre les lignes.

Malheureusement, l’autrice joue aussi peu avec les tensions qu’un chat obèse avec sa souris. Le récit souffre d’apathie et les personnages manquent d’empathie.

La perspective narrative est tout aussi frustrante. Les chapitres alternent entre la perspective à la première personne d’Alice et de Lucy. Bien que les deux femmes soient très différentes – Alice calme et tremblante, Lucy rusée et indépendante – rien ne distingue leur voix narrative l’une de l’autre. A plusieurs reprises je me suis demandé qui était la narratrice du chapitre en cours de lecture.

Un bandeau accrocheur semble établir un parallèle entre Tangerine et les livres de Gillian Flynn. Pour moi la comparaison est tout simplement risible. Ce livre ne reflète en aucune manière la tension à bout de souffle et les intrigues habilement tissées trouvées dans les romans de Gillian Flynn.

Heureusement un certain élan est retrouvé dans le dernier quart du livre, pour mener les lecteurs à une conclusion qui séduira les uns et irritera les autres.




Christine Mangan est diplômée de l’University College de Dublin, où elle a rédigé une thèse sur la littérature gothique du xviiie siècle, et de l’Université du Sud du Maine, où elle a suivi un Master d’écriture. Tangerine est son premier roman.


TANGERINE  -  Christine MANGAN

HARPER COLLINS  -  02/05/2019

samedi 29 décembre 2018

LE JOURNAL DE MA DISPARITION - Camilla GREBE


Mon avis :

Après l'excellent moment de lecture avec Un cri sous la glace que vous pouvez désormais retrouver en format poche, je me suis lancé dans ce nouvel opus dans lequel j'ai retrouvé avec plaisir Hanne.

L'enquête ici va se dérouler différemment puisque Hanne va être retrouvée totalement désorientée dans une forêt, alors que Peter reste introuvable.

La question qui va se poser va être celle de savoir ce qu'il s'est passé dans cette forêt, où est passé Peter et c'est notamment grâce au journal d'Hanne, récupéré par un adolescent, que l'on va petit à petit découvrir ce qui se déroule à Ormberg, une petite ville suédoise qui est un personnage à elle seule.

Il va y avoir de nouveaux policiers et notamment Malin qui fera équipe avec Hanne pour tenter de retrouver Peter et savoir ce qui se passe dans cette bourgade et démêler les secrets qui lient les habitants.

Autant vous dire que j'ai passé un super moment de lecture avec ce suspense qui m’a maintenu en haleine
tout au long du livre. Non seulement on suit avec intérêt l’évolution de l’enquête, mais on se focalise aussi sur Peter dont on a perdu la trace. On veut savoir coûte que coûte où il est et ce qu'il est advenu de lui. On craint le pire mais on n'ose pas non plus l'envisager. On garde espoir et l'auteure fait tout pour entretenir le suspense jusqu'aux dernières lignes.

Le journal que l'on va lire à travers les yeux de Jake est aussi très prenant et stressant. On se pose pas mal de questions sur cet adolescent qui a des penchants un peu particuliers mais auquel on s'attache très rapidement.

On continue à voir évoluer la maladie de Hanne et là encore cela nous fait nous poser beaucoup d'interrogations. Les pertes de mémoire d'Hanne sont de plus en plus importantes et s'attache à cela une certaine agressivité... Alors... on cogite... tout le temps...

Même si j'ai trouvé que le rythme était plus lent que dans son précédent roman, cela ne m'a pas du tout dérangé.

On entre dans une ville dans laquelle tout le monde se connaît depuis des générations et voir que finalement tout le monde s'épie fait froid dans le dos.

Le journal de ma disparition m'a beaucoup plu mais de façon très différente d'avec Un cri sous la glace. Là où l'action était vraiment prépondérante dans le premier, le second sera surtout basé sur la pression psychologique des personnages face à ce qu'ils découvrent sur eux-mêmes et leur entourage.

Camilla Grebe a certes mené une intrigue bien ficelée avec une écriture toujours aussi addictive, cette fois-ci elle nous accroche avec un rythme plus lent mais ô combien passionnant.

En bref, si vous avez aimé 
Un cri sous la glace, vous n'aurez aucun mal à apprécier ce nouveau roman qui diffère un peu mais qui est tout aussi prenant. Quant à ceux qui ne connaissent pas encore cette auteure suédoise, je ne peux que vous la conseiller. Je suis plutôt difficile avec les auteurs des pays nordiques mais avec Camilla Grebe, j'ai accroché tout de suite et j'en suis ravi.




Camilla Grebe est déjà célèbre en Suède pour sa série de polars écrite avec sa soeur. Un cri sous la glace, son premier livre en solo, paru en 2017 aux éditions Calmann-Lévy, a connu un très beau succès dès sa sortie tout en devenant un phénomène mondial.


LE JOURNAL DE MA DISPARITION  -  Camilla GREBE

CALMANN-LEVY  -  Mars 2018

lundi 17 décembre 2018

LES ILLUSIONS - Jane ROBINS


Quatrième de couverture :

Jusqu'où peut-on s'immiscer dans la vie de ses proches ?
Callie a toujours vécu dans l'ombre de sa sœur, Tilda, à qui tout réussit. Celle-ci est actrice et forme un couple heureux avec Felix, un riche banquier, alors que Callie vit seule et végète dans la librairie où elle travaille. Si elle admire toujours autant sa sœur, elle ne peut néanmoins s'empêcher de penser que quelque chose se cache sous ce vernis de perfection. Tilda ne serait-elle pas sous l'emprise de Felix, dont les comportements obsessionnels sont de plus en plus inquiétants ? Ou bien Callie se fait-elle des illusions ? N'est-ce pas plutôt elle qui a un problème avec la réussite de Tilda ? Lorsque Felix décède d'une crise cardiaque, les relations entre les deux sœurs prennent un tour complètement inattendu.

La jalousie, la culpabilité, le remords... dans ce roman au suspense hitchcockien, Jane Robins joue sur tous les registres des liens familiaux. D'une étonnante acuité psychologique, elle dessine des personnages à l'humanité poignante, jusque dans leurs familles et leurs excès, pris dans une intrigue où il est impossible jusqu'à la fin de démêler le vrai du faux.


Mon avis :

Tilda et Callie sont sœurs jumelles. Callie a ce besoin viscéral de toujours veiller sur sa sœur. Lors d’une soirée cinéma avec « l’inconnu du Nord-Express » de Hitchcock, Tilda présente Félix à sa sœur. Si au départ Callie est contente pour sa sœur, elle commence à douter au vu du comportement de Tilda au fil des semaines. Quand elle aperçoit des bleus sur les bras de Tilda, Callie devient plus que jamais déterminée à protéger sa sœur et commence à effectuer des recherches internet sur les histoires d’amour passionnelles. Sur internet, elle tombe sur un site Tyrandomestique.com, sur lequel elle trouve la description même de Felix. Callie est désormais certaine que Tilda est en danger. Elle ne la voit presque plus, Tilda ne répond plus à ses messages, on dirait même qu’elle n’accepte plus aucun script alors que sa carrière d’actrice avait bien commencé. 

Je ne vais pas en dire plus. Tout le livre va se consacrer à cette « enquête » que mène Callie, personnage principal du roman et narratrice, sur sa sœur Tilda et Félix. 
Imagine un peu que tu as un membre de ta famille qui t’inquiète. Tu tombes comme Callie sur un site internet qui te décrit ce que tu crains le plus. Tu t’attardes sur le site en question, tu fais connaissance avec d’autres utilisateurs avec qui tu te lies d’amitié et qui t’aide à surmonter tes craintes. Comme tu es assez influençable, crédule et pessimiste, ce que tu lis ou ce que l’on te raconte te persuade que c’est la seule possibilité, la seule chose à faire pour sauver cette personne.
Tu as là Callie et ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit depuis sa rencontre avec Félix dont elle se méfie vraiment beaucoup. 
Callie est une jeune femme à la Bridget Jones. Libraire, célibataire, avec un peu d’embonpoint. Elle préfère être seule, a tendance à s’effacer pour laisser place aux autres. Autour d’elle ne gravitent que sa sœur Tilda, sa mère et sa patronne Daphné.
Tilda est tout l’opposé de sa sœur : exubérante, aimant être le centre de l’attention. Déjà enfant, c’était la dominante des deux. Callie n’est pas jalouse de sa sœur au contraire elle l’admire, la trouve tellement belle et parfaite. Elle a toujours gravité autour. Un papillon attiré par la lumière et qui ne peut s’empêcher de s’en approcher quitte à se brûler les ailes.
Jane Robins écrit son livre en entier à partir du point de vue de Callie dans un récit à la première personne.  C’est un style d’écriture que j’aime beaucoup, car tu t’identifies plus facilement au personnage.  Le style propulse naturellement l’histoire d’une manière rapide et pleine de suspense.
Les pages défilent à toute allure. C’est un roman qui se lit très vite. Tu découvres les indices en même temps que Callie, et même si c’est elle qui enquête sur cette situation troublante entre Tilda et Félix, tu assimiles ces preuves et tu entres toi aussi dans l’enquête. Tu deviens méfiant, paranoïaque, et pas seulement sur Félix !
Jane Robins prend le temps de développer la psychologie de ses personnages lentement.  Aucun n’est vraiment sympathique. Même Callie a des comportements étranges qui peuvent influer sur tes ressentiments à son égard. Des questions tu vas t’en poser de plus en plus. Est-ce que Félix est vraiment dangereux ou est-ce Callie qui est folle ? Et ces Belle et Scarlett ? L’auteure prend beaucoup de temps pour travailler ses protagonistes. Tous ensemble ils sont sombres. Tous ont un côté déviant ou étrange. Grâce à ce procédé qui va jouer avec tes propres peurs, tu lis de plus en plus vite ; plus tu lis plus l’ambiance devient glauque. Tu sais que quelque chose de grave va arriver, mais à qui ? Comment ? Quand ? 
Tous les personnages du livre sont intéressants, excentriques et savamment dessinés. Ils forment un ensemble hétéroclite, mais qui marche parfaitement. 
Jane Robins t’entraîne dans les méandres du thriller psychologique. Le sentiment de malaise grandissant se transforme en une paranoïa totale. A partir de 160 pages, tu en viens à te demander si tu peux faire confiance à qui que ce soit dans ce roman. 
Tu vas établir des suppositions, tu seras peut-être comme moi sur la bonne piste, mais cela n’enlèvera rien à ton plaisir de lecture. Tu vas vouloir arriver à la fin et connaître le dénouement. Jane Robins va te donner peu d’indices. Il n’y a pas énormément d’action. C’est même décrit tout en lenteur, avec une atmosphère de doute, des moments lugubres, et surtout, une psychologie fine et ciselée des personnages (surtout de Callie et Tilda) qui remplit parfaitement son rôle pour te rendre accro à ta lecture.
Tu ne vas pas lire un roman sur les relations amoureuses toxiques. Les illusions est vraiment une étude sur les relations entre sœurs jumelles. Quelle est la personnalité dominante, pourquoi ? Comment se sent la seconde dans ce duo qui a toujours fasciné et continue à fasciner ? Callie et Tilda ont vraiment une relation étrange entre elles. Lorsque des personnages du livre décèdent, ton envie de comprendre va monter d’un cran. J’ai mis mes suppositions en doute. J’ai soupçonné d’autres personnages. Vient alors cette fin, impossible à deviner, en tout cas pas dans son entièreté. J’ai eu un soupçon, c’est vrai, mais je me suis quand même fait duper. Un final choquant, plausible et écrit de manière intelligente.

En bref :


Si tu aimes les jeux d’esprit sinueux avec des personnages étranges et sombres, je pense que tu aimeras lire Les illusions.  C’est une étude psychologique sur les relations toxiques qui ne sont pas toujours celles que l’on pense comprendre de prime abord. C’est finement travaillé et intelligemment amené. Tu vas plonger dans la paranoïa de Callie et même si aucun des personnages ne va te paraître sympathique, l’ambiance à la Hitchcock va rendre ce roman encore plus délectable.
Ce n’est pas le meilleur que j’ai pu lire, mais un bon roman psychologique qui va faire travailler tes méninges et te faire remettre en doute tout ce que tu penses. 

Jane Robins a débuté sa carrière comme journaliste dans les années 1980, travaillant pour des médias reconnus tels que The Economist, The Independentet la BBC. Habituée à couvrir l’actualité étrangère et politique (en Inde et en Asie du Sud-Est), elle devient, à son retour en Grande Bretagne, animatrice radio puis, à partir de 2006, écrivaine. Elle commence par publier des essais historiques avant de se lancer dans le thriller. Jane Robins a récemment été distinguée comme Membre de la Royal Literary Fund.
LES ILLUSIONS  -  Jane ROBINS
SONATINE  -  04/10/2018

dimanche 25 novembre 2018

UNE PRÉSENCE DANS LA NUIT - Emily Elgar


Quatrième de couverture :

Vie parfaite ou parfait mensonge ? Nouvelle venue sur la scène du suspense psychologique à l'anglaise, Emily Elgar livre un roman compulsif et émouvant, à recommander à tous les fans de Clare Mackintosh et de Fiona Barton.
Infirmière en soins intensifs, Alice Taylor le sait : séparer travail et sentiments est primordial dans son métier. Mais l'arrivée d'une nouvelle patiente fait bientôt chavirer cette ligne de conduite...
Fauchée par un automobiliste anonyme, Cassie Jensen est plongée dans un coma dont personne ne sait si elle sortira un jour. Mais alors que la famille de la jeune femme se précipite à son chevet, Alice s'interroge : pourquoi nul ne semble dévasté de chagrin ? Ignorent-ils tous la grossesse de Cassie ? Se pourrait-il qu'elle ait caché d'autres secrets à ses proches ?
De son lit, face à celui de Cassie, Frank aussi observe. Il sait que Cassie est en danger ; il connaît même l'identité du chauffard et son mobile. Pourtant, Frank ne peut rien révéler. Atteint du syndrome d'enfermement, cet homme est prisonnier de son propre corps, et seules ses paupières peuvent bouger... Mais parviendra-t-il à se faire comprendre d'Alice, avant qu'il ne soit trop tard ?



Mon avis :

Une présence dans la nuit est un thriller psychologique captivant et addictif. L’auteure met en scène trois protagonistes – une victime, un témoin, et une enquêtrice – que l’on suit en alternance au fil des chapitres.

La victime, c’est Cassie Jensen, une jeune femme enceinte, plongée dans le coma après avoir été renversée par un automobiliste. Son pronostic vital reste incertain, mais l’équipe médicale met tout en œuvre pour la maintenir en vie et faire en sorte que la grossesse arrive à terme. Cassie nous parle de son passé, de ses rapports avec sa famille et ses proches, et des événements qu’elle a vécu jusqu’à l’accident et sa perte de connaissance.

Frank aussi est hospitalisé dans la même unité de soins intensifs que Cassie. Victime d’un accident vasculaire cérébral, il est atteint du syndrome d’enfermement. Il est parfaitement conscient mais complètement paralysé. Il entend tout, et notamment certaines paroles indiscrètes prononcées au chevet de Cassie. Témoin auditif bien malgré lui de certaines révélations, comment les exprimer quand on ne peut que cligner les paupières ?

Alice Taylor est l’infirmière en chef du service de soins intensifs. Elle exerce son métier avec beaucoup de méticulosité et prend à coeur le bien-être de ses patients.
Plus souvent à leur chevet que les médecins, elle est persuadée qu’il est possible de communiquer avec Frank, et ressent un lien émotionnel avec Cassie au point de s’en inquiéter, jusqu’à l’obsession, et tenter d’élucider les circonstances de son accident.

Emily Elgar parle peu de l’enquête policière. Elle tresse et imbrique intelligemment les trois volets de cette histoire, souvent de manière émouvante, et suffisamment pour entretenir le suspense. Des événements inattendus et retournements de situations sont également présents pour dérouter le lecteur et le tenir en haleine jusqu’au bout.

Personnellement, j’ai trouvé le personnage de Frank particulièrement attachant dans son syndrome d’enfermement. L’empathie à son égard est omniprésente aussi bien quand il fait le bilan de sa vie et des erreurs qu’il a commises, que quand il s’acharne à améliorer son état. On voudrait le féliciter du moindre progrès obtenu et l’encourager à poursuivre ses efforts.

En fait, chacun des trois protagonistes principaux vit un drame. Le récit est aussi bien un drame qu’un thriller psychologique. Et c’est la combinaison des deux qui le rend passionnant et convaincant.




Diplômée en anthropologie sociale à l’université d’Édimbourg, Emily Elgar, trente-six ans, a un parcours varié : rédactrice de guides de voyage, conseillère pour les travailleuses du sexe à Londres, organisatrice de manifestations en faveur du développement durable... Une présence dans la nuit est son premier roman, très remarqué en Angleterre.



UNE PRÉSENCE DANS LA NUIT  -  Emily Elgar

BELFOND  -  Collection LE CERCLE  -  Novembre 2018

dimanche 14 octobre 2018

HELENA - Jérémy FEL


Quatrième de couverture :

Kansas, un été plus chaud qu'à l'ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l'Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l'ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s'échappent d'une cave. Des rêves de gloire naissent, d'autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l'équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu'en l'infligeant à d'autres... Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d'où ils tenteront par tous les moyens de s'extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena... Jusqu'où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu'ils commettent l'irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

Mon avis :

Tout juste sorti de l’univers très sombre de Jérémy Fel avec son premier roman, Les loups à leur porte, je replonge avec délectation dans son second ouvrage, tout aussi glauque et violent, Helena.

Dès les premiers chapitres, je retrouve l’écriture fluide et le style directe et efficace de l’auteur. Le mal est présent dès le départ en la personne de Tommy, psychopathe en plein devenir qui se repaît pour l’instant du sang chaud des animaux qu’il sacrifie, mais dont les pensées obsessionnelles vont vers cette fille, Tessa Wilkins.
Comme dans Les loups à leur porte, les personnages sont présentés à un moment donné de leur existence, chaque tranche de vie constituant une histoire bien différente de la précédente. Et puis, petit à petit, ces histoires vont se rejoindre en un motif unique d’où s’échappent des cris de peur et de douleur. On sent le danger sous-jacent qui s’apprête à exciter nos angoisses viscérales.

Si on retrouve dans ce livre le même univers et la même intensité que dans son premier roman, j’ai par contre moins apprécié les personnages, tour à tour victimes et bourreaux, anges et démons, vis-à-vis desquels j’ai ressenti tantôt de l’empathie et de la compassion, tantôt condamnant leur attitude les menant à la pire des violences.
Jérémy Fel amène une réflexion sur la question du mal. Doit-on accepter une violence gratuite en réponse à un traumatisme subi ? Existe-t-il une loi à l’amour d’une mère pour son enfant ?
Helena est un roman étouffant d’une violence ahurissante, d’une noirceur abyssale.


Faute de m’attacher aux personnages, et confronté par moment à des longueurs, j’ai parfois eu du mal à poursuivre ma lecture dans un livre de 700 pages que je trouvais alors interminable.
Est-ce l’envie de connaître l’épilogue de l’histoire qui l’a emporté, ou celle de savoir qui est cette Helena, que l’on s’attend à être l’héroïne phare du livre, mais dont l’auteur ne parle jamais, si ce n’est à la fin !


HELENA  -  Jérémy FEL

Editions RIVAGES  -  22/08/2018

mardi 18 septembre 2018

LE POISON DE LA VÉRITÉ - Kathleen BARBER


PLUS DANGEREUSE QUE LE MENSONGE... LA VÉRITÉ
Josie et Caleb filent le parfait amour à New York. Ce que Caleb ignore, c'est que Josie a changé d'identité quelques années auparavant. Elle avait 15 ans et vivait dans l'Illinois lorsque sa vie a basculé. Son père a été abattu d'une balle en pleine tête dans leur maison. Lanie, sa sœur jumelle, a assisté à la scène et a accusé Warren, leur jeune voisin, condamné à perpétuité.
Alors quand Josie découvre avec stupeur qu'un podcast écrit par la journaliste Poppy Parnell, et suivi par des millions d'Américains, reprend l'enquête, dans le but d'innocenter Warren, elle prend peur. Car ce podcast pourrait bien remettre toute sa vie en question. Et révéler une vérité que Josie n'est peut-être pas prête à entendre. 

Mon avis :

Bien que ce soit encore peu répandu chez nous, on observe de l’autre côté de l’Atlantique un phénomène de société qui consiste à réexaminer un dossier judiciaire pour savoir si un accusé a été condamné à une juste peine. Des enquêtes sont ainsi reprises par des journalistes d’investigations et diffusées sous forme de reportages ou de podcasts visibles sur internet et suscitant des débats, des interrogations et des débats dont sont férus les Américains. La question généralement oubliée est la suivante : qu’en est-il des familles ? Que peuvent-elles ressentir à l’évocation de ces faits qui ont dû bouleverser leur vie ?

Dans son livre Le Poison de la Vérité, Kathleen Barber évoque ce problème. Il s’agit bien sûr d’une fiction dans laquelle le lecteur suit le personnage de Josie Buhrman, forcée de revivre le meurtre de son père suite à la diffusion d’un podcast populaire mettant en cause le verdict du tribunal et l’emprisonnement du présumé coupable.
L’auteur invite le lecteur à se plonger dans cette affaire et à éprouver un véritable sentiment d’empathie pour Josie et sa famille, qui deviennent tous des suspects de meurtre, jetés au public à cause du podcast.

Tout bien considéré, les preuves étaient maigres et circonstancielles, et le dossier de l’accusation reposait presque entièrement sur le témoignage de la fille adolescente de la victime, qui avait changé deux fois de version dans les trente premières minutes de ses déclarations à la police. Avait-elle été en état de choc, comme le ministère public l’a soutenu lors du procès ? Ou a-t-elle menti sciemment ?
Il faut dire aussi que l’accusé était un gosse malingre aux épaules voûtées et couvert d’acné, entièrement vêtu de noir, ses cheveux filasses teints en noir. C’était le genre d’adolescent que la plupart d’entre nous préfèrent éviter en changeant de trottoir.

Le roman de Barber est absolument génial et totalement unique. On y trouve quantités d’anecdotes et de témoignages. Ces informations ont de l’importance, parce que, cumulées, elles donnent une image de l’état d’esprit des principaux intervenants. On est même en droit de se demander si leurs réputations ne sont pas simplement des illusions et des préjugés. La vérité les concernant est bien plus compliquée que nous ne le pensons. Le lecteur devient lui-même détective en essayant de reconstituer la vérité du point de vue de Josie et du point de vue de ceux qui suivent le podcast, puisque le livre comprend même un forum de discussion où les fans du podcast écrivent leurs dernières réflexions. Le lecteur est ainsi amené à développer de nouvelles théories sur le coupable de l’assassinat de Mr Buhrman.

Pour un premier livre, Kathleen Barber réussit un thriller psychologique captivant et original, avec une fin surprenante !




Kathleen Barber a été juriste dans la finance à Chicago et à New York. Elle a publié de nombreuses nouvelles dans de prestigieuses revues américaines avant d’écrire ce premier roman.


LE POISON DE LA VÉRITÉ  -  Kathleen BARBER

Editions MICHEL LAFON  -  03/05/2018