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vendredi 3 mai 2019

L'EMPREINTE - Alexandria MARZANO-LESNEVICH



Présentation de l’éditeur :

Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l'épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n'aura alors cesse d'enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. 

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l'autobiographie et du journalisme d'investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d'éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l'on imagine. Aussi troublant que déchirant. 

Qu’en penser ?

Parmi les choses insoutenables que l’on refuse particulièrement de s’imposer dans un roman, il y a l’assassinat d’un enfant. C’est pourtant non seulement le point de départ, l’élément central, mais aussi la tentative d’achèvement de ce roman.
L’empreinte est un roman complexe, très particulier, inclassable. Un récit d’une humanité profonde, à la fois roman noir, enquête journalistique criminelle et autobiographie. Un titre qui sonne tellement juste, comme l’empreinte profonde qu’il laisse sur le lecteur, l’empreinte des blessures du passé sur nos vies.

En juin 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich a 25 ans. Elle est étudiante en droit à Harvard et commence un stage dans un cabinet de défense de la peine de mort à La Nouvelle Orléans. Elle se retrouve face à une affaire qui va changer le cours de sa vie, celle du meurtre du petit Jeremy, 6 ans assassiné en Louisiane en 1992, par Rick Langley. Ce dernier est un prédateur sexuel récidiviste qui échappe à la chaise électrique.

Bien qu’étant opposée à la peine de mort, Marzano s’étonne de sa réaction viscérale. Au fond de ses tripes, elle souhaite la mort de Langley. La descente dans la psyché et les mécanismes du tueur d’enfants éveillent, chez elle, l’écho de sa propre histoire. Celle d’avoir été abusée sexuellement par son grand-père lorsqu’elle était enfant. Ce sont alors les fils narratifs qui s’entremêlent, deux investigations sur dix ans de réflexion. L’un, documentaire, l’autre, autobiographique. L’auteure entraîne le lecteur dans sa réflexion sur des sujets dérangeants. La culpabilité, l’inceste, la peine de mort, la vengeance, le pardon, la résilience, le poids du silence et ses conséquences, les blessures qui se transmettent de générations en générations, la complexité de l’amour, le sentiment d’appartenance, la trahison.

Un roman bouleversant, dérangeant, que l’on referme la gorge nouée.

"J’ai toujours cru que c’étaient les mots de Lorilei* qui avaient incité le jury à épargner la vie de Ricky. Mais la vérité est plus complexe : elle ne lui pardonne pas, mais elle ne veut pas sa mort."
(* Lorilei = mère du petit Jeremy)

"Tous les documents que j’ai consultés m’ont permis d’imaginer Ricky, d’imaginer sa famille, de commencer à éprouver une certaine empathie à son égard. Je ne peux pas ne pas savoir – je ne peux pas ne pas affronter – ce qu’il a fait."

"Je commence à comprendre que je ne crois pas au fond que le fait que je sois contre la peine de mort – ou celui que d’autres soient pour – puisse se ramener à la raison. Il s’agit toujours de la même conviction simple, fondamentale : celle que chaque individu est une personne, quoi qu’il ait pu faire, et que prendre une vie humaine est mal."




Alexandria Marzano-Lesnevich est la fille de deux avocats. À l’instar de ses parents, elle a fait des études de droit avant de s'en détourner pour des raisons qui nourrissent son oeuvre.
Alexandria Marzano-Lesnevich est l’autrice de L’Empreinte, salué par la critique, notamment par The Guardian. Amazon a désigné L’Empreinte comme un des meilleurs livres de 2017.
Ce premier récit littéraire lui vaut de remporter le prix du livre étranger JDD / France Inter 2019, le Chautauqua Prize ainsi que le Lambda Literary Award for Lesbian Memoir en 2018. Elle a également reçu un Rona Jaffe Award en 2010 (un prix qui récompense chaque année des autrices débutantes) ainsi que plusieurs bourses et résidences d'artistes. 
Passionnée par l’écriture et le journalisme, elle a contribué à des journaux prestigieux tels que The New York Times ou Oxford American. Alexandria Marzano-Lesnevich a collaboré avec d’autres autrices pour proposer une anthologie intitulée Waveform: Twenty-First-Century Essays by Women célébrant le rôle des femmes essayistes dans la littérature contemporaine.
Alexandria Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine et enseigne la littérature.




L'EMPREINTE  -  Alexandria MARZANO-LESNEVICH

SONATINE  -  10/01/2019

lundi 17 décembre 2018

LES ILLUSIONS - Jane ROBINS


Quatrième de couverture :

Jusqu'où peut-on s'immiscer dans la vie de ses proches ?
Callie a toujours vécu dans l'ombre de sa sœur, Tilda, à qui tout réussit. Celle-ci est actrice et forme un couple heureux avec Felix, un riche banquier, alors que Callie vit seule et végète dans la librairie où elle travaille. Si elle admire toujours autant sa sœur, elle ne peut néanmoins s'empêcher de penser que quelque chose se cache sous ce vernis de perfection. Tilda ne serait-elle pas sous l'emprise de Felix, dont les comportements obsessionnels sont de plus en plus inquiétants ? Ou bien Callie se fait-elle des illusions ? N'est-ce pas plutôt elle qui a un problème avec la réussite de Tilda ? Lorsque Felix décède d'une crise cardiaque, les relations entre les deux sœurs prennent un tour complètement inattendu.

La jalousie, la culpabilité, le remords... dans ce roman au suspense hitchcockien, Jane Robins joue sur tous les registres des liens familiaux. D'une étonnante acuité psychologique, elle dessine des personnages à l'humanité poignante, jusque dans leurs familles et leurs excès, pris dans une intrigue où il est impossible jusqu'à la fin de démêler le vrai du faux.


Mon avis :

Tilda et Callie sont sœurs jumelles. Callie a ce besoin viscéral de toujours veiller sur sa sœur. Lors d’une soirée cinéma avec « l’inconnu du Nord-Express » de Hitchcock, Tilda présente Félix à sa sœur. Si au départ Callie est contente pour sa sœur, elle commence à douter au vu du comportement de Tilda au fil des semaines. Quand elle aperçoit des bleus sur les bras de Tilda, Callie devient plus que jamais déterminée à protéger sa sœur et commence à effectuer des recherches internet sur les histoires d’amour passionnelles. Sur internet, elle tombe sur un site Tyrandomestique.com, sur lequel elle trouve la description même de Felix. Callie est désormais certaine que Tilda est en danger. Elle ne la voit presque plus, Tilda ne répond plus à ses messages, on dirait même qu’elle n’accepte plus aucun script alors que sa carrière d’actrice avait bien commencé. 

Je ne vais pas en dire plus. Tout le livre va se consacrer à cette « enquête » que mène Callie, personnage principal du roman et narratrice, sur sa sœur Tilda et Félix. 
Imagine un peu que tu as un membre de ta famille qui t’inquiète. Tu tombes comme Callie sur un site internet qui te décrit ce que tu crains le plus. Tu t’attardes sur le site en question, tu fais connaissance avec d’autres utilisateurs avec qui tu te lies d’amitié et qui t’aide à surmonter tes craintes. Comme tu es assez influençable, crédule et pessimiste, ce que tu lis ou ce que l’on te raconte te persuade que c’est la seule possibilité, la seule chose à faire pour sauver cette personne.
Tu as là Callie et ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit depuis sa rencontre avec Félix dont elle se méfie vraiment beaucoup. 
Callie est une jeune femme à la Bridget Jones. Libraire, célibataire, avec un peu d’embonpoint. Elle préfère être seule, a tendance à s’effacer pour laisser place aux autres. Autour d’elle ne gravitent que sa sœur Tilda, sa mère et sa patronne Daphné.
Tilda est tout l’opposé de sa sœur : exubérante, aimant être le centre de l’attention. Déjà enfant, c’était la dominante des deux. Callie n’est pas jalouse de sa sœur au contraire elle l’admire, la trouve tellement belle et parfaite. Elle a toujours gravité autour. Un papillon attiré par la lumière et qui ne peut s’empêcher de s’en approcher quitte à se brûler les ailes.
Jane Robins écrit son livre en entier à partir du point de vue de Callie dans un récit à la première personne.  C’est un style d’écriture que j’aime beaucoup, car tu t’identifies plus facilement au personnage.  Le style propulse naturellement l’histoire d’une manière rapide et pleine de suspense.
Les pages défilent à toute allure. C’est un roman qui se lit très vite. Tu découvres les indices en même temps que Callie, et même si c’est elle qui enquête sur cette situation troublante entre Tilda et Félix, tu assimiles ces preuves et tu entres toi aussi dans l’enquête. Tu deviens méfiant, paranoïaque, et pas seulement sur Félix !
Jane Robins prend le temps de développer la psychologie de ses personnages lentement.  Aucun n’est vraiment sympathique. Même Callie a des comportements étranges qui peuvent influer sur tes ressentiments à son égard. Des questions tu vas t’en poser de plus en plus. Est-ce que Félix est vraiment dangereux ou est-ce Callie qui est folle ? Et ces Belle et Scarlett ? L’auteure prend beaucoup de temps pour travailler ses protagonistes. Tous ensemble ils sont sombres. Tous ont un côté déviant ou étrange. Grâce à ce procédé qui va jouer avec tes propres peurs, tu lis de plus en plus vite ; plus tu lis plus l’ambiance devient glauque. Tu sais que quelque chose de grave va arriver, mais à qui ? Comment ? Quand ? 
Tous les personnages du livre sont intéressants, excentriques et savamment dessinés. Ils forment un ensemble hétéroclite, mais qui marche parfaitement. 
Jane Robins t’entraîne dans les méandres du thriller psychologique. Le sentiment de malaise grandissant se transforme en une paranoïa totale. A partir de 160 pages, tu en viens à te demander si tu peux faire confiance à qui que ce soit dans ce roman. 
Tu vas établir des suppositions, tu seras peut-être comme moi sur la bonne piste, mais cela n’enlèvera rien à ton plaisir de lecture. Tu vas vouloir arriver à la fin et connaître le dénouement. Jane Robins va te donner peu d’indices. Il n’y a pas énormément d’action. C’est même décrit tout en lenteur, avec une atmosphère de doute, des moments lugubres, et surtout, une psychologie fine et ciselée des personnages (surtout de Callie et Tilda) qui remplit parfaitement son rôle pour te rendre accro à ta lecture.
Tu ne vas pas lire un roman sur les relations amoureuses toxiques. Les illusions est vraiment une étude sur les relations entre sœurs jumelles. Quelle est la personnalité dominante, pourquoi ? Comment se sent la seconde dans ce duo qui a toujours fasciné et continue à fasciner ? Callie et Tilda ont vraiment une relation étrange entre elles. Lorsque des personnages du livre décèdent, ton envie de comprendre va monter d’un cran. J’ai mis mes suppositions en doute. J’ai soupçonné d’autres personnages. Vient alors cette fin, impossible à deviner, en tout cas pas dans son entièreté. J’ai eu un soupçon, c’est vrai, mais je me suis quand même fait duper. Un final choquant, plausible et écrit de manière intelligente.

En bref :


Si tu aimes les jeux d’esprit sinueux avec des personnages étranges et sombres, je pense que tu aimeras lire Les illusions.  C’est une étude psychologique sur les relations toxiques qui ne sont pas toujours celles que l’on pense comprendre de prime abord. C’est finement travaillé et intelligemment amené. Tu vas plonger dans la paranoïa de Callie et même si aucun des personnages ne va te paraître sympathique, l’ambiance à la Hitchcock va rendre ce roman encore plus délectable.
Ce n’est pas le meilleur que j’ai pu lire, mais un bon roman psychologique qui va faire travailler tes méninges et te faire remettre en doute tout ce que tu penses. 

Jane Robins a débuté sa carrière comme journaliste dans les années 1980, travaillant pour des médias reconnus tels que The Economist, The Independentet la BBC. Habituée à couvrir l’actualité étrangère et politique (en Inde et en Asie du Sud-Est), elle devient, à son retour en Grande Bretagne, animatrice radio puis, à partir de 2006, écrivaine. Elle commence par publier des essais historiques avant de se lancer dans le thriller. Jane Robins a récemment été distinguée comme Membre de la Royal Literary Fund.
LES ILLUSIONS  -  Jane ROBINS
SONATINE  -  04/10/2018

mardi 31 juillet 2018

TOUT CE QU'ON NE S'EST JAMAIS DIT - Celeste NG


Quatrième de couverture :

1977, Ohio. Lydia Lee, seize ans, est une élève et une fille modèle. Elle est le grand espoir de son père, d'origine chinoise, qui projette sur elle ses rêves d'intégration, et de sa mère qui espère à travers elle accomplir ses ambitions professionnelles déçues. Mais à quoi rêve Lydia en secret ? Lorsque la police découvre son corps au fond d'un lac, la famille Lee, en apparence si soudée, va affronter ses secrets les mieux gardés, car plus rien ne sera pareil. La disparition de Lydia vire soudainement à l'autopsie familiale. Connaît-on jamais vraiment ses proches ?

Mon avis :

 Avec ce premier roman, Celeste Ng s’impose d’emblée comme un auteur à suivre. Tout ce que je ne vous ai jamais dit est un thriller littéraire qui fait abstraction du moindre serial killer. Tous commence par une fille disparue, un lac, un bad boy local qui fut l’un des derniers à la voir mais ne dit pas ce qu’il sait. On est en 1977, dans une ville tranquille et entièrement américaine de l’Ohio, où tout le monde se connaît, et où rien de tel ne s’est jamais produit auparavant.

Suivre la famille Lee, c’est suivre l’histoire d’une Amérique des petites villes dans les années 60-70, suivre une histoire terrible, une histoire d’enfermement, au travers des destins des cinq personnages qui composent la famille.

Pas vraiment de suspense dans ce livre puisqu’on sait d’emblée que Lydia est morte. Tout le roman est la subtile construction du mécanisme implacable qui a conduit à cette fin. Chacun va devoir affronter ses secrets, ses espoirs déçus, ses frustrations, ses haines et sa culpabilité. Le mystère est pourquoi ils ne peuvent se parler, ou dire à la police ce qu’ils croient être derrière cette disparition.

 La frustration du père est liée à ses origines chinoises. Non seulement il a épousé une belle blonde américaine, mais il est aussi professeur d’université. Cela ne l’empêche pas d’être persuadé qu’il ne mérite pas totalement sa place et sa famille, souffrant en permanence de n’avoir aucun ami.

Dans chaque restaurant les serveuses avaient observé son père, puis sa mère, puis Lydia et Nath et Hannah, et Lydia avait su, même enfant, qu’ils ne reviendraient jamais. Depuis, il a donné des cours chaque été, comme pour éviter de soulever la question des vacances en famille.

Les enfants d’origine métisse peinent souvent à trouver leur place. « Si elle avait été blanche, si j’avais été blanc, … elle se serait intégrée. Déménager n’aurait pas suffi ; il le comprend désormais. Ça aurait été la même chose partout.

Souviens-toi juste de ce qui compte vraiment. Être sociable. Être populaire. S’intégrer. Vous n’avez pas envie de sourire ? Et alors ? Forcez-vous. Ne critiquez pas, ne condamnez pas, ne vous plaignez pas.

Maryline, la mère, s’en veut de n’être pas allée au bout de ses ambitions – devenir médecin – mais d’avoir écouté sa mère qui voyait en elle une parfaite femme au foyer qui s’occupe de la maison et prépare de bons petits plats pour son mari. Aussi reporte-t-elle sur Lydia la réalisation de ses espoirs déçus.

Dans son esprit, Marilyn déroulait l’avenir de Lydia comme un long fil doré, certaine que c’était celui que sa fille voulait également : Lydia en talons hauts et en blouse blanche, un stéthoscope autour du cou ; Lydia penchée au-dessus d’une table d’opération, un cercle d’hommes s’émerveillant de son habilité. Chaque jour, ça semblait de plus en plus possible.

Toute sa vie elle avait entendu le coeur de sa mère marteler un unique mot : médecin, médecin, médecin. Elle le désirait tellement, Lydia le savait, qu’elle n’avait plus besoin de le prononcer. Il était toujours là. Lydia ne pouvait s’imaginer un autre avenir, une autre vie. C’était comme essayer d’imaginer un autre monde où le soleil tournerait autour de la lune, ou bien où l’air n’existerait pas.


La prison d’Hannah, la cadette, c’est le grenier où elle dort, l’absence totale d’attention et d’amour de parents entièrement focalisés sur les deux aînés.

Elle n’a jamais osé s’asseoir aussi près de Nath jusqu’alors ; lui, Lydia, leur père et leur mère sont trop prompts à l’ignorer ou à la repousser. « Hannah, je suis occupé. Je suis en train de faire quelque chose. Laisse-moi tranquille. »

Ils avaient installé sa chambre dans le grenier, où l’on conservait les choses dont on ne voulait pas, et même à mesure qu’elle grandissait, chacun d’entre eux oubliait, de façon fugace, qu’elle existait.

La prison de Lydia et Nath – le frère aîné – ce sont non seulement leurs parents qui projettent sur eux leurs frustrations et leurs imposent leurs désirs refoulés, mais aussi les autres élèves pour lesquels ils sont et restent des chinois, des métis, et rien d’autre.

Un jour, elle avait déjà commencé à sentir à quel point il serait difficile d’hériter des rêves de leurs parents. A quel point leur amour serait étouffant.

Ng a structuré son livre afin que nous passions des théories de la famille Lee à la propre histoire de Lydia, et à ce qui a conduit à sa disparition et à sa mort, et nous mener vers une conclusion finale dévastatrice. On comprend les raisons des uns et des autres, comment chaque bonne intention ne fait qu’accroître l’enfer familial. La famille est finalement bourreau sans le vouloir, et victime d’une société qui a bien l’intention de faire du mal.
Une histoire bouleversante. Un roman fin et subtil.


Celeste Ng est une romancière et nouvelliste, née à Pittsburgh, Pennsylvanie, en 1980.
Originaires de Hong Kong, ses parents se sont installés aux États-Unis à la fin des années soixante. Son père, physicien, a travaillé au Glenn Research Center et sa mère, chimiste, a enseigné à l'Université d'État de Cleveland.
Celeste obtient un BA d'anglais à l'Université Harvard en 2002, puis un MFA en écriture à l'Université du Michigan.
Son premier roman, "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" (Everything I Never Told You, 2014) a été récompensé aux USA par le Alex Award et le Massachusetts Book Award en 2015, et en France par le Prix Relay des Voyageurs - Lecteurs 2016.
Celeste Ng vit à Cambridge, dans le Massachusetts, avec son mari et son fils. 

Source : Babelio.com


TOUT CE QU'ON NE S'EST JAMAIS DIT  -  Celeste NG
SONATINE 2016
POCKET 2017


jeudi 7 décembre 2017

NE FAIS CONFIANCE A PERSONNE - Paul CLEAVE

Son nom est Jerry Grey, il est auteur de romans policiers, et rien de tout ça n’est réel, rien de tout ça n’est réel. Sang sur les mains de Jerry.
Son nom est Henry Cutter, il est auteur de romans policiers, et rien de tout ça n’est réel, même lui n’est pas réel, il est le produit de l’imagination de Jerry Grey, qui se sert de lui pour gagner de l’argent, pour raconter des histoires. Du sang sur la chemise de Jerry.
Son nom est Jerry Henry, il souffre de démence et ceci est un rêve de démence, une crise de démence, et rien de tout ça n’est réel, il est dans une maison de santé et tout va bien. Mais ce n’est pas la maison de santé. Ce n’est pas sa maison. Rien ne va bien.
Son nom est Jerry Grey. Il est perdu. Il est confus. Tout ça semble peut-être réel, mais ça ne l’est pas. C’est le livre qu’il a écrit. Il est à l’intérieur des pages, et bientôt quelqu’un le sauvera.


Ne fais confiance à personne est l’histoire du romancier Jerry Gray qui a été diagnostiqué à l’âge de 49 ans avec la maladie d’Alzheimer. Sous le pseudonyme de Henry Cutter, Jerry a déjà écrit 12 livres, des thrillers mettant en scène des tueurs psychopathes et des actes sadiques de cruauté et de torture, et est apprécié par un grand nombre de lecteurs.

Le début du livre correspond à l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Comme on pouvait s’y attendre, cela commence par des aberrations dans le comportement et le psychisme de Jerry. Il se met à confondre la réalité avec ses histoires et ses personnages, et est tantôt Jerry, le mari et le père, tantôt Henry Cutter, le romancier.

Placé dans une maison de santé, Jerry se met aussi à avouer certains meurtres, que le personnel soignant attribue à sa démence. Toutefois, la police s’interpose, suite à l’apparition de certaines similitudes entre les meurtres des livres de Jerry et les événements réels qui défrayent la chronique.

Hans, le meilleur ami de Jerry, est un personnage diabolique qui joue un rôle central dans l’histoire. Il semble à la fois encourager et aider Jerry à tenter de prouver son innocence, mais ses actes vont parfois à l’encontre de ses intentions.

La narration du livre est assez unique en ce sens que l’auteur le raconte du point de vue de Jerry et de son alter ego, Henry Cutter. Il se réfère à "futur Jerry" et "passé Jerry" selon qu’il écrit ou lit le journal de la maladie, un journal où sont notés les événements d’une journée, sensés les lui rappeler quand la mémoire lui fera défaut.

Au fur et à mesure de la progression de la maladie, Jerry est de plus en plus assailli par le doute. Est-il réellement l’auteur de ces crimes ou est-ce son imagination qui lui joue des tours ? Plus la police devient soupçonneuse, plus Jerry se sent pressé de prouver son innocence, dans une course désespérée, aidé de son ami Hans.

Na fais confiance à personne est non seulement un thriller, mais aussi un livre qui parle d’une maladie effrayante. La maladie d’Alzheimer ronge ce que vous êtes, vous tue lentement tout en vous laissant en vie. Ce livre parvient à nous faire ressentir ce qu’éprouvent mentalement les gens qui en sont atteint. Cela permet aussi au lecteur de se poser des questions, autant que le personnage principal, mais avec l’avantage que les événements passés restent mieux marqués dans notre esprit que dans le sien.

Le personnage de Jerry est complexe et intéressant, tantôt sujet à l’empathie quand il apparaît comme victime irresponsable de la maladie, tantôt méprisé.


Ne fais confiance à personne est un concept génial avec une écriture convaincante, une lecture passionnante avec de nombreux rebondissements et une fin sensée.


 

NE FAIS CONFIANCE A PERSONNE  -  Paul CLEAVE
SONATINE  -  31/08/2017

samedi 11 novembre 2017

J'AI TOUJOURS AIMÉ LA NUIT - Patrick CHAMOISEAU

Lors de sa dernière garde de nuit, à la veille de sa retraite, le commandant de police Eloi Ephraïm Evariste Pilon se retrouve en mauvaise posture, le pistolet d’un tueur braqué sur lui.
Et il va en être ainsi durant quasiment tout le roman car il s’agit d’un huis-clos, d’un face-à-face entre un policier et un tueur.

Le tueur, c’est Hypérion Victimaire, ex-militaire, élevé par une mère exemplaire, sa "manman", une "Grande personne", qui lui a appris la droiture, le respect, l’honneur et le tranchant de l’autorité.
Au travers de la confession de celui-ci, c’est la dérive de la Martinique que décrit Patrick Chamoiseau. La Martinique de son enfance perd de son identité et de son charme. Des quartiers autrefois imprégnés de bonnes manières font place à des zones populaires, à des regroupements d’HLM, habités par des colonies de Saint-Luciens, Haïtiens, Dominiquais, qui traficotent la drogue, vendent des armes, et commettent toutes sortes d’atrocités.
Le tueur nous parle de la lente germination d’une nécessité qu’il perçoit en lui.
"Tant de crimes, de coups, de sang, de monstres en liberté, tellement de trafics et de pertes humaines dans les boues du cannabis et de la cocaïne, tellement de violeurs de femmes et d’enfants, et toutes ces nuées de prédateurs qui décimaient notre jeunesse, qu’il me fut clair que quelque chose d’au-delà de moi allait venir. "
Influencé par la clairvoyance de son voisin, Hortensius Capilotas, qui fait commerce avec des démons invisibles pour s’efforcer de soulager les désespérés qui viennent quémander une solution à leur déveine, Hypérion se transforme petit à petit en psychopathe vengeur et ravageur, un archange chargé de purifier La Martinique.

"Je suis un massacreur, un égorgeur de chose, un défonceur de chair, un déchireur de peau, un briseur de vertèbres, un démanteleur de hanches, d’épaules et de cou, un écarteleur de poitrine, un dérouleur de boyaux, et parfois un très goulu buveur de sang ! J’ai mordu, battu, écrasé, coupé et abîmé presque toutes les formes d’existence qui en valaient la peine, c’est-à-dire qui méritaient le châtiment divin, la frappe claire de l’Archange."

Le policier, c’est Eloi Ephraïm Evariste Pilon, un homme valeureux et honnête, qui à force de se consacrer un peu trop à son métier n’a pas vu venir la dégringolade de sa vie familiale. Sa femme, devenue alcoolique, s’est suicidée et sa fille, Caroline, passe de foyer en foyer.
La veille de sa retraite, ce dont il a rêvé toute sa vie se tient devant lui : un assassin pas ordinaire, un psychopathe de grande ampleur qui, pour des raisons obscures, se livre sans retenue à lui.
Eloi Ephraïm Evariste Pilon se tait au maximum ne voulant rien troubler de ce paysage d’horreur que le monstre a entrepris de redessiner sur sa réalité et sur celle de son pays.
Au détour de la confession du tueur, le policier va entr’apercevoir l’existence de sa fille dont la route a croisé celle de ce dernier au cours d’une nuit, celle de ce vendredi 13, qui commença par une virée insensée, meurtrière et irréfléchie, et finit par un massacre vengeur et prémédité.

Les deux personnages, chacun à leur manière, au fil du récit de l’un et des pensées de l’autre, nous parlent de la Martinique d’aujourd’hui, sa langue, ses paysages, sa misère, ses beautés, sa cuisine et sa délinquance aussi…
A l’opposé l’un de l’autre, par des moyens et des méthodes différents, ils ont pourtant un but semblable, rétablir une humanité sur terre, une humanité qui n’a pas complètement disparu mais qui est en train de disparaître.

"Sans trop hausser le ton, je leur expliquai que l’inadmissible n’était pas admissible, que ce qui était arrivé là était de notre faute à tous, que la faute n’était pas quelque chose de visible, même de compréhensible, elle était faite de toutes sortes de petites démissions, de petites insignifiances, de petits accommodements, de négligences, de bêtises, et d’une perte de vue que dans la vie il fallait de la droiture, de la netteté, un rêve, un idéal, une hauteur et une intransigeance ! Je leur parlai aussi du tranchant de cette autorité qui depuis trop longtemps nous avait désertés, et qui devait retrouver sa haute place verticale dans tous nos horizons !"


Patrick Chamoiseau nous livre là un beau thriller, bien noir, avec un tueur psychopathe, des jeunes fous qui se croient plus forts que tout et un policier intègre qui enquête avec intelligence et patience tout en cherchant à retrouver sa fille...




J'AI TOUJOURS AIMÉ LA NUIT  -  Patrick CHAMOISEAU
SONATINE  -  09/11/2017

dimanche 5 novembre 2017

DANS SON OMBRE - Gerald SEYMOUR

Séduit par le livre de Gérald Seymour, En marche vers la mort, sorti en octobre 2017 chez Sonatine et sujet d’une précédente chronique, je décidai de me replonger dans l’univers de cet auteur avec cet autre livre, Dans son ombre. Il s’agit cette fois du premier livre de Gérald Seymour traduit en français. Publié en 2001 aux États-Unis sous le titre The Untouchable, et seulement en 2015 en France par les Éditions Sonatine.

Londres, début du 21e siècle. Albert William Packer, dit Mister, a la mainmise sur la capitale, vainqueur d’une guerre des gangs pour leurs territoires. Sous une apparence ordinaire, Packer est un salopard redoutable, le nec plus ultra. Secondé par Henry Arbuthnot, avocat à la cour et brillant dans la manipulation des lois, et Duncan Dubs, expert dans la manipulation de l’argent, il parvient même à sortir libre d’un procès, après défection du témoin clé et malgré tous les efforts entrepris depuis trois ans par la police criminelle, les services de renseignements, et le service des Douanes.
Joey Cann, vingt-sept ans, est le plus jeune membre du groupe SQG, Groupe Sierra Québec Golf, formé spécialement pour traquer et arrêter Albert William Packer. Il ne peut pas croire que trois ans d’efforts sont tout simplement anéantis, aussi décide-t-il de continuer la traque.
Duncan Dubs, homme de confiance et ami de Mister, est retrouvé mort à Sarajevo, alors qu’il y préparait un nouveau trafic dans le but d’accroître la fortune et la puissance de ce dernier.
Hors de son territoire et de ses habitudes, Packer est affaibli. C’est sur ce terrain, dans cette région des Balkans, scène de guerre entre Serbes et Croates de 1991 à 2001, que Joey Cann est envoyé en mission pour espionner Packer et récolter suffisamment de preuves pour l’envoyer définitivement en prison. Joey Cann fait de cette mission un défi personnel. Il a toujours été un looser, alors que Packer est un winner. Pour y arriver il va le traquer, rester dans son ombre jour et nuit.


« Quand on met la pression sur une pourriture, il commet des erreurs. Quand il fait des erreurs, il faut être là… »

J’ai pris autant de plaisir à lire cet autre ouvrage de Gerald Seymour que le précédent qui, lui, vient de sortir chez Sonatine.
Après avoir passé le cap de la présentation des personnages et du décor, qui peut s’avérer complexe par rapport à d’autres thrillers, à cause de la multitude de personnages, des changements de lieux et d’époques, je me suis laissé embarquer dans un voyage captivant au coeur des Balkans, dans un thriller plein de suspense.
Comparé au livre "En marche vers la mort", on retrouve le même schéma : une proie, un chasseur, une toile de fond, et un style narratif particulier. Dans ce livre-ci, la proie est un mafieux barbare qui inflige douleur et malheur, le chasseur un membre du service des Douanes qui n’a rien pour lui hormis des problèmes relationnels mais qui dégage une telle empathie qu’on a envie de le soutenir et l’aider à mener à bien sa mission. La toile de fond est cette guerre de l’ex-Yougoslavie, que l’auteur, ancien reporter ayant sillonné le globe durant des années, décrit très bien dans toute son horreur.

« Les deux camps faisaient pousser des plants de cannabis devant leurs positions avancées. Les seigneurs de guerre encourageaient ces plantations. Ils pensaient que des types défoncés ne réfléchiraient pas trop sur la guerre, et aussi qu’ils combattraient plus vaillamment pour ne pas devoir abandonner leurs cultures. Est-ce que vous vous imaginez comment c’était ici, l’hiver, si vous n’ étiez pas bourré ou complètement défoncé ? Les petits gars combattaient, défoncés, beurrés, et à moitié morts de froid, et les grands hommes s’engraissaient sur leurs dos et sur leurs cadavres. »

Le style narratif particulier de Gerald Seymour est plutôt déstabilisant. Sans aucun interligne l’auteur prend plaisir à nous transporter d’une situation à une autre, d’un personnage à un autre, au risque d’embrouiller le lecteur le temps de s’en apercevoir. La relecture s’avère parfois nécessaire sur quelques lignes, mais on finit vite par s’y habituer et se faire moins surprendre au fil des pages.
Les retours dans le passé, clairement indiqués, nous plongent dans l’horreur de la guerre, dans la vie de deux paysans dont les propriétés voisines vont être séparées par une ligne de front et qui devront en subir les conséquences contre leur volonté. Les scènes décrites, parfois dérangeantes, témoignent une fois de plus de l’absurdité d’une guerre. Quant au présent, il nous laisse imaginer à quel point l’internationale du crime a pu s’implanter dans une région durant une guerre qui a semé le chaos.

La psychologie des personnages, qu’ils soient dans le camp des bons ou celui des mauvais, est recherchée, nous offrant des personnalités complexes, attachantes ou méprisantes.
Albert William Packer, le mafieux anglais, bien que vil et méprisable, semble touchant quand il accompagne la représentante de Haut Commissariat aux Réfugiés pour la distribution des dons de l’opération de soutien "Bosnia with love",

 Le passé va finir par rattraper le présent dans un final mémorable, jubilatoire, tellement joli et tellement cruel, un final où les rôles de dominant et dominé vont s’inverser, et qui peut très bien susciter le débat. Quelle attitude aurions-nous adoptée ? Quelle décision aurions-nous prise ?

La traque d’un mafieux à la fin de la guerre des Balkans. Une épopée excitante et captivante, et un final mémorable !


DANS SON OMBRE  -  Gerald SEYMOUR
SONATINE  -  01/2015
LIVRE DE POCHE  -  02/2016

dimanche 15 octobre 2017

EN MARCHE VERS LA MORT - Gérald SEYMOUR

Journaliste pour ITN pendant une quinzaine d’années, Gérald Seymour publia son premier livre Harry’s game en 1975 et devint écrivain à plein temps à partir de 1978. Depuis il a écrit plus d’une trentaine de livres.
Edité en 2007 sous le titre The walking dead, En marche vers la mort sort en français dix ans plus tard, mais reste d’une actualité brûlante. C’est seulement le second livre de l’auteur, repris par Sonatine Editions, après Dans son ombre paru en 2015.


Comme tous ceux qui étaient assis dans l'ombre dérisoire du mur, Ibrahim était un mort vivant. Plus tout à fait un jeune homme à qui ses deux premières années de médecine offraient un avenir et pas encore un martyr qui serait honoré et accueilli à la table de Dieu. Il connaissait les récompenses offertes aux chahids, car elles lui avaient été énumérées à la mosquée de Habala par l'imam qui avait été son protecteur et son recruteur, qui avait rendu possible le début de son voyage vers le paradis.


Au plus profond de lui, la peine pour son père l’emportait, ainsi que la volonté de lui apporter une fierté qui le soulagerait de sa terrible dépression. Il y avait aussi la vengeance, la volonté de frapper les forces du mal et de montrer au monde la détermination de la foi chez un jeune homme. Sa mère était morte parce que les maîtres du royaume privaient de ressources la province d’Asir. Ces gouvernements corrompus cohabitaient avec les kafirs, les mécréants. Son frère aîné était mort pour défendre un pays musulman envahi et violé par des impies. Son deuxième frère était mort des mains des pires des infidèles. Il croyait que sa propre mort, son martyre, libérerait son père de la mélancolie.


Ce roman de Gérald Seymour est non seulement une extraordinaire analyse psychologique de ce jeune homme, Ibrahim Hussein, tout au long de son cheminement vers l’acte final, mais aussi celle de nombreux intervenants qui vont être mêlés de près ou de loin à cet acte barbare dont l’actualité nous parle quasi quotidiennement.
Le style et le sujet en font un thriller haletant : une croisade au nom d’un Islam intégriste qui creuse la fracture entre bons et méchants, yankees et X-rays, ceux qui portent les bombes.
Mais Ibrahim n’est qu’un pion aux mains d’un duo qui peut déchaîner l’enfer, un planificateur qui recrute et organise, et un ingénieur qui assemble la bombe : un gilet, des câbles, de la dynamite et des clous.
L’auteur ne fait pas preuve de manichéisme en nous forçant à nous interroger sur les frontières entre le bien et le mal. David Banks, officier d’élite du contre-espionnage anglais, doute aussi de cela après avoir retrouvé et lu le carnet d’un de ses aïeuls, engagé volontaire au sein des Brigades internationales dans l’Espagne de 1937, et qui reconnaît la bravoure de l’ennemi.
La bravoure dont fait preuve le jeune Ibrahim est aussi remarquable, à tel point que le personnage suscite de l’empathie. Même s’il est responsable de ses actes, la vengeance qui le guide est tout à fait compréhensible. Son endoctrinement est tel qu’il ne voit pas qu’il est juste un pion aux mains de chefs qui se servent de cette chair humaine pour mener leur propre guerre.
A l’inverse, les deux hommes de main irlandais, chargés d’obtenir la moindre information de la bouche d’un activiste repenti, suscitent le dégoût . La cruauté dont ils font preuve peut-elle se justifier par le besoin de sécurité que nous attendons de nos dirigeants et des services chargés d’évaluer la menace et d’obtenir des renseignements ?
Dans la guerre que nous menons contre l’État Islamique, peut-on se permettre de suivre un code de bonne conduite, ou doit-on agir comme des barbares, être favorable à la torture, choisir entre le pire et le moindre mal ?

Terrorisme, bravoure, lâcheté. Une actualité brûlante traitée avec recul et humanité.


EN MARCHE VERS LA MORT  -  Gérald SEYMOUR
SONATINE  -  07/09/2017

dimanche 27 août 2017

NULLE PART SUR LA TERRE - Michael FARRIS SMITH

Un individu mérite-t-il une seconde chance dans la vie, après avoir commis une faute et en avoir payé le prix à la société, ou doit-il en subir les conséquences à jamais ?
Nulle part sur la terre concerne une quête de rédemption, une rédemption qui existe à plusieurs niveaux. Se sauve-t-on soi-même lorsqu’on sauve quelqu’un ? Peut-on changer le passé ? Que fait-on lorsqu’on ne peut pas dormir la nuit en raison des erreurs qu’on a commises, des vies qu’on a changées ? Prend-t-on la main de quelqu’un qui la tend ?
Ce ne sont que quelques-unes des questions que Michael Farris Smith pose dans son triste et brillant nouveau roman.

Dans un coin reculé du Mississippi, Russell Gaines vient de sortir de prison après avoir purgé une peine de 11 ans d’enfermement. Il a passé ce temps à réfléchir à beaucoup de choses : l’erreur qu’il a commise, ceux qui continueront à lui vouloir du mal après sa libération, la femme qu’il aimait et qu’il a perdue.
Il est prêt à recommencer sa vie, même s’il sait que ce ne sera pas chose facile. Et cela il s’en aperçoit rapidement !
Un comité d’accueil est prêt à en découdre avec lui, estimant qu’il est loin d’avoir payé sa dette. Russell doit choisir sa façon de répondre : jusqu’où se laisser pousser avant de réagir, en sachant très bien que les portes du pénitencier ne sont jamais tout à fait refermées ?

Pendant ce temps, une jeune femme nommée Maben marche le long d’une route, en compagnie de sa jeune fille Annalee, emportant dans un sac plastique leurs maigres affaires, en quête d’un abri pour se reposer et avoir un peu de répit. Maben a le sentiment de passer sa vie à fuir quelque chose et elle ne veut pas exposer sa fille à ses propres erreurs.

Elle se laissa glisser le long du mur et s’allongea par terre, la tête posée sur un bras, et elle se mit à pleurer en silence. Et tandis que les larmes coulaient, elle revoyait le sachet glisser sous la porte. Elle revoyait les sales habitudes refuser de l’écouter, refuser de la laisser tranquille. Refuser de se tenir loin d’elle mais se rapprocher au contraire, à pas furtifs, jusqu’à s’immiscer tout contre elle et la petite.

Un jour, les routes de Russell et Maben vont se croiser. Aucun des deux ne veut parler de l’autre. Russell sent néanmoins qu’il est de son devoir de protéger Maben et Annalee, bien qu’il pense qu’elle lui cache un terrible secret. Quand il le découvre, il est déjà trop tard pour s’en dépêtrer, et il doit décider s’il faut prendre la fuite ou accepter ce qui finira bien par arriver.

C’est vraiment un livre phénoménal. Je ne connaissais pas cet auteur, et j’ai pourtant été captivé immédiatement par sa prose, une prose expressive toute en finesse et en vitalité qui enchaîne le lecteur insidieusement, par ses personnages fortement dessinés qui entrent dans votre conscience en tant que personnes réelles et authentiques, par le monde sombre, presque déprimant, qu’il décrit.
Il se dégage de l’écriture une langueur, un rythme lent et comme un temps suspendu par moments, dans les gestes des personnages, dans le déroulé de l’histoire, pas de vitesse. Ce n’est pas un ralenti, mais une lenteur que j’aime beaucoup…cette scène, quand Russell retrouve son père, la pêche, le retour et le temps de réadaptation entre père et fils, la manière qu’ils ont de se ré-apprivoiser. 
Michael Farris Smith fait un merveilleux travail sur l’humanité de tous les personnages, forçant le lecteur à éprouver de l’empathie même pour les plus sombres, à essayer de trouver un moment de compréhension, même pour les personnes plus méprisables.

Il avait passé de nombreuses nuits à réfléchir aux paroles du prêtre. Le pardon est là si vous le voulez. Peu importe ce que vous avez fait. Il y avait quelque chose de bizarre là-dedans. Il fallait bien qu’il y ait un point de non-retour. Des choses qu’on ne pouvait pas réparer. Il avait côtoyé les pires spécimens d’humanité et il aurait voulu qu’ils soient punis de leurs crimes afin de pouvoir se sentir différent d’eux.


Une lecture exceptionnelle et superbe que je recommande.


NULLE PART SUR LA TERRE  -  Michael FARRIS SMITH
SONATINE  -  24/08/2017