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dimanche 1 avril 2018

LA FEMME A LA FENÊTRE - A.J.FINN


Pour un premier roman, l’auteur A.J.Finn a mis la barre haute. Dès sa parution, il a rapidement caracolé en tête des ventes dans la catégorie des fictions. La femme à la fenêtre peut être comparé à La fille du train de Paula Hawkins, ou aux Apparences de Gillian Flynn (Gone Girl en version originale).

Je dois bien avouer que dès le début j’ai été scotché par cette histoire sombre et enivrante que j’avais bien du mal à lâcher.

Dans une rue de Harlem, à New York, le Dr Anna Fox passe ses journées dans sa grande maison à espionner ses voisins, en les photographiant à leur insu à travers leurs fenêtres ou dans la rue, tout en buvant du merlot et en consommant sans modération ses pilules destinées à calmer ses pensées. A force, elle finit par connaître bien des choses à leur sujet. Elle aime aussi regarder des films classiques en noir et blanc, et de temps en temps prendre des nouvelles de sa fille et de son mari dont elle s’est récemment séparée. Anna souffre d’agoraphobie, l’empêchant de quitter les limites de sa maison et limitant sa capacité à s’insérer dans le monde réel. A longueur de journée elle est obsédée par la peur et la curiosité. Quand ses nouveaux voisins s’installent de l’autre côté du parc, Anna est intriguée par leur anonymat. Alors qu’elle s’y intéresse de plus en plus, elle est témoin de quelque chose qui n’aurait pas dû se produire et qu’elle n’aurait sans doute pas dû voir.


Ce côté espionnage et voyeurisme m’a tout de suite plu, sans doute par opposition à mon comportement habituel qui semble être plutôt l’inverse. Loin de moi l’idée de m’intéresser à la vie des autres. Bref, j’étais curieux de voir comment cette histoire allait évoluer. Après être devenu accro assez rapidement, j’ai compris pourquoi. Avec un rythme initial assez modéré, l’intrigue va néanmoins prendre de l’ampleur au fur et à mesure de l’histoire et du développement psychologique des personnages. Rien n’est précipité ou négligé. Des rebondissements ne manquent pas, mais sont tous révélés au bon moment . Pourquoi Anna est agoraphobe ? Quel est son état mental, Comment fait-elle face ? Qui sont tous ces gens autour d’elle ? Les indices sont plantés tout au long du chemin, pour finalement s’accorder ensemble et dévoiler une fin surprenante.

La femme à la fenêtre est un voyage étonnant dans l’esprit d’une femme perturbée . On prend conscience de ses illusions, ses troubles mentaux, sa réalité.
Un thriller absolument captivant.

Pour en savoir un peu plus sur l'auteur : 
https://www.courrierinternational.com/article/qui-est-j-finn-lauteur-du-thriller-en-tete-des-ventes-aux-etats-unis

LA FEMME A LA FENÊTRE  -  A.J.FINN
PRESSES DE LA CITE  -  8/2/2018

jeudi 28 septembre 2017

RÉVEILLER LES LIONS - Ayelet GUNDAR-GOSHEN

Ethan Green a de quoi être comblé : une femme merveilleuse, deux enfants adorables, et un métier gratifiant, neurochirurgien à l’hôpital Soroka de Beer-Sheva, une ville du sud d’Israël en bordure du désert.
Une nuit, après avoir rendu son tablier à deux heures du matin et assuré une astreinte de dix-neuf heures à l’hôpital, au lieu de rentrer dormir chez lui, Ethan a cette envie de sensations grisantes, tester les limites de son 4x4 sur les chemins désertiques, en ressentir la puissance au son de la musique tonitruante de Janis Joplin.

Comment aurait-il pu imaginer que quelqu’un marcherait au bord de la route à cette heure ? Une situation plus qu’improbable. Se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Le choc est à peine perceptible. C’est un Erythréen. Il est agonisant, pouls faible, perte de sang et de liquide céphalo-rachidien par le nez et les oreilles. Peu de chance de pouvoir le sauver. Ethan imagine les répercussions de cet accident sur la poursuite de sa carrière. Il prend la fuite.

Comment annoncer la nouvelle à sa femme ? Être marié à une lieutenant de police doit bien servir à quelque chose. Il se tait, d’autant que sa femme a été appelée ultérieurement sur les lieux de l’accident et ne ressent que méprise vis-à-vis du fuyard. Se taire et sauver la face.

Un jour, il ouvre sa porte à une femme. Elle est grande, mince et très belle, mais Ethan ne remarque aucune de ces qualités, focalisé qu’il est sur deux autres éléments : elle est noire et, dans sa main, il y a un portefeuille qu’il connaît bien puisque c’est le sien. Elle s’appelle Sirkitt. Elle est Erythréenne. Assoum était son mari. Elle a tout vu.

Pour éviter l’opprobre, Ethan garde le silence et accepte le chantage de Sirkitt : lui faire don de ses nuits pour soigner des réfugiés dans un hangar désaffecté. Ethan ne se doute absolument pas qu’il s’apprête à mettre le pied dans un engrenage qui risque non seulement de mettre à mal sa vie de famille, mais aussi sa vie tout simplement.

Ayelet Gundar-Goshen est écrivain, scénariste et psychologue israélienne. Dans son roman Réveiller les lions, elle n’évoque pas le conflit israélo-palestinien, mais un drame que l’Europe ne semble pas être la seule à connaître, l’immigration. En Israël aussi, des milliers de clandestins venus de la corne de l’Afrique attendent des lendemains meilleurs. Le problème avec les réfugiés est qu’ils sont vus comme une menace économique, et pas vraiment en tant que personnes qui fuient pour leur survie. Tous ces réfugiés qu’Ethan va être amené à rencontrer et à soigner nous touchent profondément. Dans sa façon d’en parler, l’auteur finit par nous émouvoir, nous transmettre son empathie à leur égard et nous fait comprendre qu’il n’y a pas de différence culturelle dans la souffrance humaine. L’engagement d’Ethan Green va non seulement lui faire découvrir un univers dont il ignorait l’existence, prendre conscience du sort de ceux qu’il trouve, mais aussi, petit à petit, l’amener vers un sentiment de pardon, pour tous ces faux pas qu’il a commis et qui sont pourtant contraires à sa morale : tuer un homme, mentir à sa femme, délaisser ses enfants, négliger son travail à l’hôpital, voler des médicaments, …

Cependant, une majorité de scènes restent concentrées sur un dilemme domestique, sur la relation détériorée d’Ethan avec sa femme et son rapport émergent avec Sirkitt, l’Erythréenne.
Le portrait fait de ces deux personnages féminins est remarquable. Telles deux lionnes, elles se battent avec leurs armes et n’hésitent pas à partir en chasse, l’une le jour et l’autre la nuit, pour assurer leur survie et celle des leurs.

D’autres personnages apparaissent soudainement plus tard dans le roman, notamment un jeune garçon bédouin et un trafiquant de drogue frustré. Il s’avère que l’accident d’Ethan a intercepté accidentellement un réseau criminel responsable de violences, viols et meurtres. Ainsi, les événements du dernier tiers du livre ressemblent plus à ceux d’un thriller policier, conférant ainsi au roman un nouveau rythme plus stimulant.

La lecture de ce livre est certainement l’occasion de se questionner sur maints sujets : l’accueil des réfugiés, le déni, l’acceptation et le rachat des fautes, le pardon, la vengeance.
Combinaison intéressante entre un roman à suspense et un conte moral.

"Emigrer, c'est passer d'un endroit à un autre, avec, attaché à ta cheville comme un boulet d'acier, le lieu que tu as quitté. Voilà pourquoi il est si difficile d'émigrer: marcher à travers le monde en ayant les pieds entravés par un pays tout entier, c'est quelque chose qu'il faut être capable de supporter."

"Les gens qui ont peur ne regardent jamais droit dans les yeux. Ils craignent trop de s'attirer reproches et punitions. Les gens qui ont peur baissent les yeux, clignent des paupières, n'osent pas saisir du regard le visage d'un autre. C'est ainsi dans les camps des Bédouins. Ils gardent les yeux baissés vers la terre aride du Sinaï. Jamais ils n'arborent ce regard franc qui affirme : J'existe."


RÉVEILLER LES LIONS  -  Ayelet GUNDAR-GOSHEN
LES PRESSES DE LA CITE  -  07/09/2017 

dimanche 9 juillet 2017

LA MENACE - S.K.TREMAYNE

Quand Rachel épouse David Kerthen, un bel et brillant avocat, elle n'en croit pas sa chance. Loin de Londres et des années de vache maigre, elle découvre les joies de la vie de famille auprès de l'affectueux petit garçon de son mari, Jamie. Au coeur des Cornouailles, dans un manoir surplombant les déchirures de la côte et l'Océan impétueux, elle joue déjà à la châtelaine. Mais le conte de fées se ternit vite : le souvenir de Nina, la première épouse de David, disparue deux ans auparavant, hante encore les couloirs de cette demeure séculaire. Et peu à peu son petit Jamie adopte vis-à-vis de Rachel un comportement inquiétant, prophétisant l'avenir et niant certaines réalités.Qu'est-il arrivé à Nina ? Que cache le sourire du séduisant avocat ? Et Rachel, que vient-elle faire dans cette histoire ? Tandis que la suspicion commence à ronger le jeune couple, Jamie prédit à Rachel qu'elle mourra à Noël...



La menace, le second livre de S.K.Tremayne, est un excellent thriller psychologique, un huis-clos qui baigne dans une ambiance, une atmosphère à vous donner la chair de poule.

Il y a d’une part l’omniprésence de Nina, pourtant décédée à la suite d’une chute dans un puits de mine. Les murs de la demeure sont encore imprégnés de sa présence à tel point que Jamie et Rachel ne cessent de l’apercevoir. Nina vivante ? Fantôme de Nina ? Esprits dérangés ?
Son omniprésence est palpable telle une ombre qui se penche sur nous, prête à révéler la vérité sur son décès.

Il y a d’autre part, cette prédiction que Jamie fait à Rachel, qu’elle mourra à Noël. Les entêtes de chapitres constituent un décompte des jours restant à vivre pour Rachel, telle une épée de Damoclès qui, on le sait, va s’abattre sur l’héroïne, ne faisant qu’augmenter notre angoisse.

L’endroit où se déroule l’histoire n’est pas non plus étranger à cette ambiance inquiétante. Carnhallow est une demeure menaçante, témoin des fastes de l’époque, de la richesse de certaines familles propriétaires des gisements d’étain et de cuivre en Cornouailles, et de l’exploitation d’une main d’oeuvre qui devait travailler dans des conditions épouvantables.
L’auteur décrit d’ailleurs très bien la vie de ces mineurs, leur qualité de travail très pénible dans les fonderies, dans les galeries qui s’étendent sous la mer.
On imagine très bien l’environnement, les paysages. On se croit en train d’arpenter les plaines sauvages de Penwith, on distingue au loin la silhouette noire de la mine de Morvellan, on sent les bourrasques de vent souffler lors des promenades sur les falaises, on entend les vagues s’échouer sur les rochers et on sent l’air iodé de la mer froide.

Ce roman est plein d’incertitudes et de mystères. Comme Rachel, on se retrouve dans un flou total, entre incompréhension et isolement face au mutisme de tous les membres de cette famille.

L’auteur multiplie les fausses pistes et parsème les révélations. Il nous surprend, nous fait sursauter et nous choque au moment où on s’y attend le moins.


S. K. Tremayne est un des pseudonymes de l'écrivain et journaliste Sean Thomas, qui utilise également celui de Tom Knox pour certains de ses ouvrages.

Né en 1963 dans le Devon en Angleterre, il a étudié la philosophie à Londres. Il se tourne ensuite vers le journalisme, et rédige des articles pour le Times, le Daily Mail, le Sunday Times, et le Guardian. 
Comme son père, l'auteur D. M. Thomas, il se passionne également pour la littérature, et publie plusieurs romans, se spécialisant pour les thrillers (souvent imprégnés des thèmes de l'archéologie ou de la religion).

Il commence par publier plusieurs romans sous son véritable nom, avant d'adopter à partir de 2009 le pseudonyme Tom Knox, puis en 2015 celui de S. K. Tremayne pour son roman "Le doute" ("The ice twins" en anglais).

Il vit actuellement à Camden, à Londres. 


LA MENACE  -  S.K.TREMAYNE
LES PRESSES DE LA CITE -  03/2017

dimanche 26 février 2017

LE DOUTE - S.K.TREMAYNE

 Voici un livre absolument hantant, spécial et émouvant, avec une intrigue étonnante. J’ai ressenti durant la lecture une multitude de sentiments et il m’a été impossible de deviner la vérité.
En fait, vous croyez la connaître, mais vous faites fausse route ! D’autres indices vous sont révélés, mais vous mettent encore sur une mauvaise piste !
C’est frustrant, brillant, à tel point qu’on ne peut pas s’arrêter de lire !

En fait, l'histoire se concentre sur des jumelles identiques, Kirstie et Lydia. Une des filles meurt dans un accident tragique et la famille essaie de passer à autre chose quand l'identité de la survivante est mise en question. Découvrir quelle jumelle est effectivement morte et ce qui s'est vraiment passé sur cette horrible nuit devient un mystère.

Les personnages sont puissants. Angus a le double rôle du père aimant, couvant, et du mari parfois de mauvaise humeur. Sarah, la mère, semble tantôt abattue, découragée, tantôt déterminée à découvrir la vérité. Quant à la jumelle survivante, Kirstie ?, Lydia ?, elle a une personnalité complexe. Parfois charmante et douce, parfois détestable à en donner des frissons. On imagine bien qu’elle puisse faire quelque chose d’horrible, et l’instant suivant on l’aime à nouveau.

Quant à l’atmosphère du livre, elle est ressentie comme l’île, solitaire et désolée, comme le deviennent aussi les personnages après qu’ils s’y soient installés. Même la maison semble avoir ses propres fantômes, et manque de chaleur.

Mon seul problème avec ce livre est d’accepter le postulat de départ que les jumeaux peuvent être à tel point identiques que même leurs propres parents ne peuvent les différencier. Je peux imaginer qu’il puisse être possible de les confondre quand ils sont bébés, mais plus difficilement quand ils deviennent plus âgés.

Hormis cela, c’est un excellent thriller psychologique dont on dévore les pages jusque la fin qui répond à toutes nos questions.


Quand on aime vraiment, on se détruit soi-même, on rend les armes, on tue délibérément quelque chose en soi.

Peut-être qu’entre un homme et une femme qui ont eu un enfant ensemble il reste toujours, quoi qu’il arrive par la suite, un soupçon d’amour résiduel : même englouti, il est toujours là, comme une épave au fond de la mer.

S. K. Tremayne est un des pseudonymes de l'écrivain et journaliste Sean Thomas, qui utilise également celui de Tom Knox pour certains de ses ouvrages.

Né en 1963 dans le Devon en Angleterre, il a étudié la philosophie à Londres. Il se tourne ensuite vers le journalisme, et rédige des articles pour le Times, le Daily Mail, le Sunday Times, et le Guardian. 
Comme son père, l'auteur D. M. Thomas, il se passionne également pour la littérature, et publie plusieurs romans, se spécialisant pour les thrillers (souvent imprégnés des thèmes de l'archéologie ou de la religion).

Il commence par publier plusieurs romans sous son véritable nom, avant d'adopter à partir de 2009 le pseudonyme Tom Knox, puis en 2015 celui de S. K. Tremayne pour son roman "Le doute" ("The ice twins" en anglais).

Il vit actuellement à Camden, à Londres. 


LE DOUTE - S.K.TREMAYNE
PRESSES DE LA CITE  -  Septembre 2015