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jeudi 9 août 2018

LE DIABLE TOUT LE TEMPS - Donald Ray POLLOCK


Résumé éditeur :

Dès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.

De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin.

Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages violents et malgré tout attachants. 



Mon avis :

Le diable, tout le temps, premier roman de Donald Ray Pollock est un livre sombre et violent.
L’auteur y décrit une galerie de personnages paumés de l’Amérique profonde (Ohio) dont il va croiser les destins. Là-bas, les hommes dressent dans la forêt un tronc à prières et sacrifient des animaux pour vaincre le cancer qui ronge leur épouse. Les prêtres aiment trop les petites filles et leurs prédications ont quelque chose à voir avec l'Apocalypse. Les jeunes auto-stoppeurs ont intérêt à continuer à pied car s'ils croisent Sandy et Carl, couple de tueurs-voyeurs, ils finiront dans le fossé. On rencontre également des fous de Dieu qui tuent leur femme avec un tournevis puis attendent calmement qu'elle ressuscite.

Ces personnages vont se croiser au fil de leurs pérégrinations les entraînant vers un destin encore plus sombre.
Le mal est ici poussé à son extrême avec des scènes de sang et de sexe et un langage assez brutal qui colle au contexte.
Mais malgré cette dépravation, l’auteur parvient à rendre certains personnages touchants car ce sont surtout des paumés, des âmes perdues qui tentent de survivre dans un contexte primaire.
Chaque personnage veut s’en sortir soit par l’amour pour Willard, le père d’Arvin, soit pour une passion de la photographie pour Carl, soit pour le rapprochement avec Dieu pour les prédicateurs ou soit pour le pouvoir d’être élu shérif. Ils ont tous de bonnes raisons de commettre leurs actes ignobles. Mais ils sont surtout ignorants de la différence entre le bien et le mal.
Donald Ray Pollock entraîne le lecteur dans cet univers de cinglés d’une manière éblouissante, passionnante et addictive. On s’interroge sur le mal, celui lié aux convictions profondes de pauvres bougres, et sur la rédemption.
Pour l’auteur ce monde est complètement fou. Cela ne peut donc se terminer que dans la violence dont personne ne réchappe.
Un livre bouleversant qu’on n’oublie pas de sitôt.

Elu meilleur roman de l’année 2012 par la rédaction du magazine Lire.
Lauréat du Grand Prix de littérature étrangère policière de l’année 2012.
Lauréat du Prix Mystère de la critique en 2013.



C’est à 50 ans, après avoir travaillé dans une usine de pâte à papier pendant trente-deux ans que Donald Day Pollock se tourne vers l’écriture. Il est reconnu comme l’une des voix montantes de la littérature contemporaine américaine avec la publication d’un recueil de nouvelles, Knockemstiff, puis de son premier roman Le Diable, tout le temps, unanimement salué par les critiques. 

LE DIABLE TOUT LE TEMPS  -  Donald Ray POLLOCK
ALBIN MICHEL  -  Collection Terres d'Amérique  -  2012
LIVRE DE POCHE  -  2014

dimanche 10 décembre 2017

RIEN NE SE PERD - Cloé MEHDI

 A onze ans, Mattia a déjà connu bien des désagréments dans la vie. Après la mort de son père, un schizophrène qui s’est finalement suicidé au sein de l’hôpital psychiatrique où il était hospitalisé, et l’abandon par sa mère qui baisse les bras et se reconnaît incapable de l’élever, il est placé sous la tutelle de Zé, un jeune homme plutôt marginal, qui vit avec sa compagne, Gabrielle, elle-même marquée par la vie au point de vouloir se suicider. Comme scénario il y a mieux pour avoir une jeunesse dorée.

Et de jeunesse dorée, on en est loin dans ce roman de Cloé Mehdi qui se passe dans un quartier déshérité d’une banlieue pourrie. L’auteur peint une fresque sociale qui colle très bien à une réalité facile à imaginer, tant elle nous fait penser à des événements qui se sont déjà produits dans le passé, voire des faits de violence quotidienne. Dans cette cité, un tag réapparaît, en mémoire de Saïd, tué par la police quinze ans plus tôt. Aujourd’hui encore, ses amis réclament justice.

"Je connais son visage pour l’avoir si souvent vu tagué sur les murs de ma ville, des Verrières aux belles rues de La Solaire, accompagné de mots qui ne suffisaient pas – ne suffisent jamais – à dire toute la colère, la haine et l’injustice de sa mort, des mots qui appelaient à la vengeance et à ne pas oublier ni pardonner."

Les personnages sont criant de vérité, à commencer par Mattia, ce gosse malmené par la vie, qui en connaît les vicissitudes depuis son plus jeune âge, un enfant avec un énorme manque d’amour, retranché derrière sa muraille protectrice et préférant le mutisme à l’échange social.

"Un jour ma mère m’a dit qu’il fallait s’attacher à personne parce que tout le monde finit par t’abandonner. C’est à ça que ça devrait servir, les parents, te préparer à la dégueulasserie du monde."

Zéphyr Palaisot, alias Zé, est son tuteur. Durant son adolescence, il fut le témoin d’un accident lourd de conséquences et s’enferma dans un carcan. La seule fois où il a voulu s’en extraire lui a valu plusieurs mois d’hôpital psychiatrique. Zé, c’est la révolte par les pages, par l’encre et par les mots, Ses héros sont écrivains : Lamartine, Baudelaire, Camus, … Zé, c’est le gars qui essaie juste de faire au mieux, pour lui, pour ceux qu’il aime, pour survivre.
Gabrielle est la compagne de Zé qu’il a rencontrée lors d’une tentative de suicide ratée. Gabrielle, psychologiquement instable, sujette aux idées suicidaires, semble vivre dans un désespoir effroyablement calme.
Gina, la sœur de Mattia, est comme lui une enfant du mutisme, rompue à l’art d’analyser les différents silences. Ses disparitions éperdues, permanentes sont une manière de fuir les difficultés. Elle reste le seul lien familial qui compte encore pour Mattia, lui apportant durant leurs trop courtes retrouvailles un peu de rêve et d’innocence, un peu de ce lien familial dont il a toujours manqué.

Et puis, il y a ces deux types, plutôt sales gueules, qui observent les allées et venues du gamin dès qu’il met le nez dehors. Alors puisque personne ne dit à Mattia ce qui se passe vraiment, eh bien il le découvrira tout seul. Car il a beau n’avoir que onze ans, sa psy est formelle : côté maturité, il vaut largement un adulte !

A 24 ans, Cloé Mehdi publie un sublime roman noir où il est question de luttes et d’inégalités sociales. Son style direct et son écriture parfaitement maîtrisée au service de personnages magnifiques justifient aussi les nombreux prix qui lui ont été attribués.

"C’est ainsi que les choses fonctionnent, Mattia. La justice aux juges. La violence aux flics. La santé aux médecins. Les fous aux asiles, et ne t’avise pas de t’attribuer une place qui n’est pas la tienne."

"L’erreur est humaine n’est-ce pas, elle l’est si tu es un flic, elle ne l’est pas si tu es un délinquant."

Un sublime roman noir qui ne laisse pas indifférent !


TROPHÉE 813 DU MEILLEUR ROMAN FRANCOPHONE 2017
PRIX MILLE ET UNE FEUILLES NOIRES 2017
PRIX BLUES & POLAR 2017
PRIX MYSTÈRE DE LA CRITIQUE 2017
PRIX ÉTUDIANT DU POLAR 2016
PRIX DORA SUAREZ 2017 

RIEN NE SE PERD  -  Cloé MEHDI
JIGAL POLAR  -  05/2016
POCHE  -  02/2017

vendredi 6 octobre 2017

PAR LE VENT PLEURÉ - Ron RASH

 Une berge qui se désagrège sous la pression du courant. Des filaments de bâche qui se déroulent et laissent se rassembler des fragments d’os dans un remou.
La disparition de Ligeia et les événements qui l’entouraient n’ont jamais été résolus pour Eugène. Il est même étonné de revoir après autant de temps son visage à la une du journal local.
Eugène avait 16 ans en 1969. Bill, son frère, quatre ans de plus. Ils avaient l’habitude d’aller pêcher, cet été-là, à Panther Creek . C’est là qu’ils ont vu Ligeia, nageant nue dans la rivière . Ils tombèrent sous son charme et furent attirés dans cet été aventureux de l’amour et de l’expérimentation libres.
Une quarantaine d’années plus tard, sa résurrection fat ressurgir les ombres du passé et les questions les plus inquiétantes autour de ce qui s’est réellement passé.

Ron Rash a toujours montré son intérêt pour les conflits familiaux.
Quand Eugène et Bill étaient petits, à la mort accidentelle de leur père, ils partent avec leur mère s’installer chez son beau-père, un médecin généraliste renommé ayant d’énormes besoins de contrôle et d’obéissance sur sa famille et ses patients, tant il connaissait les secrets de chacun.
Eugène est à présent un écrivain raté de 62 ans, un alcoolique invétéré, divorcé et éloigné de sa seule fille. Bill, le frère aîné, a longtemps été un chirurgien renommé, un homme bon, compatissant et généreux.
Pourquoi une telle différence entre les deux frères ? Pourquoi l’un suit-il un tel chemin, et l’autre un autre parcours ?
Peut-être Eugène manquait-il de pragmatisme ? Peut-être a-t-il goûté trop tôt et trop intensément au fruit défendu, l’alcool , envoûté par le démon qui apparaît sous les traits d’une sirène ?

Une fois de plus, Ron Rash a écrit un livre marquant, envoûtant. J’ai beaucoup aimé les allers et retours entre le passé et le présent, la façon dont l’auteur nous parle de la rivalité entre frères à l’adolescence, de l’emprise de la femme sur l’homme, du pouvoir de l’argent . C’est aussi une réflexion sur l’éducation, le poids des traditions familiales, la manière dont on peut s’en échapper ou s’y enfermer en croyant dominer sa peur . La fin ne donne peut-être pas de réponses précises aux questions que l’on se pose, justifiant certaines critiques d’autres lecteurs, mais cela fait partie de la force de l’histoire. Toute décision a ses conséquences. Le personnage d’Eugène est probablement celui qui suscite le plus d’empathie, et on aurait souhaité une vie plus heureuse pour lui. Sa vie a été marquée par ses décisions prises en 1969, et son côté tragique le reste jusqu’au bout. La révélation finale m’a vraiment donné des frissons.


Un roman noir saisissant, mais incroyablement triste !


Ron Rash, né en Caroline du Sud en 1953, a grandi à Boiling Springs et obtenu son doctorat de littérature anglaise à l’université de Clemson. Il a écrit à ce jour quatre recueils de poèmes, six recueils de nouvelles – dont Incandescences (Seuil, 2015), lauréat du prestigieux Frank O’Connor Award, et cinq autres romans, récompensés par divers prix littéraires : Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award. Une terre d’ombre (Seuil, 2014) a reçu le Grand Prix de Littérature policière. Ron Rash vit en Caroline du Nord et enseigne la littérature à la Western Carolina University.
(Source : Seuil.com)

PAR LE VENT PLEURÉ  -  Ron RASH
Editions du SEUIL  -  17/08/2017

dimanche 27 août 2017

NULLE PART SUR LA TERRE - Michael FARRIS SMITH

Un individu mérite-t-il une seconde chance dans la vie, après avoir commis une faute et en avoir payé le prix à la société, ou doit-il en subir les conséquences à jamais ?
Nulle part sur la terre concerne une quête de rédemption, une rédemption qui existe à plusieurs niveaux. Se sauve-t-on soi-même lorsqu’on sauve quelqu’un ? Peut-on changer le passé ? Que fait-on lorsqu’on ne peut pas dormir la nuit en raison des erreurs qu’on a commises, des vies qu’on a changées ? Prend-t-on la main de quelqu’un qui la tend ?
Ce ne sont que quelques-unes des questions que Michael Farris Smith pose dans son triste et brillant nouveau roman.

Dans un coin reculé du Mississippi, Russell Gaines vient de sortir de prison après avoir purgé une peine de 11 ans d’enfermement. Il a passé ce temps à réfléchir à beaucoup de choses : l’erreur qu’il a commise, ceux qui continueront à lui vouloir du mal après sa libération, la femme qu’il aimait et qu’il a perdue.
Il est prêt à recommencer sa vie, même s’il sait que ce ne sera pas chose facile. Et cela il s’en aperçoit rapidement !
Un comité d’accueil est prêt à en découdre avec lui, estimant qu’il est loin d’avoir payé sa dette. Russell doit choisir sa façon de répondre : jusqu’où se laisser pousser avant de réagir, en sachant très bien que les portes du pénitencier ne sont jamais tout à fait refermées ?

Pendant ce temps, une jeune femme nommée Maben marche le long d’une route, en compagnie de sa jeune fille Annalee, emportant dans un sac plastique leurs maigres affaires, en quête d’un abri pour se reposer et avoir un peu de répit. Maben a le sentiment de passer sa vie à fuir quelque chose et elle ne veut pas exposer sa fille à ses propres erreurs.

Elle se laissa glisser le long du mur et s’allongea par terre, la tête posée sur un bras, et elle se mit à pleurer en silence. Et tandis que les larmes coulaient, elle revoyait le sachet glisser sous la porte. Elle revoyait les sales habitudes refuser de l’écouter, refuser de la laisser tranquille. Refuser de se tenir loin d’elle mais se rapprocher au contraire, à pas furtifs, jusqu’à s’immiscer tout contre elle et la petite.

Un jour, les routes de Russell et Maben vont se croiser. Aucun des deux ne veut parler de l’autre. Russell sent néanmoins qu’il est de son devoir de protéger Maben et Annalee, bien qu’il pense qu’elle lui cache un terrible secret. Quand il le découvre, il est déjà trop tard pour s’en dépêtrer, et il doit décider s’il faut prendre la fuite ou accepter ce qui finira bien par arriver.

C’est vraiment un livre phénoménal. Je ne connaissais pas cet auteur, et j’ai pourtant été captivé immédiatement par sa prose, une prose expressive toute en finesse et en vitalité qui enchaîne le lecteur insidieusement, par ses personnages fortement dessinés qui entrent dans votre conscience en tant que personnes réelles et authentiques, par le monde sombre, presque déprimant, qu’il décrit.
Il se dégage de l’écriture une langueur, un rythme lent et comme un temps suspendu par moments, dans les gestes des personnages, dans le déroulé de l’histoire, pas de vitesse. Ce n’est pas un ralenti, mais une lenteur que j’aime beaucoup…cette scène, quand Russell retrouve son père, la pêche, le retour et le temps de réadaptation entre père et fils, la manière qu’ils ont de se ré-apprivoiser. 
Michael Farris Smith fait un merveilleux travail sur l’humanité de tous les personnages, forçant le lecteur à éprouver de l’empathie même pour les plus sombres, à essayer de trouver un moment de compréhension, même pour les personnes plus méprisables.

Il avait passé de nombreuses nuits à réfléchir aux paroles du prêtre. Le pardon est là si vous le voulez. Peu importe ce que vous avez fait. Il y avait quelque chose de bizarre là-dedans. Il fallait bien qu’il y ait un point de non-retour. Des choses qu’on ne pouvait pas réparer. Il avait côtoyé les pires spécimens d’humanité et il aurait voulu qu’ils soient punis de leurs crimes afin de pouvoir se sentir différent d’eux.


Une lecture exceptionnelle et superbe que je recommande.


NULLE PART SUR LA TERRE  -  Michael FARRIS SMITH
SONATINE  -  24/08/2017

jeudi 20 juillet 2017

SUKKWAN ISLAND - David VANN

Roy a treize ans. Mais à l'âge où les copains et le collège occupent une place capitale dans la vie d'un adolescent, il accepte d'accompagner son père, Jim, sur une île désertique de l'Alaska et d'y vivre une année coupés du monde.
Ce projet un peu fou a germé dans l'esprit de ce père qu'il connaît si mal, car ses parents ont divorcé lorsqu'il était enfant et que les liens se sont ensuite distendus entre eux. Cette aventure constitue en quelque sorte une tentative de réconciliation.

Mais très vite, Roy s'aperçoit que son père a beaucoup moins bien préparé cette aventure qu'il ne l'avait affirmé. Il ne connaît pas le nom de l’île habitée la plus proche, ni comment construire un garde-manger, réparer le toit endommagé de la cabane, éloigner les ours, …

Alors que le danger rôde et qu’à chaque minute la sécurité de Roy est menacée, Jim improvise, s’acharne à organiser leur vie sur l’île, malgré les incidents qui vont ponctuer leur séjour. On perçoit le malaise de Roy face à ce père instable, soucieux de bien faire mais totalement déprimé, voire suicidaire, et de toute évidence à côté de la plaque.
Témoin des sanglots nocturnes de son père, Roy en devient même le confident, jusqu’à ressentir le mal-être d’adulte de ce dernier. Roy pressent l’inéluctabilité des choses, et fait preuve d’un fatalisme troublant pour son âge.

Alors au lieu du rapprochement espéré, cette situation ne va créer que de l'incompréhension mutuelle et des tensions qui iront crescendo… jusqu'au drame.

On peut dire que ce livre est d'une noirceur totale !
Dans un style prenant et sec, David Vann décrit admirablement une nature sublime, potentiellement hostile, mais fascinante, témoin de ce huis-clos entre un père et son fils, et d’une intrigue de plus en plus insoutenable.
Grâce à la magie des mots et du style, David Vann nous tient en haleine et nous permet de supporter le drame jusqu'au bout.
Cela mérite bien le prix Médicis étranger ( entr’autre ) qui lui a été attribué en 2010 !


Un livre à lire pour le style, l’univers riche, et ses personnages fracassés !


Ce roman a remporté les prix Médicis étranger 2010, prix des lecteurs de L'Express, prix de la Maison du livre de Rodez, prix du Marais 2011 des lecteurs de la médiathèque L'Odyssée de Lomme. Depuis son formidable succès en France, ce roman a été traduit en dix-huit langues et est aujourd'hui disponible dans soixante pays du monde. Une adaptation cinématographique est en cours.



SUKKWAN ISLAND  -  David VANN
Gallmeister  -  05/01/2010
Folio  -  30/08/2012




jeudi 22 juin 2017

DEDANS CE SONT DES LOUPS - Stéphane JOLIBERT

Pour son premier bouquin, Stéphane Jolibert n’a pas fait dans la dentelle. Du noir de chez noir, non dilué s’il vous plaît ! Et d’une telle qualité qu’on n’hésite pas à en redemander !

L’action se passe dans un bled isolé du grand nord, un endroit volontairement non localisé que chacun peut imaginer à sa façon, une bourgade recouverte de neige les trois-quarts du temps, un ancien territoire d’où les loups ont été chassés, et qui maintenant est occupé par une poignée d’hommes, persona non grata de l’autre côté de la frontière. Il fut appelé Terminus car il l’avait été en un temps plus éloigné où hommes et machines avaient trouvé dans ces contrées reculées plus obstinée qu’eux, plus implacable : la météo. Le Terminus est un trois-en-un : hôtel, bistrot, bordel, où les clients de passage s’enivrent de luxure, d’alcool, et d’un peu de sommeil. Tous ces mâles gonflés à la testostérone s’y comportent comme des loups, des loups qui apprennent vite à respecter des principes simples, limpides : à l’extérieur des murs du terminus, chacun est libre d’aller et de venir comme il l’entend, de trucider son prochain, de dérouiller sa femme et ses gosses, de torturer ses bêtes, ses proches, ou de commettre tout autre exploit dénué de morale ou de logique. Dehors, chacun fait ce qu’il veut. Mais dedans on se plie aux règles, et l’une d’elles édicte qu’au Terminus, aux putes on n’y touche pas, pas autrement qu’avec respect, à défaut de tendresse.

Les ordres émanent du propriétaire – que personne ne connaît – via un téléphone mural. Sur place le contremaître veille à leur application, tandis que le garde-putes intervient si besoin pour rappeler les règles.

Avec un style alerte et inventif, Stéphane Jolibert nous immerge dans une atmosphère obsédante. La description des paysages enneigés, la singularité des lieux comme ce bordel du bout du monde ou la distillerie clandestine du vieux Tom, sans oublier les particularités des différents personnages, tout confère à créer un climat envoûtant, que l’on peine à quitter.

Chaque personnage a sa raison de se trouver là : pour fuir ou pour rechercher . Les informations communiquées habilement nous tiennent en haleine et nous réservent bien des surprises.
Dans cette sombre histoire de vengeance, l’auteur veille toutefois à alléger cette oppressante tension montante par quelques scènes plus tendres ou plus intimes, ou d’autres parfois burlesques à l’image de certains personnages.
On a même droit à un peu de psychologie canine, si tant est qu’un chien peut en avoir, chez Mademoiselle, un bouledogue mâle qui n’a aucune raison de se trouver dans ces contrées car on sait bien qu’un bouledogue et la neige font deux, et aucune raison de s’appeler ainsi sauf qu’il a été baptisé avant de s’apercevoir qu’il s’agissait d’un mâle et qu’il s’en accommode fort bien.
La psychologie des personnages est suffisamment développée pour les rendre charismatiques malgré la violence dont certains font preuve. Le vieux Tom, sa nièce Sarah, Natsume, Leïla la pute au grand coeur, Twigs la levrette, … sont autant de personnages attachants qui nous font aimer ce livre.

Un page turner très noir avec un style imagé et une intrigue bien construite.

L'équilibre de la meute est fragile, et si l'un des individus qui la composent enfreint les règles, il met en péril la survie de tous. Si un chien venait à s'y introduire, un seul, se faisant passer pour un loup, et qu'il fasse ce que sait faire un chien, dormir sans chasser, manger sans partager, vivre pour lui seul et prendre la part des autres,la meute serait à ce point affaiblie qu'elle serait dans l'incapacité de se reproduire et l'espèce disparaîtrait.

 L'une des leçons qu'avait apprises Nats était que causer ne servait à rien si ce n'était à prendre des risques inutiles avant de cogner un type, voire deux. Laisser du temps à la parole consistait à laisser du temps à la réflexion, soit pour simplifier : consistait à ce que l'autre se souvienne que lui aussi savait tabasser son prochain.
 La seule façon d'aider son prochain était de lui permettre de subsister pour entreprendre, non de lui offrir sa pitance.


 Stéphane Jolibert a grandi au Sénégal et a étudié à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne (1992-1997) avant de bourlinguer de longues années du côté du Pacifique Sud où il exerça le métier de directeur artistique. 

Il s’établit à Paris à la fin des années 2000. Après avoir été Directeur de Création de longues années en Agences de Communication, Stéphane Jolibert se consacre aujourd’hui à la formation et à l’enseignement de la Communication Visuelle. 

Parallèlement, il publie des romans et écrit des scénarios pour le cinéma. Son premier roman, "Dedans ce sont des loups" (2016), coup de cœur de nombreux libraires, a reçu le Prix des lecteurs des bibliothèques et des médiathèques de Grand Cognac. 

Il vit, écrit et travaille aujourd’hui quelque part près de la Belgique. 


Source : http://www.editions-jclattes.fr/stephane-jolibert


DEDANS CE SONT DES LOUPS  -  Stéphane JOLIBERT
EDITION LE MASQUE  -  06 janvier 2016
LIVRE DE POCHE  -  22 février 2017

mardi 20 juin 2017

JUSTICE SOIT-ELLE - Marie VINDY

Marie Vindy est auteur de polars et de romans noirs mais aussi chroniqueuse judiciaire.
Sa vocation d’auteur est de révéler la violence de notre société dans tout ce qu’elle a de plus dramatiquement banale, de forcer le lecteur à poser son regard là où il l’aurait détourné par dégoût, ou oser intervenir quand on est confronté à la douleur d’un proche, d’un voisin, d’un membre de la famille, victime d’agression, en particulier la violence conjugale ou la maltraitance d’enfant.
Marie Vindy est aussi administratrice de l’association Solidarité femmes 21, un engagement qui n’est pas sans lien avec les thèmes abordés dans ses romans.

Dans son dernier roman, Justice soit-elle, elle rend hommage au travail acharné de Corinne Hermann, incarnée dans le livre par Déborah, une avocate qui travaille sur des affaires classées, des dossiers oubliés et non résolus de jeunes filles assassinées.

La Bourgogne. Le parc naturel du Morvan. Laurine, 11 ans, n’a pas connu sa mère, assassinée quand elle avait un an. Et voilà en plus qu’elle découvre un cadavre lors d’une sortie de nuit avec son cousin, le corps de Perrine, disparue trois jours plus tôt. C’est beaucoup pour une enfant de cet âge. Deux meurtres parmi les dix-huit perpétrés en vingt-six ans. Dix-huit meurtres de jeunes femmes, d’adolescentes pour la grande majorité, dont seulement quatre avaient été élucidés.
Pendant que la gendarmerie enquête sur le meurtre de Perrine, Maître Déborah Lange va à la rencontre des gens, de la population locale, des familles des victimes. Ses directives : écouter, laisser parler, créer une association pour faire pression sur la justice, trouver des points communs pour regrouper des dossiers et faire lever la prescription pour l’ensemble.

La principale difficulté du roman est de pouvoir s’y retrouver entre les différentes enquêtes et les protagonistes concernés. L’enquête de la gendarmerie, étant plus développée, accroche plus facilement. De même que les tribulations de la petite Laurine, à la recherche de la vérité sur la disparition de sa mère, constituant un fil rouge que l’on retrouve tout au long du roman, se suivent aisément. Les choses se compliquent pour le cheminement des recherches de l’avocate, qui traite différents dossiers et consulte les familles respectives des jeunes filles disparues.
Toutes ces pistes et enquêtes finissent par embrouiller l’esprit.
Dommage aussi que la psychologie des personnages ne soit pas plus développée

Marie Vindy réussit par contre très bien à nous faire comprendre ses luttes et prendre conscience de la violence de notre société. Elle dénonce également l’aspect bureaucratique et le manque d’humanité de la justice face aux proches des victimes, anéantis de chagrin, démunis, dans un moment où ils ont particulièrement besoin d’aide et de compréhension.



« Comme chaque semaine, ou presque, son ex-mari s’était débrouillé pour être là, à l’attendre au bas de son immeuble lorsqu’elle avait déposé les garçons. Déborah avait dû essuyer ses menaces habituelles et ses sempiternelles injures. Quand il ne projetait pas ouvertement d’empêcher les enfants de repartir, arguant qu’ils seraient bien mieux à plein temps chez lui plutôt qu’avec leur folle de mère dont la seule préoccupation était de pourchasser des tueurs en série qui n’existaient que dans son esprit dérangé, il tentait de la persuader de les récupérer plus tôt. …

Les paroles de sa meilleure amie lui revenaient alors : « Te laisse pas faire, il veut juste ta peau et il fera tout pour te pourrir la vie ! Ne lui dis rien, la moindre info qui t’échappera, il la retournera contre toi .» 


« L’enquête était immatérielle. Elle ne savait rien, on ne lui disait rien. Sa fille avait été tuée, c’est tout. Elle avait été auditionnée par les gendarmes, ils avaient fouillé la chambre d’Angélique, elle en avait pleuré. Puis plus rien pendant des mois. Jusqu’au jour où elle avait reçu une convocation du tribunal. Elle avait parlé au juge d’instruction, dans son bureau . Le juge avait l’air compréhensif, mais elle n’aurait su dire s’il était compétent. Elle avait répété ce qu’elle avait dit aux gendarmes. Elle avait insisté sur les amis d’Angélique, sur les copains qu’elle fréquentait. Le juge l’avait écoutée. Et puis, plus rien. Des mois, des années. Elle avait demandé, une fois, un rendez-vous. Une greffière lui avait répondu que le juge qui s’occupait de son dossier avait changé et qu’il n’y avait rien de nouveau. »



Source : http://www.parolesdauteurs.com/interview-marie-vindy/



JUSTICE SOIT-ELLE  -  Marie VINDY
Editions PLON  -  Collection SANG NEUF  -  Parution 08/06/2017

dimanche 21 mai 2017

LA RUE - Ann PETRY


 Dans le cadre d’une opération Masse Critique de Babelio, j’ai eu la chance de recevoir un livre des Éditions Belfond, sorti dans leur collection Vintage, et par la même occasion découvrir cette excellente collection.
Créée en 2013, celle-ci a un rythme de parution lent mais régulier qui permet de construire petit à petit un catalogue qui redonne vie à des livres introuvables, qu’il s’agisse de classiques tombés dans l’oubli, de textes injustement méconnus ou de curiosités littéraires.
La Rue, de Ann Petry, en est le 26e ouvrage, et le second de la collection Vintage Noir, le versant noir de Vintage.

Dans le New York des années 40, cette rue dont nous parle Ann Petry est la 116e, dans le quartier de Harlem, une rue réservée aux nègres ou aux mulâtres, synonyme de peur, de dangers et de mauvaise influence.
Y habiter, pour Lutie, le personnage principal du roman, c’est déjà une victoire en soi. Pouvoir subvenir à ses besoins, élever son fils Bub, loin de l’influence de son père et de sa copine. Elle prend donc la seule chambre qu’elle trouve et qu’elle puisse se permettre, rêvant d’un jour où ayant un meilleur travail et ayant économisé assez d’argent, elle pourra donner à Bub une vie meilleure. Lutie est une battante. Elle ne veut pas se laisser gagner par l’atonie ou la molle résignation. Mais malgré toutes ses tentatives pour aller de l’avant dans ce monde sans vendre son âme, elle ne peut se battre contre les forces qui l’opprime.
Ann Petry décrit très bien les conditions de vie difficiles dans ce Harlem. Tout contribue à accentuer le ressentiment de noirceur et d’insécurité de la rue, personnage à part entière, que ce soit les forces naturelles et les autres protagonistes, habitants de l’immeuble et autres qu’elle va rencontrer.

« Mais le silence était plus fort même que les paroles. Il était là assis à côté d’elle. Il la suivait partout. Dans la rue, elle croirait peut-être s’en être débarrassée. Ce serait une erreur. Il marchait tout simplement plus vite qu’elle, et, en ouvrant la porte de son appartement, elle le verrait venir à sa rencontre. Insaisissable. Impalpable. Mais présent. Toujours présent. »

« Et le vent recommençait sans se lasser, jusqu’à ce que les passants soient forcés de s’arrêter et d’arracher le journal. Il s’attaquait alors à leur chapeau, les étranglait avec leur écharpe et s’engouffrait dans leurs vêtements. »

L’auteure tente aussi d’expliquer les difficultés existentielles des gens de couleur et des femmes en particulier en analysant les habitudes comportementales des Blancs vis-à-vis d’eux, des Blancs qui avaient érigé en dogme leur supériorité sur les Noirs.

« Ce devait être une réaction automatique chez les Blancs. Si une jeune femme était de race noire et suffisamment attirante, c’était de toute évidence une catin. Ou si elle n’en était pas exactement une, c’était du moins facile de coucher avec elle, il suffisait de le lui demander. D’ailleurs, les hommes blancs n’avaient même pas à se donner cette peine, la fille le leur demandait elle-même.
Cela l’irritait davantage au fur et à mesure qu’elle y pensait. Certainement, ils ne savaient rien de la grand-mère qui l’avait élevée, et qui répétait toujours avec la régularité d’une horloge :
- Lutie, baby, ne laisse pas les hommes blancs te toucher. Ils courent toujours après les femmes noires. Comme si ça les rendait malades de ne pas coucher avec elles. Ne les laisse pas porter la main sur toi. »

« Les Blancs regardaient avec mépris les Noirs qui les dépassaient en voiture. Un moment, un bref instant, en laissant le Blanc loin derrière sur la route, le Noir pouvait se sentir son égal et même son supérieur. Après avoir risqué sa vie dans les virages et escaladé les montagnes, il se sentait la force d’affronter le monde qui ne voulait pas l’adopter et qui le rabaissait systématiquement. Quand il dépassait l’auto d’un Blanc, le Noir se sentait victorieux, et le sentiment de sa victoire lui permettait de porter la tête haute pendant au moins deux jours. Et les Blancs détestaient cela, car ils avaient besoin eux aussi d’affirmer leur supériorité. »

« Partout les femmes avaient à travailler pour entretenir leur famille, car nulle part les hommes ne trouvaient de travail. Ils s’ennuyaient et sortaient. Les enfants restaient seuls, sans foyer, car personne ne pouvait en former le cœur. Oui. Partout les gens étaient trop pauvres pour faire autre chose que travailler, et leur force physique était leur seule source de revenus ; pour vivre, ils ne pouvaient compter que sur elle. C’est ce qui vieillissait prématurément les femmes. »

Dans ces conditions, la noirceur s’amplifie au fil des pages. Lutie est acculée vers un destin qu’elle n’arrive plus à contrôler.

Bien que publié en 1946, il est regrettable de constater que, septante ans plus tard, cette suprématie des Blancs sur les Noirs reste encore bien ancrée dans certaines contrées, avec des conséquences qui font l’actualité.

La Rue d’Ann Petry est une exploration magnifique et brutale des difficultés et obstacles auxquels doit faire face une jeune mère, noire et célibataire, dans le Harlem des années 40, en faisant tout son possible pour améliorer la vie de son fils.
Loin d’être joyeux, c’est plutôt un roman noir qui vaut la peine d’être lu.


Née en 1908 dans le Connecticut, Ann Petry a grandi au sein d'une famille de classe moyenne. En 1938, elle épouse George D. Petry, auteur de romans policiers, et le couple s'installe à New York, dans le quartier d'Harlem. Diplômée en pharmacologie mais passionnée par l'écriture, Ann Petry se détourne des sciences pour écrire dans divers journaux puis publie ses nouvelles dans la presse. Très impliquée dans la vie de son quartier – elle développe notamment différents programmes éducatifs –, elle est témoin des conditions de vie des habitants d'Harlem. Ses expériences l'inspirent pour l'écriture de La Rue, best-seller immédiat vendu à plus d'un million d'exemplaires, qui remporte le Houghton Mifflin Literary Fellowship Award et qui paraît en France aux éditions Charlot en 1948. Malheureusement, aucune de ses œuvres ultérieures ne renouvellera le succès de son coup de maître. Ann Petry est décédée à Old Saybrook en 1997. Largement oubliée dans l'héritage du Harlem Renaissance, Ann Petry retrouve aujourd'hui une réhabilitation littéraire dont elle a longtemps été spoliée.

Source : http://www.belfond-vintage.fr/auteurs#auteur-ann-petry

LA RUE  -  Ann PETRY
Editions BELFOND  -  Collection Vintage  -  18/05/2017

dimanche 26 février 2017

UN ANGE BRÛLE - Tawni O'DELL



Avec son écriture ciselée et son exceptionnel pouvoir d'évocation, l'auteur du Temps de la colère nous livre un roman sombre et tendre, qui brosse le portrait d'une certaine Amérique figée dans le temps et la rouille, où derrière le calme de façade bout une violence née de la misère.

Dove Carnahan n'est pas femme à se laisser déstabiliser. À bientôt cinquante ans, la chef de police d'une petite ville minière de Pennsylvanie a l'habitude des situations difficiles. Pourtant, devant le corps à demi calciné de la jeune Camio Truly, Dove vacille.
Issue d'une famille de rednecks versée dans l'alcool et les magouilles, l'adolescente était promise à un autre avenir : une bourse universitaire, une porte de sortie vers un monde meilleur. Un rêve soudain brisé.
Dove prend l'affaire personnellement. Elle qui a dû se battre pour se sortir d'une enfance chaotique veut rendre justice à cette innocente. Après tout, sa propre famille n'est pas si différente des Truly.

Au même moment, un homme est remis en liberté après trente-cinq ans passés sous les verrous. Pour Dove, pour les siens, c'est le souvenir d'un indicible drame qui ressurgit.

Peut-on jamais tourner le dos à son passé, à sa famille ?


Un ange brûle est un thriller à plusieurs intrigues. La principale est l’assassinat horrible de Camio Truly, une jeune fille de 16 ans, membre d’ une famille complètement dysfonctionnelle.
D’autres mystères et révélations viennent se greffer à l’histoire principale : le meurtre de la mère de Dove Carnahan, la sortie de prison et les menaces de son présumé assassin, le retour de son jeune frère, Champ, qui revient après 25 ans .

Tawni O’Dell décrit avec brio la dynamique de Campbell’s Run, une petite ville de Pennsylvanie, ainsi que les problèmes et dysfonctionnements de la famille Truly.
Le descriptif des personnages, aux personnalités complexes, est assez bien réussi. J’ai ressenti vis à vis de certains de la compassion, compte tenu de la vie difficile, voire atypique qu’ils ont menée, même si je ne souhaite pas vraiment les connaître, ni les rencontrer.
Le personnage de Dove Carnahan, chef de la police municipale, est particulièrement intéressant : une personnalité marquée par une jeunesse troublée (absence du vrai père, mère frivole et inconsistante qui finit assassinée, amants répétés, frère abusé), un manque de confiance en soi, et une difficulté d’établir une relation affective durable.
J’ai également apprécié le caractère de sa sœur Neely, et le jeune Derk Truly, un enfant plutôt turbulent dont l’auteur décrit à merveille les pitreries.

Bien que j’aie mis un peu de temps pour rentrer dans l’histoire, l’évolution de l’enquête et les nombreux rebondissements ont fini par capter toute mon attention.
Je regrette simplement une fin qui manque de surprise, et des épilogues trop rapides, voire insuffisants, concernant certaines intrigues annexes.

L'amour qu'une mère porte à son enfant est une force naturelle, quelque chose de viscéral, d'irrépressible, d'incommensurable, d’inflexible. On ne peut pas l'acheter, ni l'enseigner, ni le remplacer, ni le conquérir. Une mère fera passer son bonheur et son bien-être après celui de ses enfants, toujours.
Enfin, peut-être pas toutes les mères.

En dépit du prétendu bon sens religieux que mes amis pratiquants ne cessent de me vanter, ou du fait incontestable que notre cerveau plus développé nous dote d'une capacité de raisonnement supérieure, je trouve les êtres humains encore moins aptes à se défaire de leurs mauvaises habitudes que les autres mammifères.



Tawni O'Dell est née au coeur de la Pennsylvanie occidentale, région à la fois sauvage et minière qui a inspiré son oeuvre. Après Le Temps de la colère (2001 ; 10/18, 2004), son premier roman, en cours d'adaptation cinématographique, qui a obtenu un succès foudroyant aussi bien auprès de la critique que du public, Retour à Coal Run (2004 ; 10/18, 2007), Le ciel n'attend pas (2007 ; 10/18, 2009) et Animaux fragiles (2010), Un ange brûle est son cinquième roman à paraître chez Belfond. Ses ouvrages ont été publiés dans plus de quarante pays. Tawni O'Dell vit en Pennsylvanie avec ses deux enfants.


UN ANGE BRÛLE  -  Tawny O'Dell
Belfond  -  Février 2017