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mardi 18 septembre 2018

LE POISON DE LA VÉRITÉ - Kathleen BARBER


PLUS DANGEREUSE QUE LE MENSONGE... LA VÉRITÉ
Josie et Caleb filent le parfait amour à New York. Ce que Caleb ignore, c'est que Josie a changé d'identité quelques années auparavant. Elle avait 15 ans et vivait dans l'Illinois lorsque sa vie a basculé. Son père a été abattu d'une balle en pleine tête dans leur maison. Lanie, sa sœur jumelle, a assisté à la scène et a accusé Warren, leur jeune voisin, condamné à perpétuité.
Alors quand Josie découvre avec stupeur qu'un podcast écrit par la journaliste Poppy Parnell, et suivi par des millions d'Américains, reprend l'enquête, dans le but d'innocenter Warren, elle prend peur. Car ce podcast pourrait bien remettre toute sa vie en question. Et révéler une vérité que Josie n'est peut-être pas prête à entendre. 

Mon avis :

Bien que ce soit encore peu répandu chez nous, on observe de l’autre côté de l’Atlantique un phénomène de société qui consiste à réexaminer un dossier judiciaire pour savoir si un accusé a été condamné à une juste peine. Des enquêtes sont ainsi reprises par des journalistes d’investigations et diffusées sous forme de reportages ou de podcasts visibles sur internet et suscitant des débats, des interrogations et des débats dont sont férus les Américains. La question généralement oubliée est la suivante : qu’en est-il des familles ? Que peuvent-elles ressentir à l’évocation de ces faits qui ont dû bouleverser leur vie ?

Dans son livre Le Poison de la Vérité, Kathleen Barber évoque ce problème. Il s’agit bien sûr d’une fiction dans laquelle le lecteur suit le personnage de Josie Buhrman, forcée de revivre le meurtre de son père suite à la diffusion d’un podcast populaire mettant en cause le verdict du tribunal et l’emprisonnement du présumé coupable.
L’auteur invite le lecteur à se plonger dans cette affaire et à éprouver un véritable sentiment d’empathie pour Josie et sa famille, qui deviennent tous des suspects de meurtre, jetés au public à cause du podcast.

Tout bien considéré, les preuves étaient maigres et circonstancielles, et le dossier de l’accusation reposait presque entièrement sur le témoignage de la fille adolescente de la victime, qui avait changé deux fois de version dans les trente premières minutes de ses déclarations à la police. Avait-elle été en état de choc, comme le ministère public l’a soutenu lors du procès ? Ou a-t-elle menti sciemment ?
Il faut dire aussi que l’accusé était un gosse malingre aux épaules voûtées et couvert d’acné, entièrement vêtu de noir, ses cheveux filasses teints en noir. C’était le genre d’adolescent que la plupart d’entre nous préfèrent éviter en changeant de trottoir.

Le roman de Barber est absolument génial et totalement unique. On y trouve quantités d’anecdotes et de témoignages. Ces informations ont de l’importance, parce que, cumulées, elles donnent une image de l’état d’esprit des principaux intervenants. On est même en droit de se demander si leurs réputations ne sont pas simplement des illusions et des préjugés. La vérité les concernant est bien plus compliquée que nous ne le pensons. Le lecteur devient lui-même détective en essayant de reconstituer la vérité du point de vue de Josie et du point de vue de ceux qui suivent le podcast, puisque le livre comprend même un forum de discussion où les fans du podcast écrivent leurs dernières réflexions. Le lecteur est ainsi amené à développer de nouvelles théories sur le coupable de l’assassinat de Mr Buhrman.

Pour un premier livre, Kathleen Barber réussit un thriller psychologique captivant et original, avec une fin surprenante !




Kathleen Barber a été juriste dans la finance à Chicago et à New York. Elle a publié de nombreuses nouvelles dans de prestigieuses revues américaines avant d’écrire ce premier roman.


LE POISON DE LA VÉRITÉ  -  Kathleen BARBER

Editions MICHEL LAFON  -  03/05/2018

mardi 20 février 2018

CEUX QUI TE MENTENT - Nuala ELLWOOD

Rien de tel qu’un rythme relativement lent dès le départ pour imaginer où un livre va nous emmener.
Tombé dans ce piège d’hypothèses supposées, quel ne fut pas le choc ressenti lorsque je me suis rendu compte que ce livre était beaucoup plus que ce qu’il paraissait initialement.
En fait, le livre contient une multitude de mystères disparates, semblant n’avoir aucun rapport entre eux, jusqu’à ce qu’on se rende compte que tout tourne autour du personnage principal.

Kate Rafter est une reporter de guerre reconnue et largement respectée dans le milieu journalistique. Son terrain de prédilection : les régions bombardées et frappées par la pauvreté que la plupart des autres évitent. Mais tout cela l’inquiète beaucoup moins que sa propre enfance qu’elle fuit encore. Quand la mort de sa mère la renvoie involontairement à cette vie passée, elle réalise que ce qu’elle espérait éviter est quelque chose dont elle ne pourra jamais se débarrasser. Atteinte d’un syndrome de stress post-traumatique après un séjour à Alep, le retour à la maison de son enfance lui fait comprendre à quel point elle veut fuir et à quel point il est difficile de se débarrasser des horreurs de la vie qui ont pu l’atteindre.


Racontée à la première personne et au présent, l’histoire devient un méli-mélo surréaliste et désorientant de rêves et de réalité, comme Kate, aidée par un excès de somnifères et de vin blanc, qui mélange ses cauchemars d’Alep, ses souvenirs d’enfance marquée par la mort de son petit frère, et les cris qu’elle croit entendre la nuit en provenance de la maison d’à côté.

Nuala Ellwood vient d’une famille de reporters de guerre. Clairement, le thème qu’elle explore dans Ceux qui te mentent est le syndrome de stress post-traumatique dont sont fréquemment victimes les soldats. Elle peint une image troublante de l’état mental de Kate alors qu’elle se démène pour convaincre sa famille et la police qu’il y a un garçon irakien maltraité qui vit à côté, un garçon qu’elle est persuadée avoir aperçu, et qui lui rappelle la mort déchirante à Alep d’un enfant avec lequel elle s’était liée d’amitié.

Les rêves de Kate se jouent dans des couleurs vives – des rêves de sang, comme elle les appelle – tandis que la vraie vie est confuse et désordonnée, qu’elle a du mal à aider Sally, sa sœur alcoolique, ou qu’elle passe du temps dans sa maison d’enfance.

" Ma mère avait installé dans toutes les pièces des ampoules de faible puissance et vivait dans la pénombre. J’ai vécu les dix-huit premières années de ma vie dans un demi-jour permanent, redoutant ce qui pouvait se dissimuler dans les moindres recoins. "

Herne Bay, "la ville où la nuit tombe vite et où le rythme des journées est aussi prévisible que l’horaire des marées" est le cadre idéal pour l’intrigue de Nuala Ellwood, un mélange d’horreur domestique et de terreurs de guerre, un drame de la côte et de la mer en opposition aux jardins proprets et aux rangées de pavillons jumelés.
" C’est la vie ! " se dit Kate en fermant la porte de la maison de sa mère. " Ce n’est ni la guerre, ni les épidémies, ni les hôtels incendiés ; ce sont des hommes et des femmes dans leur petite boîte, avec leurs enfants, leur machine à café et leurs congés payés . Voilà à quoi devrait ressembler la vraie vie. Moi, je suis sur la touche, un fantôme sans racines. "

Ceux qui te mentent est un thriller élégant et percutant au coeur sombre. Bien que les rebondissements ne soient pas totalement inattendus et certains faits manquent de crédibilité, cela n’enlève rien à la puissance du récit et au plaisir de lecture.


CEUX QUI TE MENTENT  -  Nuala ELLWOOD
MICHEL LAFON  -  08 février 2018

samedi 23 décembre 2017

LES NOUVEAUX VOISINS - Catherine McKENZIE

Les Nouveaux Voisins, le nouveau thriller psychologique de Catherine McKenzie a un concept plutôt original : il est basé sur une fiction autour d’une fiction. Non seulement, dans une sorte de métacognition littéraire, l’intrigue du roman actuel tourne autour de l’intrigue d’un roman que l’un des personnages a écrit, mais en plus, le roman fictif existe aussi dans la vie réelle.

Vous me suivez ? Je vais être plus clair . C’est l’histoire de Julie Prentice, avocate devenue auteur, qui s’enfuit dans la belle banlieue de Cincinnati après le succès phénoménal de son premier roman, The Murder Game, un thriller qui parle d’un groupe d’étudiants en droit qui planifient le crime parfait. En quittant Tacoma, Washington, Julie espère échapper aux retombées inattendues de son livre, et en particulier au harcèlement de Heather Stanhope qui voit dans ce thriller les aveux cachés de l’auteur sur son implication dans la mort tragique de son amie.
Catherine McKenzie est aussi en réalité l’auteur de The Murder Game, non traduit en français à ce jour, écrit sous le pseudonyme de Julie Apple, qui est aussi celui de Julie Prentice dans Les Nouveaux Voisins.

Au début, Julie adore Mount Adams, son nouveau quartier, avec ses hautes maisons étroites et colorées accrochées aux flancs escarpés des collines, ses terrasses offrant une vue splendide sur l’immense étendue de la rivière Ohio, et ses parcs sinueux qui permettent à Julie d’assouvir sa passion pour le jogging.
Après sa pénible expérience à Tacoma, Julie reste prudente et espère y trouver la quiétude nécessaire à l’inspiration pour écrire son deuxième roman. Mais c’est sans compter sur Cindy Sutton, la présidente et fondatrice de l’AQPS, l’Association de Quartier de Pine Street, le genre de femme au foyer qui a besoin d’agrémenter la monotonie de sa vie quotidienne en se valorisant et en voulant réglementer la vie des autres, dirigeant les opinions, les événements et la propreté avec toute la subtilité et la flexibilité d’une barre de fer.
Alors quand son voisin d’en face, John, un homme séduisant qui passe ses journées chez lui car actuellement sans emploi, propose de courir avec elle, Julie, au départ réticente, finit par accepter, et peu à peu, ils deviennent amis.
C’est le point de départ d’une série d’événements qui vont faire monter la tension dans le voisinage jusqu’à ce qu’une catastrophe fasse bouger les choses.

Bien que brillamment structuré, alternant les récits de Julie et de John sur une période de un an, depuis l’arrivée des Prentice dans le quartier jusqu’à la séance actuelle en chambre d’accusation,
j’ai fini par trouver ce livre ennuyeux. Rapidement on sait que quelque chose de dévastateur va se produire, sans nécessairement savoir qui est concerné, ni comment cela s’est passé, avant la fin du roman. Par contre, aucun twist marquant ne vient pimenter la lecture, qui doit donc se contenter d’un suspense à la Desperate Housewives.


Un conte captivant et bien raconté, mais avec une fin plutôt décevante paraissant inachevée et précipitée.


Catherine McKenzie est née et a grandi à Montréal. Diplômée de l’université et de l’école de droit de McGill, elle exerce le droit à Montréal où elle vit avec son mari, et écrit pour le Huffington Post. Ses précédents romans, Spin, Arranged, Forgotten, Hidden et Smoke, sont tous des best-sellers internationaux. 

LES NOUVEAUX VOISINS  -  Catherine McKENZIE
Editions Michel LAFON  -  11 janvier 2018

vendredi 18 novembre 2016

SURTENSIONS - Olivier Norek

Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu'on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ? Comment cinq criminels  un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur  se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ? 
Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance... 
Olivier Norek pousse ses personnages jusqu'à leur point de rupture. Et lorsqu'on menace un membre de son équipe, Coste embrasse ses démons.


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Pour la troisième fois, je me plonge avec plaisir dans l’univers d’Olivier Norek, de ses personnages tellement attachants qu’ils en deviennent empathiques, Victor Coste, un commissaire du SDPJ93, flic à taille humaine, bien dans sa peau, et ses collaborateurs, Sam, Ronan, Johanna.
Ce troisième opus est le plus abouti en matière d’intrigue, un roman noir avec une touche moins sociale que les précédents, mais toujours empreint de réalisme.  
Il y a d’abord une famille corse qui trempe dans des affaires pas claires. Une sœur surtout, spécialiste des braquages. Son petit frère veut y aller aussi. Elle hésite, puis dit oui. Et bien sûr, il se fait prendre. Direction la case prison. Elle va vouloir le faire évader. Mais pour y parvenir, elle va devoir accepter un marché plus que risqué. Il y a aussi une famille de banlieusards tout ce qu’il y a de plus classique. Le père travaille au tribunal. Et il va devoir, lui aussi, se laisser embarquer dans un deal pas net pour sauver les siens. Il y a cinq criminels, un pédophile, un braqueur, un kidnappeur, un assassin et un ex-légionnaire serbe. Cinq destins qui vont se trouver liés malgré eux.
Braquages. Meurtres. Enlèvements. On passe d’une histoire à l’autre au risque d’être déstabilisé, mais on comprend que chaque histoire est à tiroir et s’imbrique l’une avec l’autre.
Le style de Norek fait mouche : une écriture fluide et rapide, des chapitres qui s’enchaînent comme le tic-tac d’une horloge bien huilée. Pas de fioritures ni de remplissage. L’essentiel, juste l’essentiel.
Avec une fin bien noire, Olivier Norek confirme sa volonté de clore cette trilogie, à mon grand regret !

Il me reste la certitude de savoir que l’auteur a mûri, a gagné en assurance, s’est amélioré, et que son prochain ouvrage sera probablement tout aussi passionnant.

 Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.

PRIX Le Point DU POLAR EUROPEEN 2016.
PRIX des lecteurs de L'Express.

Surtensions - Olivier Norek
Editions Michel Lafon - 11/03/2016

mercredi 2 novembre 2016

TERRITOIRES, Olivier Norek

Deuxième tome d’une trilogie, Territoires nous permet de retrouver Victor Coste et son équipe pour une nouvelle enquête au sein du département 93.
Depuis Code 93, le premier opus, Olivier Norek a mûri, et Victor Coste aussi par la même occasion. C’est un flic à taille humaine, bien dans sa peau, avec la tête sur les épaules, qui nous change des nombreux autres flics, torturés, cabossés, que l’on retrouve assez souvent dans la littérature.
La psychologie des personnages est recherchée. Coste et ses équipiers en deviennent attachants.
L’enquête de police se déroule dans une ville fictive, mais que l’on peut aisément imaginer tant les événements qui s’y passent nous rappellent des faits de l’actualité. Une ville avec son côté visible et son côté caché (quartiers défavorisés, cités HLM, …), son côté pourri quand des politiciens protègent eux-mêmes des criminels.
Le casting est impeccable, criant de réalisme quels que soient les personnages.
Il est question de pains de cocaïne et de shit planqués chez des retraités, d’un chef de bande psychopathe âgé d’à peine treize ans, d’hommes de main recrutés dans un club de boxe, d’une maire aux méthodes franchement limite pour assurer son pouvoir, de valises bourrées de billets. D’un chat et d’un micro-ondes aussi (âmes sensibles s’abstenir)…
Dans ce chaos indescriptible, tout le monde manipule tout le monde. Et on se laisse prendre au piège avec délice.

Les chapitres s’enchaînent comme le tic-tac d’une horloge huilée. Un vrai page-turner. L’écriture de Norek est svelte, fine, dégraissée. Pas de fioritures ni de remplissage. L’essentiel, juste l’essentiel. Du coup ça glisse, c’est lisse, c’est fluide. Addictif.

Nous vendons de la drogue pour tenir les quartiers et nous tenons les quartiers pour vous être indispensables. C'est le seul moyen d'obtenir votre attention. Le seul moyen d'exister. En fait, tout ça est un peu votre faute. Si on ne vous fait pas peur, vous nous abandonnerez, tout simplement.


OLIVIER NOREK, lieutenant de police à la section enquêtes de recherches du SDPJ 93 depuis dix-sept ans, auteur de Code 93, Territoires et Surtensions, trois polars largement salués par la critique et le public. Surtensions a remporté Le Prix Le Point du polar européen en 2016.


Territoires, Olivier Norek  -  Michel Lafon 2014  -  Pocket 2015